دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 107

ELLE FUT PRONONCÉE PENDANT LE JEÛNE, (EN RÉPONSE) À QUELQUES DOUTES RELATIFS AUX ÉCRITURES, QUI AVAIENT ÉTÉ ADRESSÉS ET PRÉSENTÉS À (SÉVÈRE). LE PREMIER EST : QUE SIGNIFIE DONC CE QUI EST DIT PAR LE PROPHÈTE ISAÏE ? EN CE JOUR-LA, IL Y AURA CINQ VILLES EN ÉGYPTE‎ QUI PARLERONT DANS LA LANGUE DE CHANAAN, ET ELLES JURERONT PAR LE NOM DU SEIGNEUR DES ARMÉES. CETTE SEULE VILLE SERA APPELÉE LA VILLE D’ASÉDEK (Is 19,18) » C’EST SUR CE DOUTE QUE FUT PRONONCÉE TOUTE L’HOMÉLIE, PARCE QU’A CAUSE (SA) LONGUEUR (SÉVÈRE) NE PUT TOUCHER LES AUTRES.

Parmi ceux qui, dans le désert d’Égypte, s’appliquent à la règle monastique et à la vie ascétique et philosophique, et (qui) vivent beaucoup par l’esprit et peu par la chair, et seulement autant qu’ils ont à respirer, un homme, nommé Philippe — qu’il soit fait devant l’Église, en effet, une mention claire et écrite de son nom, et qu’il ait de ma part cette récompense immédiate pour son désir d’apprendre — m’a adressé et présenté par lettre quelques questions (tirées) des paroles du Livre inspiré par Dieu, qui semblent (relever) du doute, (être) sans issue et renfermer en elles-mêmes beaucoup de secret pour l’esprit, demandant qu’elles reçoivent de ma part une solution et une explication claire et lumineuse.

Quant à moi, je reconnais que je suis bien pauvre dans la science des choses divines, et je ne me lance pas dans ce qui est au-dessus de (ma) force, mais encore j’honore un silence modeste et qui ne se trompe pas lui-même. Je crains de plus de ne pas dire sur ce qui est demandé ce qui vient à ma connaissance même d’une manière insidieuse, en considérant le serviteur des Évangiles, qui cacha dans la terre le talent qui lui avait été confié (cf. Mt 25, 18 ; 25) et encourut une accusation pour l’avoir gardé, ce qui n’avait ni diminué ni augmenté ce qui lui avait été confié. Il me semble que c’est sous l’accusation d’une faute semblable à celle de ce (serviteur) que tombe également le fait de cacher dans un coin les recherches et les examens de ce qui est ainsi très nécessaire, et de ne pas répandre parmi le grand nombre ce qui est profitable.

C’est pourquoi je renonce à répondre en particulier par lettre à celui qui a interrogé ; et j’essaie selon mon peu de force de parler devant vous sur ce (sujet), ayant confiance et croyant bien que celui qui par son propre sang a racheté l’Église du péché, à cause de la piété et de l’insatiabilité de vos oreilles pour des auditions spirituelles, laissera couler très abondamment (sa) miséricorde sur moi aussi, en (me) faisant un don libéral des pensées et de la parole tout à la fois. C’est ainsi que le grand Paul également demandait aux Éphésiens de prier pour lui, en disant : Priez pour moi aussi, afin que la parole me soit donnée en ouvrant la bouche (Ep 6, 19). Qu’y a-t-il donc d’étonnant, si, moi aussi (qui suis) petit, J’attends par la confiance que j’ai en vous que des moyens d’expliquer m’arrivent très riches et (très) abondants pour éclaircir ce que nous avons cité plus haut ?

Ce temps présent aussi semble être tout particulièrement celui qui est convenable et favorable pour cela. En effet, dans quel autre temps fallait-il résoudre les questions de ces saints hommes qui vivent dans la continence, si ce n’est dans ces jours saints et purs du jeûne et de la continence ? Par conséquent, tandis que Dieu (nous) tend la main, passons à la première question, autant qu’il (nous) est possible.

« Que signifie, dit-il, ce qui est dit par le prophète Isaïe en ces (termes) ? En ce jour-là, il y aura cinq villes en Égypte qui parleront dans la langue de Chanaan, et elles jureront par le nom du Seigneur des armées. Cette seule ville sera appelée la ville d’Asédek (Is 19, 18). »

J’allais donc exposer selon un sens facile la réponse de l’histoire et montrer, à l’aide des Antiquités judaïques de Josèphe et à l’aide de ce qui est dit par saint Cyrille, comment un grand prêtre des Juifs, après avoir été chassé, ou encore après avoir fait sortir les captifs de leur lieu et avoir conduit beaucoup d’entre ses compatriotes, habita sur les confins de la Palestine et de l’Égypte, quelque part près de la petite ville appelée Rhinokoroura — ce sont ceux-là qui ont l’habitude encore maintenant de se servir de chacune de ces deux langues, à savoir de celle des Égyptiens et de celle dont se servent les Palestiniens et les Phéniciens ; celle-ci, en effet, est la langue et de Chanaan — et (montrer) comment il m’a semblé que c’est en cela qu’étaient accomplies les (paroles) de la prophétie, alors que ceux qui avaient été emmenés en captivité avaient élevé dans le pays d’Héliopolis d’Égypte et un temple et un autel selon le modèle et le type de Jérusalem.

Mais, parce que celui qui a interrogé m’a demandé et m’a prié d’un côté de m’élever (et) de monter au-dessus de la lettre, de mépriser la pauvreté judaïque et de me préoccuper médiocrement de l’histoire, qui ne peut pas non plus être donnée très exactement à mon avis, et d’un autre côté de donner d’enseigner un sens plus vrai et (plus) élevé, qui est amené encore symboliquement dans les expressions de la prophétie — il plait, en effet, à ceux qui se purifient par les travaux actifs de la perfection de s’élever jusqu’à la contemplation et de connaître ces grands faits conformément à l’Évangile et de façon magnifique et de ne pas les abaisser jusqu’à un sens qui porte envie à la terre, parce que la Loi aussi est spirituelle (cf. Rm 7, 14) pour les spirituels et de la même manière ceux également qui ont prophétisé en ce temps-là (sont spirituels pour les spirituels) — je continuerai à dire au sujet de ce passage de la prophétie qui se trouve devant nous ce qui nous est venu à la pensée.

Lorsqu’Isaïe a été initié lui-même à la vision qu’il a eue sur l’Égypte et qu’il nous l’a mise par écrit, il a prédit également la descente qu’y (fit) notre Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, alors qu’il était encore un petit enfant selon la chair, après que Joseph eut reçu cet ordre en songe et qu’il eut entendu l’ange (dire) : Prends l’enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je te (le) dise ; car Hérode va chercher l’enfant pour le faire périr (Mt 2, 13). Et ensuite, successivement, dans la même vision le prophète détaille de combien de biens a été cause la descente de notre Sauveur en Égypte, ou plutôt sa descente des cieux sur toute la terre  ; car c’est une même chose de dire l’Égypte et toute la terre. Le Livre divin, en effet, a l’habitude de comparer une fois à l’Égypte, une autre fois à Babylone, qui étaient très idolâtres, et d’appeler de leur nom l’Église qui se recrute parmi les nations sans Dieu et qui n’avaient point d’espérance (cf. Ep 2, 12), comme dit Paul.

La descente de notre Sauveur et en Égypte et sur toute la terre a donc ébranlé et fait trembler les ouvrages des mains de l’Égypte, c’est-à-dire les objets de culte diaboliques, les statues inanimées des idoles, les autels et les autres (objets) qu’ont faits les mains des hommes (cf. Is 19, 1). Et les Égyptiens et tous les idolâtres ont méprisé et flétri leur première erreur, et ils ont été vaincus par la vérité de l’Évangile ; et ceux qui étaient difficiles comme Pharaon (cf. Ex 7, 13) et obstinés et désobéissants se sont soumis. Et la loi de l’Évangile s’est opposée à la loi des pères ; elle l’a vaincue et l’a emporté sur elle par la puissance. En effet, les faux petits prodiges de la divination se sont tus, et le présage (basé) sur les oiseaux et sur tous les autres (êtres) a été tourné en dérision ; les mouvements des devins et des ventriloques ou (leurs) murmures, ainsi que tout ce qui ressemble à ces (pratiques) au point de vue de l’erreur, ont passé pour un conte vide.

Et, lorsqu’ils avançaient et qu’ils en venaient à progresser et à grandir dans la perfection, les Égyptiens s’opposaient aux Égyptiens, et l’homme se battait avec son frère (Is 19, 2) ; car il nous faut citer ici à ce sujet les paroles du prophète en propres termes. La cause du combat, c’était la religion qui a eu lieu dans le Christ ; elle a été prédite par lui dans l’Évangile, et elle a accompli ce qui avait été proclamé d’avance par Isaïe. N’était-ce pas là, en effet, ce que (Notre-Seigneur) prédisait au sujet de ceux qui devaient croire en lui : Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant, et les enfants s’élèveront contre (leurs) parents et les feront mourir (Mt 10, 21)?

Après donc que le prophète a détaillé et dit successivement ces (paroles) et de semblables sur ce changement admirable et sur (cette) transformation en ce qui est parfait, il en vient aussi à montrer et à publier devant tout le monde la supériorité et le grand succès des Égyptiens dans la vie évangélique philosophique du monachisme, et il dit : En ce jour-là, il y aura cinq villes en Égypte qui parleront dans la langue de Chanaan (Is 19, 18).

Ces cinq villes, il faut comprendre qu’elles ne sont rien autre chose que nos cinq sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, lesquels sont des villes, lorsqu’ils se meuvent d’après les lois de Dieu et font ce qui est conforme aux lois. Car le propre d’une ville consiste en ce qu’elle soit bien administrée d’après les lois ; et en effet c’est d’après l’administration et d’après la manière de se conduire de ses habitants qui est très conforme aux lois qu’elle est dite « ville ». C’est pourquoi, quand il s’y passe quelque chose qui est en dehors de la loi, nous avons coutume de dire que ce n’est pas une ville.

La vue se conduit donc d’après la loi comme une ville et elle parle dans la langue de Chanaan, c’est-à-dire dans la (langue) de la part de Dieu — car la part de Dieu, c’est la Terre Promise (cf. Nb 18, 20), comme disent les Livres inspirés par Dieu, et surtout parce que c’est en elle que s’est accompli le mystère de l’inhumanation de Dieu le Verbe — toutes les fois qu’elle ne regarde pas une femme pour la convoiter (cf. Mt 5, 28), mais lorsqu’elle suit l’intelligence (comme) le chef qui retient et arrête le regard et (qui) apprend et enseigne bien ce qu’il faut voir. Mais, lorsqu’elle regarde et voit d’une manière voluptueuse et intempérante et avec amour du plaisir en se repaissant des beautés qui se corrompent et passent, elle parle dans la langue de l’Égypte, et non pas dans la (langue) de Chanaan.

L’ouïe aussi, elle pareillement, lorsqu’elle obéit aux commandements et qu’elle dit à Dieu à l’exemple de Samuel : Parle, Seigneur, parce que ton serviteur écoute (1 R 3, 10), est une ville de Dieu, et elle parle dans la langue de Chanaan. Mais, lorsqu’ elle transgresse le commandement de la loi qui commande et dit : Tu n’accepteras pas une rumeur vaine (Ex 23, 1), elle s’exprime dans une langue étrangère comme les Égyptiens, et elle a un langage lourd et désagréable et qui ressemble à un bourdonnement, et elle ne (parle) pas dans la langue de Chanaan.

L’odorat aussi, lorsqu’il n’est pas amolli et efféminé, qu’il se détourne de l’effusion de toutes les odeurs et recueille de toute part et de toute chose la virilité et l’énergie, et qu’au contraire il peut à cause de cela dire à Dieu : Ma prière s’élèvera droit comme l’encens devant toi (Ps 140, 2) appartient à Chanaan.  Mais c’est en égyptien qu’il se conduit de nouveau lorsqu’il s’oint avec les huiles d’odeur agréable les meilleures et les (plus) anciennes (Am 6, 6) comme (le) dit quelque part le prophète Amos.

Le goût aussi, de la même manière, après qu’il a été bien instruit par Paul à dire : J’ai appris à me suffire avec la condition où je suis ; en tout et par tout je suis exercé et à être rassasié et à avoir faim, et à être dans la disette et à être dans l’abondance (Ph 4, 11-12), parle ce qui est conforme à la loi et propre à la langue de Chanaan. Mais, lorsqu’il parle comme ceux qui étaient devenus les esclaves de (leur) ventre (cf. Rm 16,18), (à savoir) ceux qui étaient sortis d’Égypte, et (qui) étaient en Égypte par leur esprit, sans l’avoir quittée, et (qui) disaient à cause de cela : Qui nous donnera de la viande à manger ? Car nous nous souvenons des poissons que nous mangions pour rien en Égypte, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons, de l’ail (Nb 11,4-5), non pas plutôt en prononçant, mais en vomissant ces (paroles) des Égyptiens, il est certain qu’un tel goût possède par soi-même de la puanteur, et non pas une parole qui a du goût et de la saveur ni (une parole) qui a une belle signification, et qu’il définit le ventre comme son Dieu (cf. Ph 3, 19).

Et le toucher, lui aussi, lorsqu’il ne transgresse pas ce qui est conforme à la loi, je veux dire le mariage honorable et le lit conjugal pur (cf. He 13, 4), et qu’il accomplit l’avertissement sublime de l’Apôtre, lequel dit : Il est bon pour l’homme de ne pas toucher de femme (1 Co 7,1), à proprement parler — et (c’est) la réalité même — parle dans la langue de Chanaan, et comme on parlerait en langue attique et lorsqu’on parle dans la langue grecque d’une façon parfaite et châtiée. Mais le toucher qui touche le commerce charnel qui (est) en dehors de la Loi, (qui) prend les membres du Christ et en fait les membres d’une prostituée, et (qui) s’attache (à elle) et fait des deux un seul corps par l’union charnelle (1 Co 6, 15-16), lorsqu’il brûle des (passions) des Égyptiens ainsi que de la fièvre et qu’il est dans le délire, raconte ce qui (sort) de là et il ne dit pas ce qui est régulier, alors qu’il est tout à fait ignorant et non instruit de la langue de Chanaan.

Mais, après que les Égyptiens eurent reçu le joug du Christ, ils ont appris et ont enseigné à ces cinq sens, par les travaux de la vie ascétique, à agir et à se conduire selon l’Évangile et selon les lois, avec ordre et avec tempérance, et ils les ont montrés des villes qui sont bien administrées d’après les lois, qui parlent et gouvernent dans la langue de Chanaan. Et parmi les Égyptiens, le plus grand nombre — à cause de cela, en effet, la prophétie s’applique au plus grand nombre — après avoir formé et exercé ces sens du corps par les sueurs de la perfection, en ont fait des villes selon la manière qui a été dite. Quelques-uns en petit nombre, ainsi que ceux qui (vivent) comme le grand Antoine, lorsqu’ils se sont conduits d’une manière plus haute et (plus) élevée, les ont doublés, en plaçant un mur et un avant-mur (cf. Is 26, 1), ainsi que (le) dit Isaïe dans un autre passage.

Et en effet, même dans l’âme, il y a une vue qui ne se conduit pas à l’égyptienne et n’acquiesce pas aux pensées diaboliques, mais (qui) parle dans la langue de Chanaan. Et elle lève en haut (ses) yeux intellectuels et demeure appliquée aux pensées célestes une fois qu’elle a été déjà redressée par la raison et qu’elle en a pris la manière, et elle ne s’incline plus du tout vers ce qui est en bas. Il y a aussi, de même, une ouïe qui est circoncise (cf. Jr 6, 10), selon une parole du prophète, quant aux oreilles intérieures, et qui peut entendre Jésus notre Sauveur dire : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende (Mt 11, 15), et Paul qui écrit : Si quelqu’un pense être prophète ou inspiré, qu’il reconnaisse que les choses que je vous écris sont des commandements du Seigneur ; mais si quelqu’un ne (le) sait pas, qu’il ne (le) sache pas (1 Co 14, 37-38). C’est à l’ouïe qui (est) selon l’esprit que se rapporte également ce qu’a dit Isaïe, lorsqu’il a perçu la lumière divine qui a lui ainsi que des ténèbres : Il m’a placé le matin pour comprendre, le matin il m’a ajouté une oreille pour entendre (Is 50, 4). En effet, l’oreille est liée à la compréhension. De plus, d’ailleurs, comment comprendrait-on au point de vue du corps encore l’addition d’une oreille ?

Il y a donc aussi, de cette manière, un odorat intellectuel qui, en renonçant aux (odeurs) des Égyptiens, parle dans la langue de Chanaan et perçoit une odeur spirituelle, de même qu’Isaac a saisi l’odeur de Jacob comme celle qui équivaut à une bénédiction et a dit : Voici, l’odeur de mon fils (est) comme l’odeur d’un champ plein qu’a béni le Seigneur (Gn 27, 27), et comme les jeunes personnes qui, dans le Cantique des Cantiques, disent à l’époux, le Christ : Nous courrons après toi vers l’odeur de tes parfums (Ct 1, 3).

Que le goût de l’intelligence parle dans la langue de Chanaan, le prophète Ézéchiel nous en a donné une preuve très évidente et (très) claire, quand il a reçu l’ordre d’avaler le commencement du livre et qu’il l’a mangé et a dit : Et il fut dans ma bouche comme un miel doux (Ez 3, 3). C’est ainsi qu’il goûte aussi, celui qui goûte avec connaissance le pain vivant qui est descendu des cieux (cf. Jn 6, 41 ; 51).

Il y a aussi un toucher intellectuel, qui a été attesté par notre Sauveur le Christ ; il était alors pressé et serré par la foule et il sentait qu’il avait été touché par une femme malade d’un flux de sang, et il dit : Quelqu’un m’a touché ; car je sais qu’une force est sortie de moi (Lc 8, 46).

Ceux qui doublent ces cinq villes et qui par l’homme extérieur et par (l’homme) intérieur voient, entendent, sentent, goûtent et touchent selon les lois, chantent en l’honneur de Dieu sur le luth à dix cordes (cf. Ps 32, 2), ainsi que (le) dit le prophète David. Et chacun entendra au jour du jugement cette parole que Notre-Seigneur a dite d’avance dans les Évangiles : Aie l’autorité sur dix villes (Lc 19, 17), comme s’il disait : « Toi qui as fait de ces deux fois cinq sens des villes administrées d’après les bonnes législations de l’Esprit et qui leur as appris également à parler dans la langue de Chanaan, jouis de l’honneur qui convient ; en tant que tu es devenu chef sur dix villes, possède l’autorité, c’est-à-dire l’honneur et la dignité, également sur dix villes. » Et en effet c’est d’après la coutume qui (existe) chez nous qu’il montre les honneurs ineffables de la gloire à venir et préparée pour ceux qui se sont bien conduits. De plus c’est à la part qui amène le deuxième rang, et c’est à ces cinq villes auxquelles elle a appris et enseigné à l’extérieur seulement à prendre en échange de la langue des Égyptiens celle de Chanaan, que ce juge et cet organisateur des combats dira : Toi aussi, sois sur cinq villes (Lc 19, 19).

« Mais, dit-il, ces Égyptiens, dont il est question, ont enseigné, ou bien à ces villes qui se comprennent une fois cinq, ou à ces (villes) qui se comprennent deux fois cinq, non seulement à parler dans la langue de Chanaan, mais encore à jurer par le nom du Seigneur des armées. » — Le (mot) « serments » fait connaître selon le sens manifeste et extérieur que le changement, c’est-à-dire le passage à la religion à partir de l’erreur idolâtre, donne lieu comme par des serments au culte et à l’adoration. Mais il indique avec plus de vérité la décision ferme, immuable et inébranlable de ceux qui à leur tour ont échangé la manière de parler des Égyptiens pour parler dans la langue de Chanaan, selon que le prophète des psaumes trace aussi la conduite pure de toute tache et dit : J’ai juré — et je m’y tiendrai — d’observer les décrets de ta justice (Ps 118, 106).

L’Apôtre aussi fait connaître, en écrivant aux Hébreux, que la forme des serments se comprend à cause d’une « non-violation » et d’une affirmation, et que c’est par elle que Dieu également est écrit avoir juré. Il s’exprime ainsi : C’est pourquoi, comme Dieu voulait surtout montrer aux héritiers de la promesse l’immuabilité de sa résolution, il fit intervenir les serments (He 6, 17). C’est dans une possession durable de la langue de Chanaan qu’étaient ces cinq villes des Égyptiens, à tel point qu’à la place de la langue maternelle il y avait en elle la science elle-même, ce que montre maintenant la coutume plus que l’affirmation des serments.

Mais pourquoi le prophète a-t-il dit : Il y aura cinq villes en Égypte qui parleront dans la langue de Chanaan (Is19, 18) et non pas plutôt dans la (langue) des Juifs ou dans la (langue) des Hébreux et d’Israël ? Voilà qui mérite recherche. En effet, cette nation des Chananéens est une des nations maudites qui avaient occupé auparavant la Terre Promise. Mais c’est quand Isaïe — ou plutôt l’Esprit qui parlait en lui — a vu d’avance le mystère caché dans ce nom, qu’il l’a prédit également. En effet, le Christ, le‎ Verbe de Dieu, qui s’est fait homme pour nous, en dirigeant toute chose avec sagesse, et faisait taire la sottise et l’arrogance des Juifs et ne leur fournissait absolument aucune occasion hardie qu’ils pussent saisir, lorsque, après avoir donné à ses disciples le nom d’apôtres et les avoir envoyés prêcher, il disait : N’allez pas dans le chemin des nations et n’entrez pas dans une ville des Samaritains; allez plutôt aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 10, 5-6). Car, s’il n’avait pas dit et fait cela, lui ainsi que ses disciples, et s’ils s’en étaient tenus à prêcher l’Évangile selon l’ordre ancien, ces (Juifs) ingrats, qui résistent à la bouche du Seigneur (cf. 1 R 12, 14), ainsi qu’il est écrit, et qui luttent toujours contre l’Esprit saint (cf. Ac 7,51) et lui font opposition, devraient dire : « Les prophètes ont été envoyés près de nous et ils prophétisaient chez nous. Et si celui-là était envoyé chez nous, il n’irait pas chez les nations étrangères, en abandonnant ses compatriotes. »

Donc, comme ce sage médecin et docteur les conduisait de la manière qui a été dite et, en ce qui le concernait, supprimait d’avance les causes de leurs maladies — car ce n’est nullement par force qu’il conduit le libre arbitre de l’âme — il les enseignait, les guérissait, était auprès d’eux ; et cependant ils injuriaient, blasphémaient, persécutaient. Et tandis que ces (essais) d’une guérison conforme à l’économie leur ôtaient toute excuse, lorsqu’ils se trouvaient désormais sans guérison et sans foi, une femme chananéenne pleine de foi l’aborda. Elle représentait l’ Église qui a été appelée parmi les nations très idolâtres, et elle (le) suppliait pour que sa fille possédée par le démon obtint la guérison, alors que par « fille » s’entend aussi l’âme de chacun des infidèles d’autrefois, laquelle était possédée par le démon à cause des opinions fausses sur Dieu et à cause des passions honteuses et abominables ; c’est pour elle que celui qui chante spirituellement et prophétise en même temps prie, en disant : Délivre du glaive mon âme et du pouvoir du chien mon unique (Ps 21, 21) ; et encore : Écarte mon âme de leur méchanceté, et des lions mon unique (Ps 34, 17).

Que (faisait) donc Notre-Seigneur ? Lorsqu’il éprouvait sa foi ainsi que dans un creuset, il ne répondait pas (cf. Mt 15, 23). Et elle, elle s’attachait davantage à la supplication, allait derrière lui, courait devant lui, criait. Finalement il entra dans une maison (cf. Mc 7, 24), ainsi qu’écrit Marc ; et, tandis qu’il voulait se cacher, elle le pressait et insistait auprès de lui ; et, (pour parler) simplement, elle demandait au moyen de tout, par l’extérieur, par la démarche, par la voix, où plutôt elle avait tout cela au service de (son) âme ardente et brûlante ; par-là elle gagna à sa défense également les disciples du Christ, eux qui lui avaient dit aussi en chemin : Renvoie-la, parce qu’elle crie derrière nous (Mt 15, 23).

Mais, quand à ce moment encore (Jésus) tenait la même conduite à l’égard des Juifs et qu’il fermait leur bouche qui aime gronder, il dit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15, 24). Et pourtant ce n’était pas à elles seules qu’il était envoyé, mais encore à tout le genre humain, à elles cependant en premier lieu. C’est ainsi, en effet, que Paul et Barnabé également, en suivant leur maître, disaient aux Juifs d’Antioche de Pisidie qui n’obéissaient pas : C’est à vous qu’il fallait que la parole de Dieu fût annoncée d’abord. Mais puisque vous la repoussez loin de vous et que vous-mêmes vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, voici que nous nous tournons vers les nations ; car Notre-Seigneur nous l’a ainsi ordonné (Ac 13, 46-47). Parce que le centurion également n’était pas Juif, mais d’entre les nations, (Jésus) aussi, de sa propre volonté, lui promit la guérison de (son) serviteur malade, bien que (le centurion) n’eût dit rien de tel.

De là (il suit) que, s’il avait guéri tout de suite aussi la fille de cette Chananéenne qui était possédée du démon, il n’encourrait absolument aucun blâme par suite de cette action, une fois que les Juifs avaient été préférés, puisqu’à eux également il était permis d’après la Loi d’admettre parmi eux ceux qui étaient appelés prosélytes, lorsqu’ils voulaient connaître le Dieu de la Loi. Mais ce qui semblait donner lieu à une accusation, c’était que, pleinement et dès les débuts et même dès le commencement, il se hâtait de laisser de côté les Juifs et qu’il allait vers les nations et les autres villes, tout préoccupé de (cette) action. Cela, il l’a également bien observé ; par exemple la Samaritaine et ceux qui étaient sortis de sa ville (en venant) à lui (cf. Jn 4,30), comme en passant, il les a instruits, en tant qu’il est Dieu et le sauveur général de tous les hommes.

Mais, ce que j’ai dit : « Comme l’infidélité des Juifs était désormais arrivée à la dernière limite, il voulait jeter les racines de la foi de l’Église qui (était appelée) parmi les nations, laquelle de sa propre volonté et avec beaucoup d’ardeur est venue à lui », et ce que Paul a dit : En échange faisons passer sur l’olivier sauvage la sève de celui qui était autrefois un olivier franc (Rm 11, 17), il l’a montré par la figure de la femme chananéenne, qui par un signe montrait d’avance et figurait l’Église, et spontanément il a dit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15,2 4).

Et quand il reprenait la démence des Pharisiens, qui étaient les premiers à être scandalisés et pensaient de lui qu’il enseignait le genre de vie des nations, parce qu’ils l’avaient entendu dire : Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme (Mt 15, 11), et (quand) il excitait la foi de cette (Chananéenne), qu’il a enflammée aussi et qu’il a tout particulièrement rendue évidente et très claire —car elle adorait en disant : Seigneur, secours-moi (Mt 15, 25) — et tout cela, comme s’il parlait à la femme qui représentait la personne de l’Église qui a cru d’entre les nations athées, de nouveau il la râclait et la frottait très magnifiquement, en disant la même (parole) : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens (Mt 15, 26).

 Et pourtant, je l’ai dit auparavant, il n’a absolument dit rien de tel au centurion ou à un autre païen qui a cru ; et il a appelé « enfants » les Juifs, « petits chiens » ceux qui (appartiennent) aux autres nations et « pain » la parole de l’enseignement, laquelle ne s’exprime pas seulement par les paroles de vie, mais se montre aussi par la réalisation des prodiges. Et ce n’est pas pour autre chose qu’il disait cela à la (Chananéenne), si ce n’est pour rendre évident et certain par sa propre réponse que le pain raisonnable et vivifiant est à juste titre enlevé aux Juifs qui étaient regardés comme les enfants, et qu’il s’en va passer aux petits chiens.

Et vois comment la femme, lorsqu’elle était affamée vraiment comme un chien, a happé la parole et s’en est nourrie aussitôt, d’une part, après avoir pris pour elle cette appellation injurieuse et vraie — en effet, elle était un chien, (et) non pas un animal pur ; car telles sont les nations qui n’ont pas connu Dieu — et, d’autre part, après avoir dit avec joie : Oui, Seigneur ; et en effet les chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres (Mt 15, 27) ; et d’un bond elle est passée tout à coup à la condition d’enfant et elle a chassé auparavant la synagogue des Juifs qui était mise au nombre des enfants.

Le maître du pain, en effet, l’a fait participer à toute la nourriture d’une manière abondante et copieuse, lorsqu’il a fait de son désir même le mesure de (son) don et a dit: O femme, grande est ta foi ; qu’il te soit fait comme tu veux (Mt 15, 28). Mais, une fois qu’une chienne désire les miettes, ne demande-t-elle pas à avoir aussi tout le pain ? Elle l’a eu également de bien des manières, après que les Juifs en ont été éloignés.

D’abord, en effet, elle a mangé le pain céleste qui est mis devant nous sur l’autel, non pas en le ramassant à partir de miettes jetées à terre et éparses, mais en se nourrissant abondamment de la table spirituelle et royale, en se rassasiant pleinement et en se délectant, tandis que les Juifs qui avaient fait autrefois le service dans le tabernacle où avaient lieu les (rites) de la Loi ne pouvaient pas même voir le (pain), à plus forte raison y participer. Et Paul en est témoin, lorsqu’il a écrit aux Hébreux en ces termes : Nous avons un autel dont ceux qui font le service dans le tabernacle n’ont pas la permission de manger (He 13, 10).

Ensuite elle a mangé le pain de la parole de la sagesse, le pain de la parole de la science et, pour parler simplement, le (pain) qui s’entend et se diversifie à la fois avec les dons de l’Esprit saint, cette Chananéenne, cette chienne, celle qui a besoin d’une miette, celle dont la foi est grande, tandis que les Juifs ont entendu la parole qui les a dépouillés de tout cela : Le royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits (Mt 21, 43). En effet, c’est d’une grande foi qu’avait besoin vraiment le grand mystère de la piété, et non pas de la (foi) juive et petite. Il appelle « royaume de Dieu », le (royaume) où il faut que l’intelligence même produise du fruit, ainsi que toute la richesse de l’Esprit qui se trouve dans les Livres divins et qui s’en est allée passer chez la Chananéenne et l’Église qui (est) d’entre les nations, (richesse) dont elle a produit également le fruit, (à savoir) trente, soixante et cent mesures, tandis que les Juifs se sont enfoncés dans la lettre sans (produire) de fruits.

C’est pourquoi les Égyptiens dont il est question, eux qui sont loués pour leurs changements remarquables, n’ont pas appris à leurs cinq villes à parler. dans la langue des Juifs ou dans celle d’Israël, mais dans la langue de Chanaan. Les brebis de la maison d’Israël, en effet, sont restées perdues, alors que la chananéenne a pris le pain, elle dont les Égyptiens ont envié le langage plein d’intelligence, lorsqu’ils ont enseigné à leurs cinq sens à parler  dans cette (langue) et qu’ils (en) ont imité l’humble pensée, la grande foi, le désir du pain de vie, de quelque manière que tu veuilles qu’il soit entendu, tandis qu’ils ont méprisé tout ce qui relève de l’ostentation et qui mène à l’hypocrisie et à la tromperie judaïque et que comme des abeilles laborieuses ils ont travaillé en secret le miel spirituel dans les ruches de la pensée, qu’ils ont craint le lieu des Juifs comme le lieu de Dieu et qu’ils n’ont pas porté envie à leur langage inefficace. Isaïe, en effet, a dit dans la même prophétie : Et le lieu des Juifs sera pour les Égyptiens un objet de crainte (Is 19, 17). Nous disons « lieu » soit celui qui se voit en tant que lieu, soit celui qui se comprend d’une manière intellectuelle, lequel est la conduite qui rapporte de beaux revenus, et la science des patriarches et des prophètes présentée dans les Livres, qu’il fallait craindre et envier. Mais détournons-nous de la langue paresseuse et qui a renié le Christ, et choisissons à sa place la (langue) de Chanaan, ou plutôt le langage de l’Église ( qui est) spirituel et savant.

Parmi ces cinq sens, ou cinq villes, la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher, que les Égyptiens, ces ouvriers de la perfection, ont changés en villes d’après les lois évangéliques, cette seule ville, dit-il, sera appelée la ville d’Asédek (Is 19, 18), laquelle est selon les Septante « la ville de la justice », et selon d’autres qui ont enseigné différemment « la ville d’Érès », ce que Symmaque —c’est un des traducteurs — a traduit en langue grecque « la ville du soleil ».

Et en vérité quelqu’un dira : « La vue qui est plus pénétrante que les autres sens intellectuels pour percevoir les choses divines — elle est la faculté visuelle et distinctive de l’âme — c’est elle qui a été nommée « la ville du soleil », lorsqu’elle resplendit par la grâce d’en haut. » Mais à moi, (cela) me semble tout autre. Et en effet le prophète n’a pas dit : « Une seule parmi elles sera appelée la ville d’Asédek » ; mais (il s’est exprimé) ainsi : Cette seule ville sera appelée la ville d’Asédek (Is 19, 18), afin qu’il soit indiqué un sens de ce genre, (à savoir) que ces cinq villes, ou sens, en se conduisant d’un commun accord d’après les mêmes lois, font de l’âme gardée et fortifiée par celles-ci une seule ville de la justice, en sorte que ces cinq séparément soient regardées comme une collectivement.

Et ceci encore qu’il n’a pas dit : « Une seule ville », mais : « Cette seule ville », avec la petite addition de cet article, c’est-à-dire de ce (mot) « cette », montre une grande signification de ce sens. Et autrement, et lorsque les autres sens font ce qui est juste et conforme aux lois, quel motif y a-t-il à ce que ce ne soit pas chacun d’eux, mais l’un d’eux seulement qui soit sur nommé « la ville de la justice » ? Par « justice » il faut comprendre dans le cas présent non pas celle qui se distingue par son opposition avec l’iniquité et l’injustice, mais celle qui est générale et parfaite et renferme toute la perfection, de la manière que Luc a écrit au sujet de Zacharie et d’Élisabeth : Tous deux étaient justes devant Dieu, eux qui marchaient dans tous les commandements et (toutes) les lois du Seigneur d’une manière irréprochable (Lc 1, 6).

Ne t’étonne pas si parmi les traducteurs, les uns ont dit : Elle sera appelée « la ville de la justice », et ceux-là « la ville du soleil ». Et en effet, en ces choses-ci comme en ces autres choses-là, personne ne suffit à tout ; mais dans les sujets qui ont trait à Dieu, quels qu’ils soient, chacun sait en partie et parle en partie (cf. 1 Co 13, 9). Cependant, lorsque les Septante faisaient la traduction avec (l’aide de) l’Esprit saint -car c’est pour cela, quoiqu’ils aient traduit séparément, qu’ils ont été d’accord les uns avec les autres — tandis que les autres ont dit : « La ville du soleil », eux, ils ont dit : « (La ville) de la justice », en élevant notre esprit vers le soleil de justice, qui est le Christ. En effet, ce soleil visible n’est pas l’auteur de la justice ni ne rend justes ceux sur qui il se lève (cf. Mt 5, 45), bien qu’on puisse par lui comme par les autres œuvres mesurer et s’imaginer la Sagesse d’en haut qui les a amenées du néant à l’existence. C’est au sujet de ce lever du soleil de justice, je pense, que dans toute la prophétie relative aux Égyptiens le prophète a dit souvent : « En ce jour-là il y aura tel (fait) en Égypte (Cf Is 19,16.18.19.23.24) », en donnant justement le nom de « jour » au temps qui luit à la suite d’un pareil lever ; car ce n’est pas dans un seul jour par hasard que tous ces (événements) ont eu lieu pour les Égyptiens.

Et moi, je pensais — croyez-moi ce que je dis — que le discours présent suffirait à toutes les questions que j’ai mentionnées lorsque je commençais à parler. Mais, après qu’une (question) seulement a été discutée selon ma faiblesse, je vois que l’homélie va aboutir à une longueur démesurée, si je parle sur les autres (questions). C’est pourquoi c’est un autre jour, selon que Dieu (le) permettra, que sera traité ce qui a rapport aux autres (sujets), et je conclurai ce qui a été dit en proclamant bienheureuses ces cinq villes des Égyptiens, qui apprirent à parler exactement dans la langue de Chanaan et en même temps donnèrent comme demeure à l’âme humaine purifiée et parfaite la seule ville du soleil de justice. C’est à son adresse que, chantant avec David, je dis : Des louanges ont été dites à cause de toi, ville de Dieu (Ps 86, 3), après que, par ce qui a été discuté, nous avons reconnu comme Égyptiens non pas seulement ceux qui revendiquent pour eux l’Égypte (comme) le pays de leurs pères, mais à la fois tous ceux qui se sont convertis de la vie des nations, ou de (la vie) païenne, à la conduite conforme à l’Évangile.

Quant à nous, que dirons-nous de nos sens ? Est-ce qu’ils sont des villes ? Est-ce que tous ne sont pas occupés par des barbares, alors que pas une seule loi spirituelle n’est en vigueur parmi eux ? Quoi ! Ne parlent-ils pas ce qui est égyptien ? Savent-ils qu’il existe jamais le langage de Chanaan ? Ne vivent-ils pas tout le jour dans les théâtres, voyant, entendant, sentant, goûtant, touchant tout le plaisir de la sensualité et de la volupté, en sorte que des flots empestés coulent et s’élèvent jusqu’à l’âme de toute part comme par des canaux différents ? Et que personne ne me dise : « De nouveau tu parles contre les théâtres ». Car je lui dirai : Je parle encore, et je ne cesserai pas de parler ; je veux convaincre, ô excellent, en parlant. En effet, est-ce que je ferai violence ? Ou bien, toi, tu fais dans les théâtres ce que tu veux ; et moi, il ne m’est pas permis à l’église de dire ce que je veux. Car, si, lors même que je ne peux convaincre qu’une seule fois, je me taisais, grande serait pour moi la punition pour (ce) silence, ainsi que le danger suprême. Cependant ceux qui voient dans la tente ne sont pas seuls à agir à la manière des Égyptiens ; mais tels sont également ceux qui ont l’œil jaloux, la langue qui insulte, l’oreille qui enquête, le palais avide et l’odorat sensuel, la main rapace et injuste et qui touche aux (biens) d’autrui. Malheur à moi ! Que ferons-nous, si un léger changement ne s’opère pas et si nos villes se présentent devant le tribunal du Christ en se conduisant à la manière barbare ? Il est certain, en effet, que nous souffrirons les (peines) des barbares, en endurant l’épreuve des tourments insupportables. Hâtons-nous donc d’écrire les lois de l’Esprit en chacun de nos sens, afin que, lorsqu’ils seront reconnus villes par le roi, ils soient soumis au royaume des cieux. Puissions-nous obtenir tous que cela arrive par la grâce et la charité de celui qui (nous) y a appelés ! A lui (soit) la gloire dans les siècles ! Ainsi soit-il !

Scroll to Top