SUR LE SAINT MARTYR THALLÉLAIOS. ELLE FUT IMPROVISÉE, SANS AVOIR ÉTÉ PRÉPARÉE D’AVANCE, DANS LA VILLE D’ÉGÉE, DANS SON ORATOIRE.
C’est à moi qui déjà précédemment désirais voir ce lieu saint et le temple du martyr Thallélaios et embrasser son tombeau d’athlète couronné tous les jours de nombreux miracles et de guérisons de tous les genres de maladies, qu’a été donnée une occasion convenable par celui qui est la cause de tous les biens et (qui est) prêt à combler les désirs qui mènent à ce qui est excellent, en sorte que j’obtienne l’objet de ce désir louable, profitable et désirable. Et quelle est l’occasion ? C’est le στρατηγóς, ou le général, digne de louange et pieux, qui est venu ici pour la direction des affaires générales de l’administration. Il ne m’était pas possible, en effet, lié que je suis à la ville d’Antioche par les liens du pontificat, légitimes et cependant pénibles, et connus par l’expérience seule, d’être par hasard en dehors de la ville, sans être amené à cela par une occasion très importante. C’est ce qu’a disposé celui qui est habile et sage, qui produit toute chose en vue de notre salut et qui fournit un moyen à ceux qui sont sans moyen. Lors donc que David sentait de tels secours et faisait tout reposer sur celui de qui découle et descend tout ce qui est bon (cf. Jc 1, 17), il disait dans sa prière : Le Seigneur Dieu est béni ; béni est le Seigneur tous les jours. Et le Dieu de nos saluts nous fera réussir ; notre Dieu est un Dieu de salut (Ps 67, 19-21).
Comment donc ne fallait-il pas aujourd’hui que, moi aussi, je meuve ma langue qui rend grâces pour les bienfaits que j’ai reçus, moi qui me suis approché du tombeau du martyr, lequel opère les guérisons ? Car les autres, c’est l’affliction des membres du corps, laquelle fait souffrir les douleurs de l’enfantement dans le tréfonds et donne naissance aux maladies, qui les amène aux guérisons qui coulent très abondamment de l’urne sainte, plus que de toute source qui coule constamment ; mais moi, (ce qui me conduit), c’est la paralysie de mon âme qui a beaucoup péché, et la maladie qui (est) plus grave que tout, et le désir d’en être délivré.
Par conséquent, en montrant en peu de mots la bienveillance de (ma) volonté, c’est encore à la ressemblance du prophète David que j’accomplirai mes vœux envers le Seigneur en présence de tout son peuple, dans les parvis de la maison du Seigneur, au milieu de toi, Jérusalem (Ps 115, 18-19). Jérusalem, en effet, c’est toute Église qui loue Dieu vraiment, parce qu’en vérité le nom même de Jérusalem, en passant dans la langue grecque, signifie « la vision de la paix ». Et qui est celle qui voit la paix divine par les yeux de l’esprit et l’entend toujours appelée à haute voix par ceux qui remplissent les fonctions sacrées, si ce n’est l’Église, à laquelle, par l’intermédiaire des apôtres, le Christ, notre paix (cf. Ep 2, 14), disait : Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix (Jn 14, 27) ?
Je ferai donc de ceci la louange du Dieu qui accorde son secours, ( à savoir) de ce que j’ai choisi de faire l’éloge de celui qui a combattu pour lui avec force et a subi le martyre, et de ce que j’ai été vaincu par les éloges du martyr. Une conduite sainte et la préparation d’une vie pure ont conduit celui-là à ce triomphe et à la victoire complète contre le Calomniateur, je n’en doute pas. Il convient, en effet, d’avoir présent à l’esprit que de grandes actions sont les exercices préliminaires de combats qui sont très grands. Cependant, après avoir omis ceux-là et les avoir honorés par le silence, j’ai beaucoup admiré ceci, (à savoir) comment, avant la réalisation des faits, (le saint) avait été d’avance appelé du nom de Thallélaios — ce qui en vérité devait avoir lieu — lorsque, comme un arbre qui est bon au point de vue de la production des fruits, il fait germer et fait sortir de son tombeau une riche miséricorde sur les malades et qu’il proclame par les faits mêmes la parole du psaume : Et moi, (je suis) comme un olivier qui produit des fruits dans la maison de Dieu (Ps 51, 10).
D’où donc ce don a-t-il été fait au martyr même, à l’exclusion des autres martyrs ? Il me semble que c’est parce que, par une miséricorde pure et vraie, sans mélange d’aucune crainte, il a reçu la ressemblance des souffrances du Christ et de sa mort salutaire, comme ceux qui ont été placés miséricordieusement devant une image bien peinte sur un tableau et qui l’ont imitée en conservant la ressemblance. En effet, après que le Christ, le Verbe de Dieu, eut permis aux Israélites les sacrifices sanglants des taureaux et des houes venus de la grossièreté païenne, qu’il leur eut laissé ce qui était habituel, mais qu’il les eut éloignés des faux dieux et qu’il leur eut ordonné de sacrifier à lui seul, et lorsqu’il les voyait offrir ces (sacrifices) ainsi simplement et comme ceux qui faisaient semblant d’une manière hypocrite d’accomplir la Loi, eux qui aboutissaient à toute la méchanceté et s’égaraient dans la férocité des bêtes sauvages et dans la cruauté et la dureté à l’égard de leurs congénères, en réprouvant l’exercice de leur culte, il disait : Je veux la miséricorde, et non pas le sacrifice (Mt 9, 13 ; 12, 7). Et lui-même, quand à cause de sa miséricorde pour nous il s’est vidé lui-même (Ph 2, 8), non pas en ce qu’il a rejeté loin de lui sa plénitude — comment, en effet, se pouvait-il que celui qui est immuable sortît de ce qu’il est ou que celui qui est parfait fût amoindri en quelque chose ? — mais en ce qu’il a pris la chair qui (vient) de nous, animée d’une âme intellectuelle, et qu’il ne l’a pas prise par un amour d’esprit comme en ce qui concernait les prophètes autrefois, cependant il a uni par l’union hypostatique les deux choses, je veux dire le sacrifice et la miséricorde, lorsque d’une part il s’est fait homme par suite de sa miséricorde pour le genre humain, et que d’autre part il s’ est offert lui-même en sacrifice et en offrande pour nous à Dieu et Père, nous a octroyé la liberté d’en haut, pour les dettes que nous avions, et nous a faits enfants au lieu d’esclaves.
Donc, parce que Thallélaios, le champion de la piété, a imité principalement ce sacrifice mélangé en même temps à la miséricorde, quand il a aimé d’un amour ardent une mort digne d’éloge, il présente les signes de l’image ; et, lorsqu’il a été mis en terre, ou plutôt lorsqu’il vit de la vie véritable, il fait germer et produit la miséricorde pour ceux qui en ont besoin. C’est pourquoi c’est à une source où l’on peut boire largement que nous puisons une guérison incessante, qui grandit et se multiplie par cela même qu’elle sort, à l’exemple du miracle des pains de notre Dieu et notre Sauveur.
Mais, en disant cela au sujet du nom de Thallélaios et au sujet du don abondant de la miséricorde, je m’élève jusqu’à un souvenir de prophète qui convient à la question présente. Une fois, en effet, une femme qui s’était approchée du prophète Elisée, laquelle se plaignait de la viduité et de la pauvreté qui l’accablaient et d’une demande de paiement de (ses) dettes et disait que pour tout avoir elle possédait l’huile contenue dans un petit vase, l’entendait aussitôt (dire) : Va donc, demande pour toi des vases au dehors à toutes tes voisines, des vases vides ; n’en demande pas un petit nombre ; tu entreras et tu fermeras la porte sur toi et sur tes enfants ; tu verseras dans ces vases, sans les éloigner ; et ce qui sera rempli, tu le prendras (2 R 4, 3-4). Et elle fit ainsi. Et la parole du prophète faisait couler l’huile, et (celle-ci) ne s’arrêta pas jusqu’à ce que le nombre des vases fît défaut à cette femme. Dilatons donc, nous aussi, les vases de la foi, et renouvelons-les, en les purifiant de la méchanceté ancienne, et ne les rétrécissons pas par (notre) peu de foi. Et la miséricorde du martyr ne nous manquera jamais, non plus que la rémission des dettes qui (résultent) du péché, par le Christ Jésus Notre-Seigneur. A lui (soit) la gloire dans les siècles ! Ainsi soit-il !
Fin de l’homélie 110