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HOMÉLIE 112

SUR LES ῈΓΚΑΊΝΙΑ, OU DÉDICACE, DE LA GRANDE ÉGLISE, LORSQUE DEVAIENT ÊTRE LUES LES LETTRES SYNODIQUES DE SAINT TIMOTHÉE, ARCHEVÊQUE DE LA (VILLE) D’ALEXANDRIE.

C’est des Écritures sacrées du Livre inspiré par Dieu que nous avons reçu et le nom et le fait des ἐγκαίνια, ou dédicace. Et en effet quelque part nous avons entendu également les saints Évangiles dire : Et il y avait la dédicace à Jérusalem (Jn 10, 22). C’est pourquoi, nous aussi, nous fêtons maintenant cette fête susdite de cette Grande Église : et lorsque nous honorons également ce temple divin, où chaque jour se célèbre le mystère de la piété et s’accomplit tout l’ordre du culte spirituel, et lorsque nous faisons monter jusqu’à Dieu l’honneur même, selon la parole du prophète qui chante et dit : Nous adorerons dans le lieu où ses pieds se sont arrêtés (Ps 131, 7) ; et également lorsque nous montrons que nous ne mettons pas tout l’objet (de cette fête) dans cet édifice visible, en reconnaissant une ancienneté et une nouveauté des bois et des pierres et en fêtant leur dédicace, mais lorsque nous tenons nos âmes [libres] de toute ignorance de Dieu et de la méchanceté ancienne et que nous les faisons remonter de nouveau jusqu’à la nouveauté et au rajeunissement de la foi dans le Christ et des œuvres renouvelées par la perfection. Car, si quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle créature (2 Co 5, 17), entendons-nous Paul s’écrier.

C’est pourquoi nous y faisons mémoire également de Constantin, l’ empereur vraiment pieux), et des trois cent dix-huit saints pères et évêques — et cela quoique le cycle du temps n’amène pas du tout le souvenir de leur départ vers Dieu, parce que ce n’est pas en un seul jour qu’ils ont quitté tous ensemble la vie d’ici-bas — afin de montrer que la solennité est mixte, et de cette église qui se voit et de celle qui se conçoit (par l’intelligence), laquelle (Église) en vérité est le roc de la foi sur lequel nous nous tenons fermes, édifiés que nous avons été, ainsi que dit Paul, sur le fondement des apôtres et des prophètes, puisque Jésus-Christ est sa pierre angulaire ; c’est en lui que tout l’édifice bien ordonné ensemble croît pour (former) un temple saint dans le Seigneur ; c’est en lui que, vous aussi, vous êtes édifiés en même temps avec foi, pour (être) une demeure de Dieu par l’Esprit (Ep 2, 20-22).

Et en effet ce Constantin de religieuse et à cause de cela surtout de pieuse et bienheureuse mémoire, ne nous a pas seulement réédifié, restauré et surélevé ce temple sacré, mais il a encore réuni les trois cent dix-huit saints pères dans la ville de Nicée, afin que la pierre angulaire, le Christ, qui était placée sur le roc solide de la foi de ceux qui le confessent véritablement et était recouverte par les dogmes terreux d’Arius, qui comptaient cet incréé en même temps avec les créatures, fût par eux mise à découvert, dégagée et montrée dans sa netteté à l’aide des bêches doctrinales de l’orthodoxie. (C’est) ce qu’en vérité ils ont fait aussi, lorsqu’ils ont retiré et extrait des Églises saintes la terre des dogmes impies et qui portent envie à la terre, qu’ils l’ont jetée en dehors du camp (cf. Nb 5, 4), conformément à ce qui est dit dans la Loi, et qu’ils ont montré la splendide pierre angulaire, (le Christ), placé en haut, élevé au-dessus de toute créature, égal en honneur et égal en essence à Dieu le Père et à l’Esprit ; à cause de sa charité pour nous, il s’est fait pauvre sans changement et volontairement, pour être réuni avec la chair ; à cause de l’économie, il est descendu autant qu’il est au-dessus de toute principauté, autorité, domination et puissance (Ep 1, 21), afin de goûter aussi la mort et de l’endurer ; et il est certain que c’est jusqu’au corps qui était capable de souffrir, lequel a été animé d’une âme et raisonnable et intellectuelle ; et en effet ce n’est à personne autre qu’appartenait la souffrance, si ce n’est à Dieu qui s’est incarné et s’est fait homme ; il est un de deux, sans division, de la divinité et (de) l’humanité ; il est resté impassible, quoiqu’il ait participé à la souffrance par l’intermédiaire de ce qui était capable de souffrir ; en effet, à celui à qui est le corps, à celui près de qui se tient la souffrance, c’est à celui-là absolument qu’(appartiennent) la croix et la mort, sans qu’il ait besoin pour sa défense de l’imagination athée d’Eutychès et de la division en deux natures de Nestorius et de ceux qui se sont réunis d’une manière impie à Chalcédoine, pour l’empêcher de nous sauver et pour lui faire ainsi cadeau, à ce qu’il leur semble, d’une impassibilité inutile et vaine, ou de l’illusion, ou de la nature humaine, à laquelle est imputé en propre et à part ce grand succès de la mort salutaire et de la résurrection.

C’est donc plutôt de l’Église qui a son fondement sur ce roc intellectuel de la foi, que, moi, je célèbre aujourd’hui la dédicace, (et) non pas de celle qui se voit avec des yeux sensibles ; et c’est ce que confirme clairement celui qui produit toute chose avec sagesse et dirige ce qui nous appartient. En effet, elle est en fête en même temps que nous, l’Église sainte qui ( est) dans la grande et fidèle ville d’Alexandrie, alors qu’elle est au loin par la distance des lieux, et unie et proche par l’esprit ; et mystiquement elle se réjouit en même temps que nous et présente l’offrande : d’un côté, pour le souvenir des trois cent dix-huit saints évêques et pontifes, un pontife nouveau et vieillard par l’esprit, et, d’un autre côté, pour le fondement de leur foi, des lettres synodiques qui disent la même chose que le fondement et s’accordent en même temps avec lui, à la ressemblance d’une cithare dont les cordes ont des sons harmonieux et chantent ce qui est beau et (ce qui) fait plaisir. J’ai cru que c’est par les prières et par les supplications des Pères qu’il a été donné à (cette Église) un pasteur éprouvé et qui a reçu dès son enfance la meilleure formation à la fois en ce qui concerne la raison et, en ce qui convient au sacerdoce, qui n’est pas monté sur le siège avec des pieds qui ne sont pas lavés, comme on dit, mais qui est tout d’abord purifié, avant le sacerdoce, par l’étude de la vie et de la raison, par un soin vigilant et par une préparation totale, afin d’être en état d’enseigner aussi les autres et de les amener aux mystères. Ainsi la grâce divine a aussi rejeté et souillé comme un brin de paille ceux qui d’une manière impure et profane ont désiré la première dignité, ou qui sont revêtus d’une modestie feinte, inopérante et qui (leur) fait baisser le front comme une peau morte de brebis, et (qui) dans (leurs) songes jettent sur eux-mêmes la robe du pontificat ; et (cela) lorsque en songe ils ne sont pas exempts de la passion, mais encore qu’ils sont courbés sous sa domination d’une manière bien misérable et que, comme des chiens avides, ils circulent et tournent en rond, si par hasard ils s’aperçoivent qu’il se produit quelque part quelque chose de nouveau, ou dans l’agitation des foules, ou dans un autre désordre des temps, ou dans la confusion des événements — car dans le calme il apparaît quels hommes ils sont — pour satisfaire leur désir ignoble, ou lorsqu’ils sont comblés des biens de la fortune amassés par suite d’injustices et qu’ils veulent par-là s’acheter une main qui est à acheter, et non pas la grâce de l’Esprit qui n’est pas à vendre.

Que fais-tu, ô homme ? Pourquoi cours-tu, sans être appelé ou lorsque tu es appelé par toi-même, à une douce immolation, dont les suites sont amères et pleines de douleurs, et dont même les débuts sont durs pour ceux qui, quoiqu’ils aient une petite intelligence, ne sont pas complètement trompés par des désirs ignobles ? Pourquoi achètes-tu soigneusement la pendaison de Judas ? Pourquoi es-tu empressé pour la chute de Simon ? Tu ne tarderas pas à entendre : Que ton argent périsse avec toi (Ac 8, 20) ! Ne détourne pas ta face de Paul qui dit : Il n’y a personne qui prenne pour lui-même (cet) honneur, mais lorsqu’il est appelé de Dieu (He 5,4). Cependant, je l’ai dit, Dieu a eu pitié et il a visité la sainte Église des Alexandrins qui aiment le Christ, lui qui a chassé les loups et par un jugement juste a fait asseoir celui qui convient à (ce) trône, qui peut se tenir à la tête de son troupeau par l’Esprit et selon la justice et la vérité ; et, me semble-t-il, il est bon que nous appliquions à celui-là la prophétie d’Isaïe, qui dit : Et le trône sera affermi avec la miséricorde et sur lui s’assiéra selon la vérité, dans la tente de David, celui qui juge, cherche le droit et poursuit la justice (Is 16, 5). Il est certain pour tout le monde que l’Église est la tente de David, à cause du Christ, le chef de l’Église (cf. Ep 5, 23), qui descend de la race de David par généalogie.

Pour moi, je pense que cette grâce et la miséricorde qui (vient) de cette fête ne sont de personne autre, si ce n’est des prières de ces trois cent dix-huit pères et de ceux qui leur ressemblent. En effet, ils se préoccupent de la véritable Église, qui a sa fermeté et sa solidité dans leur propre foi, et sans cesse, ils crient à Dieu ces paroles de Moïse : Que le Seigneur, le Dieu des esprits et de toute chair, établisse (comme) visiteur sur cette assemblée un homme qui sortira devant eux, et qui entrera devant eux, et qui les fera entrer ; et l’assemblée du Seigneur ne sera pas comme des brebis qui n’ont pas de pasteur (Nb 27, 16-17). Ce sont de telles (paroles) qu’aussi Ignace, revêtu de Dieu, lorsqu’il courait après le martyre avec une soif qu’il ne pouvait retenir, sans avoir oublié ce troupeau même dans ces circonstances, disait à son sujet : « Ce (diocèse) qui à ma place se sert de Dieu comme de pasteur, que Jésus-Christ seul le visite ! »

L’accomplissement de ces paroles divines et vraies, ce fut l’imposition des mains digne d’éloge de Timothée, notre collègue, laquelle (a eu lieu) dans la ville d’Alexandrie, à cause du roc orthodoxe et inébranlable de la foi. Il n’est pas possible que, quand elle est conservée dans sa pureté et est exempte de tout mélange étranger, elle n’apporte pas également la vie pure des pontifes, parce que, selon la parole de notre Sauveur, tout bon arbre produit de bons fruits (Mt 7, 17). Et le prophète Isaïe aussi, lorsqu’il savait la puissance d’enfantement et la plénitude de ce roc, dit sous forme d’interrogation, en simulant la parole ainsi qu’au sujet d’un fait connu comme vrai : Est-ce que la montagne de la fille de Sion est un roc aride (Is 16, 1) ? Et la fille, c’est l’Église de Dieu à cause de l’adoption des enfants de l’Esprit, elle qui à cause de l’élévation des dogmes divins est une haute montagne et un observatoire ; car c’est ainsi qu’on traduit le nom de Sion.

Et maintenant il est temps, parce qu’en vérité nous vous avons préparés suffisamment pour cette audition, je le pense, que nous entendions les paroles synodiques mêmes, par lesquelles vous verrez l’accord de notre seule confession et foi et de la réprobation des dogmes impies, en sorte qu’il n’y ait plus de place pour ceux qui prétendent que le prophète dit en calomniant :  Ne nous parlez pas selon la droiture ; mais parlez-nous et faites-nous connaître une autre erreur ; et détournez-nous de ce chemin et enlevez-nous ce sentier ; enlevez-nous le langage du Saint d’Israël (Is 30, 10-11). En effet, montrons et enseignons ce sentier, quoiqu’ils ne le veulent pas, et parlons le langage du Saint d’Israël, et non pas un autre. À lui (soit) la gloire dans les siècles ! Ainsi soit-il !

FIN DE L’HOMÉLIE 112.

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