OU CINQUIÈME CATÉCHÈSE QUI FUT PRONONCÉE SELON LA COUTUME LE MERCREDI DE LA SEMAINE DE LA PASSION SAINTE.
C’est une habitude pour ceux qui font le service de la parole divine et de (son) commandement, et qui ont compris avec intelligence qui ils servent, étant donné ce qu’ils sont, et n’ont pas trahi avec orgueil la (parole) : « Connais-toi toi-même », ou la (parole) : « Considère-toi toi-même », de ne pas se fier à ce qu’ils sont appelés et reçus (à cette charge) et (pourtant) de servir Dieu. Mais (ils ont coutume) de se renfermer plutôt dans la modestie et la timidité et dans ce qui est humble, de ne dire aucunement ce qui (leur) vient à l’esprit ainsi simplement et ce qui leur paraît bon et de ne parler aucunement d’une manière désordonnée ou indéterminée ou inconsidérée, mais de faire attention à celui-ci, ( à savoir) à celui qui les a appelés et les a fait approcher, à celui qui les a envoyés, à celui qui (leur) a commandé, et d’avoir leurs yeux qui ne soient pas hautains et qui ne s’égarent pas, en sorte qu’ils ne les promènent pas çà et là, mais qu’ils soient immobiles dans leur regard, qu’ils craignent et tremblent et qu’ils s’interrogent pourquoi il est demandé à (leur) langue de faire ce service.
C’est ainsi que le grand Moïse, lorsqu’il entendait Dieu (dire) : Viens maintenant, je t’enverrai vers Pharaon, roi d’Égypte, et tu feras sortir mon peuple, les enfants d’Israël, du pays d’Égypte (Ex 3, 10), disait d’abord : Qui suis-je pour aller vers Pharaon, roi d’Égypte (Ex 3,11) ? Mais, comme il était contraint d’accomplir ce qui (lui) avait été ordonné, il obéissait, parce que par la modestie même il honorait ce qui est modéré, sachant bien qu’il y a reproche à dépasser partout les bornes légitimes ; et ensuite, faisant peu de cas de lui-même et se montrant lui-même du doigt pour ainsi dire, il disait : Voici que, moi, j’irai vers les enfants d’Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous (Ex 3, 13). « Lorsque, moi, je me regarde, je suis embarrassé, dit-il, moi qui vais dire moi-même à tout ce peuple : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous (Ex 3, 13) ; je pèse ma faiblesse en comparaison de la grandeur des paroles que j’ai l’ordre de dire, et je suis bien épouvanté. Et en effet aussitôt ceux vers qui je vais me diront très bien : C’est le Dieu de nos pères, dis-tu, ô toi, qui t’a envoyé vers nous ? Par conséquent dis-nous quel est son nom. Que leur dirai-je (Ex 3,1 3) ? » Et alors, après que (Moïse) eut appris ce qu’il fallait dire et ce qu’il pouvait à peine entendre lui-même, il se portait prudemment à ce qu’il lui fallait faire. Et Moïse (agissait) ainsi.
Quant à moi, lorsque je ne peux pas même ceci, (à savoir) connaître Dieu purement par l’esprit, à plus forte raison obtenir aussi (son) langage et sa conversation, et lorsque le péché ferme (mes) oreilles et mes lèvres, après que je vous ai montré précédemment la signification même de ce saint jour présent, je lui disais, le visage penché en bas, pas du tout avec la bouche — car cela semblait audacieux — mais avec le cœur qui se cache et a honte de dire : Que leur dirai-je (Ex 3, 13) ? et (qui) s’enhardit par son silence même à crier, (je lui disais) : Ceux-ci, qu’entendront-ils ? et en effet c’est en ton nom qu’ils seront réunis ; et alors à la vérité, alors je me suis figuré que j’entendais parler une des voix sacrées, qui sortait des parties intérieures profondes et cachées du sanctuaire et non pas du langage de Dieu, comme (c’était le cas) de Moïse aussi. Je me souviens, en effet, en vérité je me souviendrai, sans m’enorgueillir, de l’une de ces (voix) magnifiques, lesquelles se moquent et s’amusent de ceux qui s’enorgueillissent pour rien : « Va, fais connaître la Trinité même par les faits et par les noms. En effet, s’il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême (Ep 4, 5), il y aura absolument aussi une seule et même prédication, et il n’y en aura pas une autre et une autre, de telle sorte que celle qu’on dira être une chose nouvelle ou insolite n’est pas du tout exempte d’accusation, mais que condamnée elle tombe aussi sous de grands reproches. Ou bien ne sais-tu pas que Paul, lorsqu’il corrigeait de nouveau les Corinthiens dont le palais était grand ouvert devant les vanités et qui étaient égarés çà et là par de faux apôtres, disait : Car à la vérité, si celui qui vient prêche un autre Jésus que nous n’avons pas prêché, ou (si) vous recevez un autre Esprit que vous n’avez pas reçu ou un Évangile que vous n’avez pas embrassé, vous le supportiez bien (2 Co 11, 4) ? Quoique, en effet, quelqu’un se lance souvent pour dire quelque chose de nouveau, ce n’est pas davantage un autre Esprit qu’il créera et qu’il enseignera — car c’est le même que donne celui qui donne à tous abondamment — et il ne va pas non plus au-dessus de l’Évangile. »
Et, en entendant cela, après avoir de nouveau penché le visage en bas beaucoup plus, qu’auparavant — et je ne peux pas (dire) quel homme je suis et en priant, en suppliant et en réfléchissant, je disais : J’ai conscience qu’il me faut prêcher la même Trinité et je sais la renfermer dans les mêmes dogmes au moyen de termes plus définis que les minuties de la géométrie. Mais ceci, (à savoir) par où je commencerai dans la prédication, il m’est impossible (de le dire). Les auditeurs, en effet, aiment que ta parole consiste non pas en une ou deux (considérations) prises parmi celles qui ont déjà été exposées, mais magnifiquement encore en toutes les nombreuses découvertes et pensées du Livre inspiré par Dieu, comme une mer débordante de la grâce qui (est) chez toi. Puissé-je obtenir par ma prière que (Dieu) m’en fasse tomber une goutte, et qu’elle devienne un grand fleuve, et qu’elle se répande et déborde par-dessus les rives de mon torrent (qui est) à sec !
Bien plus, à ce sujet encore, il me semblait entendre : « Es-tu ainsi dans le besoin et souffres-tu de la faim qui (porte) sur la science des choses divines ? Alors qu’une table abondante est servie devant toi, ne peux-tu pas seulement étendre ta main et présenter un aliment à ta bouche ? N’entends-tu pas les paroles sacrées qui te commandent : Ouvre tes yeux, et rassasie-toi de pains (Pr 20, 13) ? Car tels sont les pains de la nourriture intellectuelle, qui se mangent par la contemplation des yeux de l’esprit, de même que par la bouche.
Quoi ! As-tu demandé, et n’as-tu pas reçu ? As-tu cherché, et n’as-tu pas trouvé ? As-tu frappé, et ne t’ai-je pas ouvert (cf. Mt 7, 7-8 ; Lc 11, 9-10) ? De cela, en effet, ou bien tu n’as rien fait, ou bien, lorsque tu as fait (quelque chose), tu ne l’as pas fait comme il faut. Cependant pourquoi donc es-tu encore dans le besoin ? Pourquoi es-tu à l’étroit avec toute cette large place ? Pourquoi es-tu pauvre avec une grande richesse ? Ne t’en va pas au loin ; la parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur (Dt 30, 14), dit quelque part l’Esprit saint. Avec ce que tu t’es rappelé, fais une instruction parfaite sur la Trinité consubstantielle. En effet, après que Moïse eut été envoyé en Égypte vers les Israélites et qu’il interrogeait : Que leur dirai-je (Ex 3, 13) ? fais attention à la teneur des expressions divines qui lui ont été dites, considère, comprends, recherche, et tu rencontreras la lumière elle-même. »
Et, après que cela eut été dit d’une manière à la fois charitable et qui convient à Dieu, j’ai couru — en esprit seulement — vers les paroles qui avaient été révélées à Moïse ; et, avant de les rencontrer ou d’y plonger mon intelligence, c’est la lumière qui me rencontre la première. Venez, vous-mêmes vous associer à moi et soyez éclairés avec moi, et produisons en public les révélations qui au-dedans d’elles-mêmes sont grosses de théologie. Elles sont ainsi.
Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui est. Et il dit : C’est ainsi que tu diras aux enfants d’Israël : Celui qui est m’a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse : C’est ainsi que tu diras aux enfants d’Israël : Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous (Ex 3, 14-15). Ces (paroles) sont une théologie très parfaite et très lumineuse de la Trinité sainte. En effet, il y a en premier lieu d’une manière collective ce qui est un et commun dans l’essence et dans la divinité des trois hypostases ; car il a dit : C’est ainsi que tu diras : Celui qui est m’a envoyé vers vous (Ex 3, 14) ; et encore, tout aussitôt et ensemble : C’est ainsi que tu diras : Le Seigneur, le Dieu de vos pères, m’a envoyé vers vous (Ex 3, 15). En effet, « il est » est un mot qui montre l’existence et l’être, et il est certain pour tous que l’essence est nommée d’après ce qui est. C’est donc afin que personne ne se figure que « celui qui est » est autre que le Dieu des patriarches et lui est étranger qu’il a joint les (paroles) ensemble, lorsqu’il n’a absolument rien retranché ou intercalé, mais lorsqu’il a ordonné de dire : Celui qui est m’a envoyé, le Dieu de vos pères.
Quoi donc ! Nous en tiendrons-nous là et nous figurerons-nous « celui qui est », le Dieu des patriarches, en une seule hypostase et personne — que la personne aussi, en effet, soit mentionnée pour l’explication de ce qui est en question — sans considérer que, quand il s’agit de celui qui est sans corps, ni la forme extérieure ni la délimitation, qui (existent) lorsqu’il s’agit des corps, ne sont associées en même temps à l’indication de la personne ? Mais si (Dieu) voulait que telle fût cette opinion et que la divinité fût limitée à une seule hypostase selon l’obscurité et la petitesse d’esprit des Juifs, lorsque la vérité ne se présentait pas pour lui d’une manière différente, après avoir dit : Celui qui est, et : Le Dieu de vos pères, il n’avait pas besoin d’ajouter autre chose. Que s’il se proposait de faire aussi mention des patriarches nominativement, parce qu’il attirait les futurs auditeurs à l’amour de Dieu et à la perfection de leurs premiers pères, il lui fallait dire ensuite : « Le Dieu de vos pères Abraham et Isaac et Jacob. »
Maintenant, en faisant connaître très clairement la distinction et la « non confusion », et en même temps l’égalité d’honneur et la « non différence » en quoi que ce soit des trois hypostases, c’est avec grand soin qu’il dit ensuite, et en faisant connaître et en montrant bien tout : Le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob (Ex 3, 15)
En effet, s’il n’en était pas ainsi et (si) aussi ces (notions) de théologie ne s’arrêtaient pas à la Trinité seulement, il fallait ajouter : « Et le Dieu de Joseph ». (Joseph) était, en effet, lui aussi, celui qui lui est cher depuis les langes, qui a dépassé ses premiers pères par les vertus, qui par la chasteté (opposée) à la flamme de l’adultère a pris part au combat, au point de vouloir s endurer de nombreuses morts, auxquelles il aurait suffi aussi, plutôt que servir une seule fois les (mauvais) désirs, et qui était poussé par Dieu, était rempli de la sagesse d’en haut, connaissait les secrets, faisait savoir d’avance ce qui devait (arriver) et comme s’il regardait les faits eux-mêmes, qui avait reçu la première dignité de l’Égypte en récompense de sa sagesse, et (qui) a nourri copieusement le peuple de sa famille, Israël, lequel en dehors des frontières de son pays y avait immigré en fuyant la famine, et (a nourri) cet étranger à la ressemblance d’un concitoyen, et lui a prédit encore (son) retour dans le pays de ses pères. Pourquoi donc a-t-il passé sous silence celui qui est si renommé et (si) illustre ? Car Dieu était aussi son Dieu, de même que celui d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, à cause de la familiarité qui (vient) de l’amour de Dieu et qui (résulte) du reste de la perfection — et peut-être c’est la même chose de dire l’amour de Dieu et la perfection en général. — C’est pourquoi aussi le prophète qui chante (en s’adressant) à Dieu disait : Toi qui pais Israël, fais attention, toi qui conduis Joseph comme une brebis (Ps 79, 2). Ainsi Dieu était également le Dieu de Joseph, de telle sorte par conséquent que ce qu’il a dit : Le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob (Ex 3, 15) — et il a arrêté l’énumération à trois — était de la théologie, et (une théologie) tout particulièrement exacte, et non pas une simple mention des premiers pères.
Et même l’addition des articles placés devant les noms nous apporte une preuve importante et très grande de cela. En effet, il n’a pas dit : « Dieu d’Abraham et Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob », mais à propos de chacun d’eux avec soin : Le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob (Ex 3, 15), afin de faire connaître une image définie, distincte et propre de chacune des hypostases et qui lui appartienne sans mélange en ce qui est propre, pour que les trois ne se confondent pas et ne disparaissent pas en une seule, et (qui) ne divise pas l’identité d’essence. Et en effet quoiqu’il appartienne au Père comme spécial, propre et sans mélange qu’il soit Père et qu’il ne soit engendré par rien d’autre, et au Fils pareillement qu’il soit Fils et qu’il ait resplendi comme splendeur par génération, mais avec l’égalité d’éternité, et qu’il ait été engendré par le Père d’une manière ineffable et au-dessus de l’intelligence, et à l’Esprit saint aussi semblablement qu’il soit Esprit saint et qu’indépendamment du temps et sans interruption il ne soit pas engendré, mais procède de Dieu et Père, et (quoique) cette propriété soit en chacun d’eux d’une manière fixe et à son tour ne passe pas à un autre — car c’est cela qui est propre à proprement parler — cependant une est la divinité dans les trois et l’identité d’essence qui est éloignée de tout changement.
Comment, en effet, nous est-il possible de penser que celui qui a été engendré par le Père ou (celui qui) en a procédé ne soit pas propre à son essence, mais qu’il soit étranger, venant du dehors et extérieur. En effet, s’ils n’ont pas part avec lui à l’essence, qu’on ne dise pas qu’il a été engendré ni qu’il a procédé. Mais lorsqu’on appelle par son nom la génération et le Fils qui est engendré et qu’on publie la procession de Dieu et qu’on désigne par son nom l’Esprit saint qui procède, comment puis-je rejeter des noms qui proclament la communauté de nature ou d’essence, dire autre au point de vue de l’essence celui qui a engendré et définir d’après une autre nature le Fils qui a été engendré, ou séparer l’Esprit saint de celui de qui il procède d’une manière qui convient à Dieu, de même que personne ne dit que le fleuve qui sort d’une source appartient à une autre nature que celle de la source ?
En effet, qu’a dit celui qui parlait à Moïse ? Il avait ordonné de dire : Je suis celui qui est ; et : Celui qui est m’a envoyé ; et : Le Seigneur, le Dieu de vos pères (cf. Ex 3, 14-15). Ainsi, après que par ces noms : « Celui qui est », « Le Seigneur », « Dieu », il a mis en avant l’unité, il introduit aussitôt, sur le champ, à la suite de cela, la triple indication des hypostases : Le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob (Ex 3, 15), en sorte que le (mot) : « Il est », et le (mot) : « Le Seigneur », et le (mot) : « Dieu », s’étendent à chacune des hypostases semblablement et avec égalité d’honneur. Car il y a aussi le Père, il y a aussi le Fils, il y a aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’Esprit saint. Que personne, en effet, par ignorance ne fasse peu de cas de ce dernier en raison de la forme de l’appellation qui est au neutre, c’est-à-dire ni au masculin ni au féminin, mais à un autre genre que ceux-là, parce que Dieu et Père également a été nommé Esprit ; car Dieu est Esprit, dit-il, et ceux qui l’adorent c’est en Esprit et en vérité qu’il leur faut (l’)adorer (Jn 4, 24).
De la même manière, et le (mot) : « Le Seigneur », et le (mot) : « Dieu », passent aux trois hypostases. Et de même que le Seigneur est le Père, de même le Seigneur est le Fils également, l’Esprit saint également. Et encore Dieu ne sera pas pensé le Père autrement, le Fils autrement, l’Esprit autrement. Et quand une est l’essence dans la Trinité sainte, ainsi que la seigneurie et la divinité, parce que c’est avant les trois hypostases qu’ont été mis à la première place avec égalité d’honneur le (mot) : « Celui qui est », et le (mot) : « Dieu », et le (mot) : « Le Seigneur », comment Arius, qui a été en vain furieux contre la vérité, a-t-il osé dire : « Il y avait un temps où le Fils ou l’Esprit saint n’étaient pas ; » et : « De ce qui n’est pas ils ont été » ? Et en effet celui qui est, qui est à proprement parler, est toujours, attendu que ni le commencement ni la fin ne limitent pour lui le fait qu’il soit. Que s’il n’était pas autrefois, fût-ce même comme dans un point d’une petite partie de l’éternité ou, pour ainsi dire, d’un laps de temps, ce nom même : « Il est », lui a manqué, et il l’a déclaré faux. Et en effet celui qui (est) ainsi est, non pas parce qu’il est ; mais il est, parce qu’il a été amené et a passé à ce qu’il soit, même si on donne pour certain qu’il a précédé pendant un petit instant de temps qui n’est pas défini à cause de sa brièveté. Et en effet celui qui est, est sans aucune limite et (est) infini ; et il renferme tout, et n’est lui-même renfermé par rien.
Par conséquent celui qui a dit en général : Je suis celui qui est (Ex 3, 14), (qui) a ainsi marqué et fait connaître par des marques définies la « non-confusion » des trois hypostases et (qui) a mis plus bas : Le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, a fait disparaître de la Trinité sainte la (parole) : « Il y avait un temps où il n’était pas », laquelle est d’Arius et de ses sectateurs. De la même manière, la (parole) : Le Seigneur, le Dieu de vos pères (Ex 3, 15), qui est pareillement mise à la première place avant les trois, (à savoir le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob), a exclu également leur autre technologie, par laquelle ils attribuent d’une part le (mot) : « Dieu » au Père, et d’autre part le (mot) : « Le Seigneur » au Fils, sans comprendre que Paul, parlant aux Corinthiens qui étaient élevés dans l’erreur du polythéisme, a écrit: Mais pour nous, il y a un seul Dieu, le Père, de qui tout (vient), et un seul Seigneur Jésus-Christ, par qui tout ( est) (1 Co 8, 6), en les éloignant de l’habitude de s’imaginer beaucoup de dieux et en les (en) détournant par le changement de noms synonymes, et non pas en attribuant au Fils comme nom inférieur celui de « Seigneur » et non plus en donnant au Père comme (nom) supérieur celui de « Dieu ».
Dans beaucoup de passages, en effet, on le voit donner au Fils lui-même le nom de « Dieu », et en écrivant aux Romains et en disant : De qui (est issu) le Christ selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni dans les siècles. Ainsi soit-il (Rm 9, 5) ! et en écrivant à Tite : Lorsque nous attendons la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ (Tt 2, 13). Vois-tu qu’il a ajouté aussi le (mot) « grand », afin de montrer que le (fait) d’être très élevé et d’être au-dessus de tout appartient à l’essence et qu’il n’y a rien qui soit plus grand, que cette (dernière) : Grand, en effet, est le Seigneur, et très digne de louange, et il n’y a pas de limite à sa grandeur (Ps 144, 3), ainsi que David le dit quelque part dans les psaumes ?
Et donc, encore par ce que nous avons dit à l’instant il est évident pour tous que Dieu est connu et dans l’unité et dans la Trinité, comme, lui aussi, il l’a fait connaître en pariant à Moïse, dans l’unité à cause de l’identité de l’essence, de la seigneurie et de la divinité, et encore de la volonté, de la puissance, de l’opération, de la royauté, de la gloire, de l’éternité, pour parler simplement, de tout ce qui se comprend et se dit de Dieu, et dans la Trinité à cause de la propriété et du « non-mélange » des hypostases.
Lors donc que par une pensée profonde tu saisiras, ou t’imagineras, la Trinité, dis tout un seul Dieu, non pas en ce que tu mêles et confonds les hypostases, mais en ce que tu connais une la divinité en elles trois, ainsi que le reste qui indique la communauté et l’identité, Mais lorsque tu regarderas d’une manière déterminée vers le Père, ou par exemple vers le Fils, ou, s’il se trouve, vers l’Esprit saint, et que tu (l’)appelleras « Dieu », ou « (Celui) qui est », ou « Le Seigneur », ou quelqu’un de ces (noms) qui sont communs à la Trinité sainte, tu (l’)appelles bien.
Cependant que la propriété soit pour toi associée (à la communauté). Et appelle Dieu en tant que le Père, non pas parce qu’il est de quelque chose, mais parce qu’il est sans génération. Et de la même manière nomme le Fils et « Dieu », (et) « Le Seigneur », et « (Celui) qui est », parce qu’il a été engendré par le Père éternellement. Et de la même manière loue l’Esprit saint par les mêmes appellations égales en honneur, non pas comme celui qui est de quelque chose ou est engendré, mais comme celui qui procède du Père : Que les propriétés soient immuables en opposition avec les indications et les dénominations communes ; et aussi que ce qui appartient à la communauté — c’est la même chose — reste inséparable en opposition avec les propriétés. Tu as dit ces trois ; monte rapidement vers cet un d’une manière collective. Tu t’es imaginé cet un ; comprends ces trois d’une manière séparée. Arrête la confusion des Juifs et de Sabellius, celle des trois, et la division païenne d’Arius, celle de l’un.
Tu as entendu (Dieu) dire : Je suis celui qui est (Ex 3, 14). Par conséquent confesse « Il est » ; et ne recherche pas : « Qu’est-il au point de vue de l’essence ? » Et en effet il ne t’est pas possible de le trouver. Lorsque tu as ainsi entendu : « Le Père », parce qu’il n’est pas de quelque chose, et : « Le Fils », parce qu’il est engendré, et : « L’Esprit saint », parce qu’il procède du Père d’une manière inimaginable, ne scrute pas minutieusement quel est le mode de ces (opérations), (pour) qu’ils soient ainsi ; car il est inconcevable et incompréhensible, et qui n’est bien connu que de la Trinité sainte. En effet, que celui qui veut (le savoir) explique ceci : « Qu’est Dieu au point de vue de l’essence ? et alors il scrutera : « Qu’est la génération divine et la procession ? Ces (opérations) ne seraient pas divines, si leur mode même était concevable pour nos esprits. Car le seul fait que nous connaissions et louions une Trinité parfaite, qui apparaît dans le Père et dans le Fils et dans l’Esprit saint, personne ne le comprendrait jamais ou n’en parlerait, si cet un de la Trinité sainte, ce Fils et Verbe, cette image du Père invisible (cf. Col 1, 15), ne s’était pas incarné et ne s’était pas fait homme pour nous sans changement, et s’il n’avait pas révélé ce qui le concerne lui-même ainsi que le Père et l’Esprit saint, comme dans une petite goutte et (selon) ce que nous pouvions supporter. C’est lui qui a rempli tout ce qui est sous les cieux d’une lumière et d’une science divine, et c’est par lui que, lorsque nous montons rapidement jusqu’aux paroles des prophètes et jusqu’aux visions des justes d’autrefois, nous trouvons manifestement cette doctrine divine et salutaire qui est la nôtre, laquelle, avant que se levât l’Unique, le Verbe, passait pour être cachée dans les prophéties ou dans les visions comme dans l’ombre et dans le mystère. C’est ainsi que ce soleil de justice, en éclairant par (sa) venue selon la chair, nous a préparés à voir clairement comme en pleine lumière ces (opérations) inconnues et invisibles.
C’est pourquoi aussi ces (notions) qui avaient été révélées à Moïse, dont nous avons parlé et à l’aide desquelles nous avons montré une théologie exacte, ne se feraient d’ailleurs pas voir, si le Fils et le Verbe lui-même n’était pas apparu autrefois comme dans une figure, laquelle représentait d’avance le grand et divin mystère de l’inhumanation. Que disent, en effet, les Écritures inspirées par Dieu ? L’ange du Seigneur apparut à (Moïse) dans une flamme de feu, du milieu du buisson ; et (Moïse) voit que le buisson est embrasé par le feu, et que le buisson ne se consume pas. Moïse dit : Je passerai voir cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas. Quand le Seigneur vit qu’il s’approchait pour voir, le Seigneur l’appela du milieu du buisson (Ex 3, 2-4).
Et comment dit-il : L’ange du Seigneur apparut à (Moïse) dans une flamme de feu, du milieu du buisson, (et), au sujet du même (fait) : Le Seigneur l’appela du milieu du buisson ? Comment le même est-il « l’ange du Seigneur » et « le Seigneur » ? Car le nom même de « Seigneur » est étranger à tout ce qui (est) après Dieu, et c’est à lui seul vraiment qu’il convient. En effet, quelque part le prophète David aussi chante en s’adressant à lui en ces termes : Et qu’ils sachent que ton nom est le Seigneur, en tant que tu es le seul Très-Haut sur toute la terre (Ps 82, 19) !
Ce qui est mis sous nos yeux nous montre donc que le Fils était celui qui est apparu dans le buisson, l’image du Père vivante et ne présentant aucune différence, celui qui montre en lui-même et fait connaître exactement celui qui l’a engendré, à la façon d’une image véritable, et en tant qu’il est le Verbe élevé, l’intelligence qui est au-dessus de tout, celui que le prophète Isaïe a appelé à cause de cela le Fils et l’ange du grand conseil, en disant : Parce qu’un enfant nous est né et qu’un fils nous a été donné ; et son nom s’appelle : L’ange du grand conseil, le conseiller admirable, le Dieu fort (Is 9, 6). Qui est-ce qui n’admirerait pas la clarté des Écritures sacrées, qui pour ainsi dire fait violence pour faire monter la pauvreté des mots et des paroles de chez nous, jusqu’à la hauteur des pensées divines, et, ce qu’un mot ne peut pas renfermer, le supplée par un autre. En effet, parce qu’il a dit le (Fils) « l’ange du grand conseil », en tant que l’image et le Verbe de l’intelligence qui (est) au-dessus de tout, et qu’ainsi il montre celui dont il est le Verbe, afin que personne cependant, à cause de cette désignation « d’ange », en inclinant à un sens qui porte envie à la terre, ne le regarde comme ministre du Père, il a dit ensuite « le conseiller admirable » ; « il est, dit-il, l’associé de la pensé, et non pas (son) ministre. » En effet, quelle association n’y a-t-il pas entre le Verbe et l’intelligence ? Ou plutôt, pour parler brièvement, c’est l’identité en tout et l’adhésion par excellence. Car il est, lui aussi, Dieu, (le Dieu) fort.
C’est donc celui qui est apparu à Moïse dans le buisson que la parole montre « l’ange du Seigneur » et « le Seigneur ». Et comment est-il apparu ? Dans une flamme de feu, dit-il, du milieu du buisson (Ex 3, 2), alors que le buisson est embrasé et ne se consume pas. Où sont ceux qui disent : « Comment Dieu s’est-il uni à la chair ? Comment l’incorporel se joignait-il au corps ? » Lorsque le prodige te représente ce mystère, qu’il soit pour toi plus évident, (plus) clair et plus (manifeste) que toute preuve. En effet, comment le bois en vient-il ensemble avec le feu à la même chose ? Comment supporte-t-il l’assaut de la flamme ? Comment étaient-ils une seule chose, ce (bois) et ce (feu) qui par nature sont en désaccord entre eux ? Et en effet il n’a pas dit que le (feu) éclairait, ou qu’il brillait autour du (buisson), ou qu’il semblait que le feu apparaissait au-dessus du buisson, mais que le buisson était embrasé et ne se consumait pas. « Dans tout le buisson, dit-il, il y avait un feu qui s’était introduit et s’était glissé. Et le (buisson) était devenu du charbon ardent, et il était tout entier en feu, et (il était) le feu lui-même. Et il ne lui restait désormais, s’il avançait selon sa nature, qu’à être réduit en cendre et (en) poussière ; car c’est cela que montre évidemment cette (parole) : Il ne se consumait pas ».
C’est donc d’une manière semblable à ce prodige que le Verbe de Dieu, lui aussi, s’est uni à notre chair qui a une âme intellectuelle, lorsqu’il s’est réuni à elle hypostatiquement, au-delà de toute parole, parce que c’est cela qu’il voulait. Telles sont, en effet, les merveilles, que d’un côté elles sont crues parce qu’elles ont eu lieu et qu’elles ont comme preuve grandement suffisante ce fait même d’être des merveilles et de ne pas être entièrement accessibles à nos esprits, et que d’un autre côté elles dépassent la faiblesse d’une investigation appuyée sur le raisonnement et l’examen, en sorte qu’elles restent encore des merveilles.
Qu’un Juif ou qu’un païen, en effet, explique quelle est la raison de cette (parole) : buisson était embrasé, et il ne se consumait pas (Ex 3, 3) ; et qu’il me demande alors de lui exposer le mode de l’union divine de l’Emmanuel. Que si ce qui a été vu par Moïse et tombait sous des yeux sensibles est une affaire ineffable, que dira-t-on au sujet de l’union de Dieu le Verbe avec la chair, laquelle apparaît à l’intelligence seule, et cela tant qu’elle nous est inaccessible ? Bien plus, toi-même, tu t’es extasié sur la théologie de Jean, par laquelle il fait retentir cette (parole) : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et Dieu était le Verbe (Jn 1, 1), qu’ont admirée quelques-uns même de ceux qui ont une haute idée de la sagesse païenne ; mais tu ne crois pas cette (parole) : Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14). Et cependant celui qui a agi en lui pour qu’il dise cela a agi (pour qu’il dise) aussi ceci. Car il n’appartenait pas à un pêcheur et à un ignorant de faire retentir de telles (paroles), mais au Christ qui parlait en lui ; et d’ailleurs il n’est pas non plus vraisemblable que le même soit poussé par Dieu à moitié, et qu’il entende cela du ciel et le dise et qu’il forme ceci de la terre et l’invente.
Mais de nouveau le buisson m’attire vers lui, et je suis possédé par (cette) image. Et en effet, de même que le feu en a fait du charbon ardent, qu’il a été censé être une seule chose avec lui, qu’il lui a été uni d’une manière indivisible — car comment séparerait-on la flamme qui brûle dans le bois ? — qu’il ne l’a pas fait changer en la nature du feu, qu’il n’a pas passé lui-même au fait de devenir le buisson, quoiqu’il se soit introduit et se soit glissé dans tout le (buisson), qu’il n’y a rien laissé qu’il n’ait fait de feu, au point que le (buisson) fasse aussi ce qui (appartient) au feu, à savoir brûler et éclairer, tant qu’il reste embrasé et ne se consume pas et que ce qui paraît est du charbon ardent, ( à savoir) une seule chose de deux qui ne se ressemblent pas au point de vue de la nature, sans être divisée en deux ; de la même manière, c’est par des réflexions délicates que nous voyons que le Verbe de Dieu s’est uni à notre humanité — il est certain que c’est à la chair animée intellectuellement — divinement et au-dessus de l’intelligence, de telle sorte qu’il ne change pas la chair en sa propre nature et qu’il ne soit pas non plus lui-même transformé en la chair ; mais il est une seule hypostase des deux et une seule nature incarnée du Verbe, quoique les choses à partir desquelles il a été réuni en une seule ne soient pas confondues, alors que le corps n’a pas été changé au point de vue de la nature et que par l’union par excellence avec le Verbe c’est la même chose pour celui qui (le) peut, soit qu’il donne la vie, soit qu’il guérisse.
Et nous avons dit cela, après que nous (y) avons été conduit de force ainsi que par une pensée délicate. En effet, on peut trouver que le Verbe qui s’est incarné et s’est fait homme sans changement et sans division, fait tout, ce qui convient à Dieu et ce qui appartient à l’homme ; et personne ne dit que le Verbe de Dieu a fait ceci et la nature humaine cela ; car c’est là la difficulté du mystère. Il faut savoir avec sagesse et avec intelligence qu’autre est celui qui opère, et autre l’opération, et autre l’œuvre ; et ces choses sont bien éloignées les unes des autres. Car celui qui opère, c’est celui qui se meut pour faire quelque chose ; l’opération est ce mouvement opérant pour ainsi dire et l’intention impulsive qui (pousse) à cela ; l’œuvre est ce qui est accompli grâce à cette (dernière).
De cela je te produirai comme témoin Basile sage dans les (questions) divines. En effet, le grand Basile interroge Eunomius, qui avait eu soin de couvrir la folie d’Arius par des bavardages remplis de discussions et de blasphèmes et où il y a beaucoup de mystères, lequel disait que le Fils est l’œuvre du Père, et non pas sa progéniture ; il reprend l’expression même et dit : « Que dis-tu ou comment comprends-tu cette œuvre ? Laquelle de ces choses ? L’opération qui pour ainsi dire est une impulsion et un mouvement opérant ? Par conséquent le Fils n’est pas celui qui a opéré, ni celui qui a été opéré, c’est-à-dire ce qui a été accompli par suite de l’opération ; mais de plus le Fils est même inexistant ; car l’opération et l’impulsion qui (pousse) à opérer quelque chose ne sont aucunement existantes. Que si tu dis qu’il n’est pas l’opération, mais ce qui a été opéré, il sera trouvé le troisième à partir du Père ; car celui qui a opéré est le premier, la deuxième est l’opé- ration, et le troisième est ce qui a été opéré ou l’œuvre. »
Il est très bon que nous entendions également en propres termes la parole du docteur, laquelle est ainsi : « Si le Fils est une œuvre, et non pas une progéniture, il n’est pas celui qui a opéré, ni non plus ce qui a été opéré ; autre chose, en effet, est l’opération en dehors d’eux, mais elle est également inexistante ; car aucune opération n’est existante. Que s’il est ce qui a été opéré, il est le troisième à partir du Père, et non pas celui qui est au milieu. En effet, celui qui a opéré (est) le premier, ensuite c’est l’opération, et ainsi ce qui a été opéré. »
Impies donc sont ceux qui au sujet du Christ enseignent deux natures qui opèrent ; car il est nécessaire que chaque nature ait son opération propre et distincte, c’est-à-dire (son) mouvement opérant. Que si nous confessons le Christ un de deux, je veux dire de la divinité et de l’humanité, et une personne, et une hypostase, et une seule nature incarnée du Verbe, conséquemment un sera celui qui opère et un sera son mouvement qui le (pousse) à opérer, quoique différentes, soient les œuvres, je veux dire les (faits) complètement terminés qui (viennent) de l’opération. Car les unes conviennent à Dieu, et les autres appartiennent à l’homme, lesquelles ont été opérées par un seul et même, par Dieu qui s’est incarné et s’est fait homme sans changement. Et ce n’est pas étonnant, puisque également les œuvres de l’homme que nous sommes sont les unes intellectuelles, les autres sensibles et corporelles ; par exemple consulter, réfléchir sur ce qu’il nous faut faire, découvrir par notre réflexion et suivre une pensée, c’est une œuvre intellectuelle, comme penser comment il nous faut organiser une ville ou une maison ou un navire ; mais bâtir une maison ou construire un navire, c’est (une œuvre) sensible et corporelle. Cependant c’est un seul homme (composé) d’une âme et d’un corps qui a opéré ceci et cela, et il y a un seul mouvement opérant.
C’est pourquoi, quand il s’agit aussi du Christ, nous connaissons le changement des paroles. En effet, les unes conviennent à Dieu, d’autres appartiennent à l’homme, d’autres possèdent à la fois ce qui convient à Dieu et ce qui appartient à l’homme. Mais ce n’est pas pour cela que nous dirons que celles-ci sont dites de cette nature-ci, et celles-là de cette (nature)-là ; car elles sont dites d’un seul et même Christ indistinctement. Mais quelques-uns, se conduisant d’une manière impie et en même temps étant malades de la dernière ignorance, en ce qui concerne le changement des œuvres et des paroles, en ont dressé deux qui opèrent et parlent, lorsqu’ils ont très gravement nommé « natures » les personnes et qu’ils ont caché deux Fils et Christs sous cette peau de lion.
Mais de nouveau je reviens au buisson, et j’admire la figure du mystère. Un buisson, en effet, est une plante sans fruits, qui est remplie d’épines pointues. Or ce sont les péchés que le Livre divin a coutume d’appeler « épines », selon ce qui est dit par le prophète David : Je me suis retourné vers la misère, pendant que l’épine s’est enfoncée en moi ; j’ai fait connaître mon péché et je n’ai pas caché mon iniquité (Ps 31, 4-5) ; et selon la parabole de notre Sauveur qui dit : La parole de l’enseignement est étouffée par les épines, lesquelles, a-t-il fait connaître, sont les soucis de ce siècle (cf. Mt 13, 22 ; Mc 4, 19 ; Lc 8, 14) ; et comme la vigne intellectuelle d’Israël dont (il est question) chez Isaïe, qui était accusée autrefois d’avoir rapporté des épines au lieu de raisins et (qui) entendait ensuite le vigneron (dire) : J’ai attendu qu’elle fît la droiture, et elle a fait l’iniquité, et non pas la justice, mais le cri (Is 5, 7). Voici donc ce que montre la figure, (à savoir) que le Verbe de Dieu, qui sous l’aspect du feu a été alors réuni avec le buisson, à la fin des temps aussi s’est uni lui-même la chair laquelle est de la même essence que nous, qui descend d’Adam, lequel est tombé sous le péché, par généalogie (et) qui (fait partie) de cette race, quoiqu’il se soit incarné lui-même sans péché, et de l’Esprit saint et de la Vierge Mère de Dieu, et sans semence humaine, et (en dehors) de toute concupiscence.
Je suis persuadé à ce sujet que les traducteurs des Livres divins, qui les ont fait passer de l’hébreu dans la langue grecque, et notamment les Septante, poussés par Dieu, ont également rapporté le mot au masculin et ont dit de nombreuses fois « le buisson » et pas une seule fois « la buisson », parce que le Verbe de Dieu a masculinisé — afin de dire quelque chose de nouveau en faisant une innovation en ce qui concerne cette expression — c’est-à-dire a rendu mâle, par l’incarnation divine, notre nature qui était tombée jusqu’à la féminité et à un relâchement effréné, était foulée aux pieds par les désirs et avait oublié la virilité naturelle. Et il l’a montrée non seulement virile, mais encore celle qui convient à Dieu, par l’union hypostatique ; et vraiment il l’a montrée « buisson » ou « accessible », lorsqu’il l’a prise à notre race épineuse, sans fruits, et qui était complètement inaccessible à Dieu, et il l’a rendue accessible, et (cela) à tel point qu’il s’est soumis selon la chair même à la conception et à la naissance, de la même manière que nous, bien qu’au-dessus de nous, parce qu’(il est) de l’Esprit saint et de la Mère toujours vierge. Nous entendons, en effet, Paul qui dit clairement : Parce que donc les enfants ont participé à la chair et au sang, lui aussi, il a participé aux mêmes choses de la même manière (He 2, 14).
Ce n’est pas avec recherche que ces raisonnements ont été faits par nous à propos de ce mot « buisson » ; car on peut trouver beaucoup d’(expressions) de ce genre que les traducteurs ont employées sous l’influence du mouvement divin. Et en effet, quand ils faisaient aussi une traduction au sujet de la Pâque légale que fêtaient les Juifs, en faisant mémoire de leur fuite et de leur délivrance de l’Égypte et ensuite du passage qu’ils firent dans la mer Rouge en marchant à pied, certains rendirent le nom de la fête par πάσεχ, c’est-à-dire « relatif au passage » ; mais les Septante, alors que l’Esprit divin parlait par eux à haute voix, ainsi que je l’ai dit, ne traduisirent pas la fête par πάσχα, ou passion, tant d’années avant, mais plutôt ils prophétisèrent, puisque c’est par la passion salutaire du Dieu qui s’est incarné que (ce) mot devait se vérifier en lui-même, autant qu’il est possible surtout. Et en effet cette Pâque légale était la figure de celle qui est la nôtre, la vraie, par laquelle, nous aussi, nous avons abandonné l’erreur de l’idolâtrie, l’Égypte intellectuelle, et les Égyptiens, ces démons méchants, et Pharaon, le calomniateur, leur chef, et nous avons traversé la méchanceté salée, liquide et qui s’écoule dans les désirs, après que nous avons été purifiés par le saint baptême et avons été sanctifiés par le sang non pas d’une brebis quelconque, mais du Fils de Dieu.
Qu’à cause de cet exemple du buisson personne, conduit par des sentiments manichéens et entraîné à un sens réprouvé, ne pense que le péché est une partie de notre nature. En effet, chez le buisson la propriété de posséder des épines est naturelle ; mais nous, c’est après que nous avons détourné notre volonté de l’inclination au bien que nous avons été malades du péché ; et la maladie n’est pas naturelle, et elle n’est pas une partie de l’essence, mais des accidents qui arrivent du dehors à la nature. C’est pourquoi le psalmiste a dit justement au sujet du péché : Je me suis retourné vers la misère, pendant que l’épine s’est enfoncée en moi (Ps 31, 4). En effet, ce qui s’enfonce est du dehors et n’appartient pas en propre, de même que personne ne pense que la flèche fait partie du corps qu’elle frappe. Quant à ce (mot) : Elle s’est enfoncée, il indique la difficulté que nous avons de nous écarter de l’habitude de pécher.
Que disent à cela ceux qui versent sur leur propre tête l’ébriété récente de l’imagination d’Eutychès et par là rêvent en face de la vérité ? Est-ce que la figure du buisson ne leur fait pas honte pour confesser que, quand le sage médecin et le Sauveur nous guérissait, nous qui avons été malades du péché, c’est purement, sans péché et entièrement qu’il s’est d’une manière divine incarné la chair qui est de la même essence que nous ? Car qui avait besoin de la société de Dieu et de (son) union, si ce n’est pas absolument cette (chair) qui s’était éloignée de Dieu et avait besoin de guérison ? Que s’il n’a pas pris ce corps qui est le nôtre, c’est pour quelque chose d’autre plutôt, et non pas pour nous, qu’il est venu à cette condition terrestre. Comment donc ces misérables et (ces) maudits disent-ils partout qu’ils obéissent aux Livres divins, lorsqu’ils combattent avec audace contre tous (les Livres), et (contre) les figures de la Loi et Ies prédictions des prophètes, et contre les règles des Évangiles et des apôtres, à l’exemple de ceux qui font tout ce qui est en dehors de la loi et qui se glorifient de vivre selon la loi ?
Il est très bon qu’à cause du buisson nous interrogions aussi ceux qui professent le manque d’intelligence d’Apollinaire. Quoi donc ! Vous dites d’une part que Notre-Seigneur s’est incarné la chair animée, d’autre part que celle-ci est privée de l’intelligence. Laquelle de ces (propositions) ? Cette intelligence qui est la nôtre est-elle restée sans péché, et sans avoir reçu en elle absolument aucune des épines ? Eh quoi ! Ève et Adam, qui a obéi à celle-ci, lorsqu’ils eurent été vaincus par les aliments, étaient-ils insaisissables au point de vue de l’intelligence ? Est-ce qu’elle était le guide et le chef, elle qui pour le péché s’est servie des sens qui lui prêtaient leur service ? Car l’intelligence voit, et l’intelligence entend, et l’intelligence agit par le moyen de chaque sens ; et, lorsque celle-ci est silencieuse, tous (les sens) sont morts d’une certaine manière, inactifs et immobiles. C’est pourquoi il n’a pas suffi au Livre inspiré par Dieu de dire : La femme vit que cet arbre était bon à manger et qu’il était beau à voir pour les yeux ; mais il a ajouté : C’est encore merveilleux de comprendre, ou d’avoir l’intelligence, par lui (Gn 8, 21). Cette (parole) : « D’avoir l’intelligence », à quoi d’autre appartient-elle, si ce n’est à l’intelligence ? Vous qui êtes vraiment sans intelligence, c’est à vous de voir et de regarder. Car vous ne vous dresserez pas encore contre cette (parole) en discutant.
Comment, en effet, ce qui était raisonnable dans l’homme, ce qui a été fait à l’image de Dieu, une fois devenu malade, Dieu le Verbe allait-il le laisser sans guérison ? O le manque de logique ! Il s’est tant occupé de la chair sans raison. Est-ce que vous ne l’entendez pas dire, même après le déluge qui (eut lieu) aux jours de Noé : L’esprit de l’homme repose avec soin sur les maux dès son enfance (Gn 8, 21) ? Quoi donc ! (L’esprit) qui s’est incliné vers la méchanceté, il ne le redresserait pas, pour se l’unir à soi-même ; et cela appartient-il à une guérison sage ? Comment donnerions-nous à cela justement le nom même d’inhumanation, à ce qui a exclu cette (partie) principale de l’homme, et cette (partie) par laquelle il est homme à proprement parler ?
C’est pourquoi les Pères, en enseignant la foi et en s’attachant aux Livres saints, ont joint ensemble à cette (parole) : « Il s’est incarné » aussi cette (parole) : « Le Verbe de Dieu s’est fait homme », pour montrer que Notre-Seigneur s’est incarné la chair animée et douée d’intelligence, afin qu’aucune des (parties) dans lesquelles nous sommes ne restât en dehors de l’inhumanation divine. Le Verbe de Dieu, qui s’est incarné et s’est fait homme, a donc souffert et a été crucifié, quand même dans les souffrances il n’a pas rejeté loin de lui l’impassibilité, de même qu’il n’a pas non plus (rejeté loin de lui) le fait qu’il est Dieu. En effet, il est devenu accessible à la souffrance par ce qu’il était incarné et était uni hypostatiquement à ce qui était capable de souffrir ; mais, lorsque l’effet des souffrances s’est approché jusqu’à la chair et lorsqu’il s’étend plus encore de proche en proche jusqu’aux membres, parce qu’un était celui qui était incarné et fait homme, il n’a pu atteindre cet impassible. Et en effet ce qui est incapable de souffrance ne souffrira pas, s’approchât-il le plus possible des souffrances, lesquelles, en même temps qu’il s’en approchera, se tiendront au loin quelque part.
Pourquoi donc, ô vous autres, ne confessez-vous pas une seule nature incarnée de Dieu le Verbe, mais définissez-vous en deux natures ce seul Christ, en brisant l’union, en étant malades de la théopaschie que vous nous imputez par ignorance et en craignant et en tremblant que cet impassible ne tombe sous la souffrance, s’il n’est pas séparé de ce passible ? Levez-vous donc et affermissez vos pieds sur le roc de la foi, en ayant pleine confiance que Dieu n’a pas besoin de votre pitié. Mais, parce qu’il s’est incarné, par là il en vient volontairement aussi à souffrir ; et même ainsi il reste inaccessible à la souffrance, par cela même qu’il est Dieu par nature. Car, s’il ne s’est pas incarné, qu’il ne soit pas dit non plus qu’il a souffert, et en effet vraiment cela est impossible ; et, lorsqu’il est incarné, qu’il ne soit pas séparé de la chair par la dualité des natures qui (vient) après l’union, afin que la souffrance ne soit pas imputée à la nature humaine qui subsiste séparément.
Mais, lui-même à plus forte raison, il a été aux prises avec la mort en tant qu’incarné, parce qu’il était d’ailleurs impossible qu’elle coupât les nerfs de celui qui volontairement avait pris cette (condition) sur lui, immortel qu’il est par nature. De là (il suit) aussi que, après qu’il a seulement goûté cette (mort) selon ce qu’il s’est fait homme, il est ressuscité le troisième jour, après avoir brisé les liens inéluctables du Schéol, et en donnant comme signe évident de cela les morts qui sortaient des tombeaux, et ces derniers apparaissaient à beaucoup (cf. Mt 27, 53). Il est également monté aux cieux, quand tout entier il était selon la chair sans limite, au-delà de toute pensée et de (tout) miracle, lui qui est tout entier en tout et tout entier au-dessus de tout, enferme tout et n’est enfermé par rien, et échappe à toute imagination et à tout mouvement de l’intelligence qui impose des limites.
Le Verbe, en effet, s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14), le Verbe lui-même, l’une des trois hypostases. C’est l’hypostase même du Fils, et non pas comme dans les prophètes une opération partielle, mais toute la plénitude de sa divinité (cf. Col 2,9), ainsi que dit Paul, et la source même de vie qui donne à ceux qui y participent de nombreux fleuves de dons.
Donc, lorsque nous croyons en un seul Dieu le Père tout-puissant et en un seul Seigneur Jésus-Christ, croyons en ne le coupant pas, mais en confessant d’une manière collective qu’il est descendu, qu’il s’est incarné, qu’il s’est fait homme, qu’il a souffert, jusqu’à ce qu’il revienne juger les vivants et les morts ; et de même, en continuant l’énumération et en disant que nous croyons : « Et à l’Esprit saint », selon la déclaration authentique des Pères et des docteurs de la foi véritable et infaillible, afin que la Trinité reste Trinité et que ne nous disions pas, comme ceux qui divisent cet unique Christ et le confessent deux natures après l’union ineffable : « Nous croyons au Père, et au Fils, et à l’Esprit saint, et à l’inhumanation de Notre Seigneur. » Ceux-là, Notre-Seigneur lui-même les divisera au jour du jugement, selon la parole de l’Évangile, parce que par une division ils ont fait la Trinité quaternité, et il placera leur sort avec celui des trompeurs hypocrites (cf. Mt 24, 51).
Et si quelqu’un dit que le Verbe Dieu s’est apporté la chair des cieux, ou qu’il est de quelque autre matière, ou qu’il s’est changé lui-même en la chair, ou qu’il s’est épaissi, ou qu’il s’est durci comme la glace à partir de l’eau, ou qu’il a acquis une forme comme l’empreinte (qui vient) du sceau, ou qu’il a passé pour être apparu à la façon des fantômes et des spectres et comme les rêves qui ( ont lieu) dans le sommeil, et (s)’il ne confesse pas que le Fils de Dieu, (qui est) sans chair et sans corps et qui (est) avant les siècles, s’est incarné la chair qui est de la même essence que nous de l’Esprit saint et de la sainte Mère de Dieu la Vierge Marie, par l’union hypostatique, de telle sorte qu’il ait été aussi conçu et qu’il n’ait pas couru ainsi qu’à travers un canal, qu’il soit étranger à la grâce de l’inhumanation véritable et divine, qu’il déchoie de l’adoption des enfants et qu’il ne trouve pas son second avènement dans la paix et dans la miséricorde, parce qu’il a rendu faux le premier (avènement).
Si quelqu’un s’est imaginé la chair de Notre-Seigneur sans âme et sans intelligence et qu’en quoi que ce soit il ait dépecé la perfection de l’inhumanation, qu’il hérite le sort de ces vierges folles et sans intelligence, que la porte du banquet des noces lui soit fermée au nez et qu’il soit déçu dans (son) espoir de la vie future.
Si quelqu’un ne confesse pas que le Verbe de Dieu, qui s’est incarné et s’est fait homme sans changement, tout en le disant un seul Fils, un seul Seigneur, un seul Christ, une seule personne, une seule hypostase, une seule nature incarnée du Verbe, (s’il ne confesse pas, dis-je) que celui-là est impassible en ce qu’il (est) Dieu, et qu’il a souffert dans la chair d’après les Livres divins, et si quelqu’un dit que la chair a été changée ou a été mêlée à l’essence divine, qu’il soit anathème et qu’il soit livré aux tourments cruels et sans fin.
Parce que donc nous avons fait disparaître et nous avons rejeté la boue de l’infidélité, tandis que vous conservez en tout la pureté et l’intégrité à la saine doctrine de la foi, vous levant en haut, vous qui allez vous réjouir de la grâce divine du baptême, tournez-vous du côté de l’occident, lorsque vous savez que tout lieu appartient à ce seul Dieu créateur et bon, qui est connu dans l’unité et dans la Trinité, s’écrie par le prophète : Du lever du soleil et jusqu’à son coucher, mon nom est loué (Ps 112, 3), et dit dans un autre passage : Hors moi, il n’y a pas de Dieu (Is 45, 5), et lorsque vous enseignez par l’attitude et par les paroles qui vont être dites que vous rejetez loin de vous le vêtement noir de la méchanceté, les œuvres des ténèbres, l’esclavage du péché, le Calomniateur lui-même, et les démons, ces docteurs de la méchanceté.
Mais, parce que vous avez rejeté loin de vous la tyrannie du Malin, faites demi-tour, tournez-vous pour moi joyeusement vers l’orient, en indiquant encore par l’attitude même que le soleil de justice s’est levé pour vous, qui peu après deviendrez des enfants de lumière. Obtenez la libre confiance auprès de votre Seigneur, levez vos deux mains vers le haut. Vous vous êtes libérés de la captivité ; criez les paroles de la liberté. Vous étiez les créatures de celui qui vous a faits, et par les œuvres du péché vous êtes devenus les instruments du Malin. A l’instant vous deviendrez encore d’une façon parfaite la possession de celui qui vous a créés, en ne laissant plus alors le péché régner dans votre corps mortel, ainsi que dit Paul, mais en offrant à Dieu vos membres comme des armes de justice (cf. Rm 6, 12-13). Seulement écriez-vous avec le prophète : Seigneur notre Dieu, possède-nous. Un autre Seigneur en dehors de toi, nous n’en connaissons pas. Nous nommons ton nom (Is 26, 13). Gravez dans votre esprit ainsi que sur une colonne le retour que vous avez opéré. N’oubliez pas ; ce qui se fait n’est pas ainsi simplement une attitude mais une figure claire qui parfait le sens.
Lot entendait, après avoir été auparavant soustrait par Dieu à la colère qui était décrétée, avant que Sodome brûlât par le feu et par le soufre : « Lorsque tu seras en dehors de ce pays avec (tes) enfants et (ta) femme, ne laisse pas regarder derrière toi et ne t’arrête pas dans tous les environs (Gn 19, 17). » Et lui, il ne méprisa pas le commandement ; mais sa femme, au contraire, regarda derrière elle, dit (le Livre), et elle devint une colonne de sel (Gn 19, 26). Et encore Samuel, qui voyait l’avenir sans se tromper et à cause de cela était nommé celui qui voit (cf. 1 R 9,11.18), disait à Saül : Et tu seras changé en un autre homme (1 R, 10, 6). Et la parole était une réalité. En effet, le Livre sacré dit de nouveau au sujet de celui-là : Et il arriva que, quand Saül eut tourné le dos pour s’en aller de chez Samuel, Dieu lui donna un autre cœur (1 R10, 9).
Par conséquent c’est à un autre homme et à un autre cœur que l’attitude même et la parole vous invitent. Ils vous enseignent à poursuivre de toute (votre) force ce qui mène à ce qui (se trouve) en avant, ce par quoi vous serez retenus pour ne plus courir vers le mal. C’est pourquoi Notre-Seigneur disait dans les Évangiles : Souvenez-vous de la femme de Lot (Lc 17, 32) ; et encore : Personne, mettant la main à la charrue et se retournant en arrière, n’est apte au royaume de Dieu (Lc 9, 62).
Vous avez renoncé au Calomniateur, à ses artifices, à la magie avec ses variétés, à l’illusion, à toute la tromperie du mensonge, laquelle trompe et se divise en beaucoup de parties, à la divination, à l’incantation, au langage des horoscopes qui, par lui-même ainsi que par le mouvement des étoiles, imagine les naissances des hommes, les événements, les visions et les spectres et, comme disent ces gens de rien, les sorts, les destinées de la vie et ce qui s’est trouvé en opposition avec la providence de Dieu, pour omettre en courant, en effet, l’extravagance de l’observation des heures et des temps et l’attention qui a pour objet le cercle des étoiles dit ζῳδιοφóρος, dont chacune des parties, un douzième ou un soixantième, est (?) une corde qui se tord par l’effet du vinaigre, comme on dit, afin de ne pas accuser d’erreur son mouvement et de ne pas tenir compte de son mensonge dans le cas d’une fausse indication de l’heure. Que faut-il dire des étoiles malfaisantes, qui imputent la cause d’un mouvement de ce genre au Créateur, lui qui est la cause et le chef de tous les biens ? Car c’est de nous que vient le mal, nous qui sommes conduits nous-mêmes par notre libre arbitre et par notre volonté, et non pas par autre chose. En effet, si nous étions conduits par la nécessité des étoiles, inutile serait le travail de la perfection ; c’est en vain que des lois réprimeraient le vol, le meurtre, l’adultère et les autres iniquités, et personne ne se repentirait de (sa) méchanceté, quand une fois il serait de moitié avec le mal.
Bien que j’aie beaucoup de choses à dire sur ce sujet, je les passe à cause du manque de temps — en effet, l’homélie doit avertir et instruire, mais elle n’appartient pas à la réfutation — alors que je ne sais exactement que cela, (à savoir) que beaucoup de ceux qui font profession de connaître ces choses savamment et exactement vivent d’une manière tout particulièrement misérable, plus que tous ceux qui sont malheureux, pour parler comme eux. Il leur fallait demander à leurs étoiles — je ne leur dis pas, en effet, des (paroles) de ce genre qui sont de moi si en vérité elles se meuvent selon les règles de la logique et comme selon la musique — car ils disent cela encore —de produire un seul mouvement contre la religion des chrétiens, ou plutôt d’incriminer ceux-là mêmes qui se sont mis en mouvement en se faisant la guerre à eux-mêmes, lorsqu’ils ont avancé une opinion qui est leur propre ennemi et leur propre adversaire.
Mais ce sont là des fables et des songes, et véridiques sont les paroles de celui qui a dit : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas (Mt 24, 35 ; Mc 13, 31 ; Lc 21, 33). C’est pourquoi le chaudron d’airain de Dodone qui sert à la divination, les eaux de Castalie qui disent des insanités, le trépied de Delphes, ce voisin pervers que nous avons à Daphné sont silencieux — « Oui, dit-on, parce qu’ils ne sont pas rendus propices par les sacrifices et par le sang. » — O le manque d’intelligence ! Car c’est surtout maintenant qu’il leur fallait montrer avec plus de profusion qu’autrefois ce qui leur est propre. La divinité, en effet, est sans besoin ; et c’est lorsqu’elle est combattue que la piété paraît plus éclatante. C’est pourquoi aussi le divin Daniel et les trois enfants de Babylone, tout en disant qu’il n’y a ni holocauste, ni sacrifice, ni oblation, ni encens (Dn 3, 38), faisaient des miracles et des signes et prophétisaient. Mais maintenant que tout le peuple des Juifs a blasphémé et a agi d’une manière criminelle envers le Christ qui avait parlé par les prophètes (He 1, 1), et cela bien qu’il ait un culte et un service (des autels), à ce qu’il lui semble, il va et vient et est dispersé en tout lieu de la terre, sans avoir obtenu un seul miracle ou (une seule) prophétie. Mais la foi des chrétiens, au moment même où elle a commencé, alors qu’elle était persécutée, chassée de partout et déchirée par des supplices de toute sorte et après qu’elle eut arrosé de sang toute la terre, a resplendi par des prodiges, parce qu’elle avait Dieu qui combattait pour elle.
Mais que ferai-je en voyant que l’homélie même traîne en longueur ? Et c’est pourquoi je suis empêché de parler davantage. Vous donc, quand vous dites adieu à toute erreur, selon la législation de l’Apôtre, quoi que ce soit que vous fassiez en parole ou en action, faites tout au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Col 3, 17), et ne vous écartez pas de ce qui convient.
Avec cette préparation, courez vers le baptême divin, vers les eaux, vers l’Esprit par qui vous allez être purifiés de toute souillure, tandis que vous êtes délivrés de toute tache. C’est dans l’âme que passent les eaux ; car elles sont mêlées avec l’Esprit divin. Elles lavent ce qui est invisible, elles touchent ce qui est caché. Écoute le prophète, qui de loin a proclamé d’avance la vertu (des eaux) : Lavez-vous, soyez purs, ôtez de vos âmes vos méchancetés. Et si ros péchés sont comme l’écarlate, je les blanchirai comme la neige ; et s’ils sont comme la pourpre, je les blanchirai comme la laine (Is 1, 16.18). Mais cela ne montre pas que la purification est différente — elle est, en effet, une et la même et égale en honneur — mais que l’éclat du baptême, qui est en même temps comme la neige, est encore un vêtement ; car c’est là ce que montre la laine ; vous tous, en effet, dit Paul, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ (Ga 3, 27), parce que la laine aussi est ainsi, (à savoir) blanche, et il est su d’avance qu’elle ne le cède pas du tout ou du moins peu à la neige. En effet, lorsque le prophète voulait montrer en même temps que c’est avec une grande munificence que ce bain divin et blanchit et habille, il a été dans le besoin et il a été embarrassé, sans trouver un exemple unique qui puisse montrer l’image d’une façon parfaite. Car la neige possède l’éclat à un haut degré, mais elle n’habille pas du tout ; et la laine, tout en amenant la pensée du vêtement, ne montre pas la blancheur par excellence, celle de la neige. C’est donc forcément qu’il s’est servi de deux (exemples), lorsqu’il voulait marquer la puissance de cette action unique ; car ce n’était pas pour introduire une différence dans la purification.
On peut trouver cela dans le Livre divin à propos d’autres (faits) aussi. En effet, lorsque notre Sauveur, le Christ, s’est transfiguré sur la montagne, Matthieu dit : Ses vêtements devinrent blancs comme la lumière (Mt 17, 2) ; et Marc : Ses vêtements devinrent étincelants, tout blancs comme la neige, tels qu’un foulon sur la terre ne peut pas blanchir (ainsi) (Mc 9, 2). Et cependant, comment n’est-il pas certain que, lorsqu’il s’agit d’un seul et même fait, il n’entre aucune différence par suite des exemples, et cela bien que vraiment il y ait une différence et dans la lumière et dans la neige, et aussi dans les vêtements nettoyés par le foulon. Donc, soit que quelqu’un soit rouge de péché, soit qu’il soit couleur de sang et d’écarlate, il obtiendra la même grâce au point de vue et de l’éclat et du vêtement.
Ne faites donc pas attention aux eaux seulement, mais encore à la parole qui sanctifie. La parole, en effet, est la puissance du baptême, parce que la parole appartient à Dieu ; car le sage Paul dit : Après avoir purifié dans le bain des eaux avec la parole (Ep 5, 26). Ne faites pas attention à moi qui suis rempli de beaucoup de fautes, mais au Christ. C’est plus important, ou comme Jean je m’écrie : Lui, il vous baptisera dans l’Esprit saint et dans le feu (Mt 3, 11 ; Lc 3, 16). Lui, et non pas un autre, il se tient près de la source ; lui, il ouvre les cieux ; lui, ou plutôt comme celui en qui se trouve la demeure de l’Esprit, il fait descendre la voix du Père, laquelle vous déclare enfants, quoique ce ne soit pas comme lui ; car il était le Fils par essence, lui qui était baptisé pour nous, et non pas pour lui ; et vous, vous le serez par grâce. C’est donc le baptême de celui-là, par lequel il a purifié les eaux, qui est ce qui opère, même par notre intermédiaire.
Par conséquent, lorsque vous montez de là éclatants, détournez vos visages de tout ce qui est noir ou qui fait tache. Car de même que quelque pauvre et miséreux, lorsqu’il se trouvera recevoir de quelqu’un un vêtement blanc à titre de don et de bienfait, ne consent pas à le salir en s’en servant habituellement, mais qu’il ne s’en sert qu’aux fêtes, et cela avec précaution et avec soin, de même, vous aussi, lorsque vous recevrez la robe divine et royale, vous n’irez pas, en la revêtant, vers ce qui constitue ordinairement des actions (faites) dans les péchés — car elle serait salie —mais vous vous conduirez toujours comme à une fête. Et quelle est la fête ? La commémoraison de Dieu ; car je me suis souvenu de Dieu, et je me suis réjoui (Ps 76,4), dit David. Souvenez-vous donc de celui-là et de vous-mêmes. Car, si vous nous regardez, au cas où ce n’est pas trop dur à dire, nous entrerons encore en même temps que vous, ou plutôt nous irons devant vous, dans le chemin qui conduit au péché et à toute négligence. C’est pourquoi priez à cette heure où vous revêtez la grâce de l’adoption des enfants. Vous, en effet, vous pouvez (obtenir) que nous aussi, en nous convertissant, nous vivions avec vous pour la gloire du Christ, le Dieu qui est au-dessus de tout (cf. Rm 9, 5). À lui (soit) la gloire avec le Père et l’Esprit saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !