SUR LA PRÉPARATION À L’ENTRÉE DANS LE BAPTISTÈRE SELON L’HABITUDE
Et après vous avoir donné une et deux fois la cause et la raison pour lesquelles, quand se lèvera sur-nous le commencement des jours saints du jeûne, nous nous écartons et nous nous éloignons, jusqu’à la fête de la passion du Sauveur et de la résurrection, de l’entrée dans la maison (qui est) «synonyme de lumière » et d’auprès de la source du Jourdain qui a de beaux et de nombreux enfants, j’estimais bien superflu de parler encore en ce moment sur le même sujet, de peur que quelques-uns aussi par manque de réflexion ne portent sur moi le jugement que c’est par habitude que j’accomplis cela comme une dette parmi celles qui pressent beaucoup. En effet, il est bon, et il est d’une utilité capitale, que nous retournions dans (notre) esprit fréquemment et sans cesse ce qui a été déjà dit, que nous le méditions et que nous nous y tenions par (nos) actions. Mais j’estime qu’il n’est ni utile ni nécessaire que celui qui n’a rien de nouveau à dire parle encore sur les mêmes sujets. Il faut, en effet, qu’un chrétien agisse beaucoup et qu’il parle peu et modérément, et qu’il demande pour lui-même la réalisation de ce qui se dit ou s’entend à toute heure.
Allez donc, et que chacun de vous se prépare en vue de la future entrée dans la maison sainte, où il y a une source de feu (qui est) spirituelle, qui éclaire, purifie, enfante et coule continuellement ; elle coule à partir de la vie éternelle, le Christ, et elle envoie à la vie qui (est) pour les siècles. Pensons au festin divin que notre Sauveur a décrit dans les Évangiles (cf. Lc 14, 16 ; Mt 22,2 ) ; et, comme si nous avions été invités au banquet mystique, ayons soin de nos vêtements. S’il s’y trouve quelque tache, maintenant que nous en avons le loisir, nettoyons-la ; rien, en effet, ne sait purifier comme le jeûne, en retranchant les passions de la chair, en lavant bien soigneusement dans les larmes et en nettoyant par les travaux de la vie ascétique. Si la maison est de lumière, le vêtement aussi sera de lumière. Nous n’entendrons pas : Mon ami, comment-es-tu entré ici, sans avoir un vêtement resplendissant ? (Mt 22, 12)
D’ailleurs, elle aussi, notre mère, la source du bain de la régénération, lorsqu’elle va alors produire un nouvel enfantement, veut montrer à ceux qui vont naître ses enfants nés auparavant, c’est-à-dire nous autres, et leur dire : « Voyez, ô mes enfants, vos frères aînés, enviez-les et marchez sur leurs traces ; vous leur avez été associés dans la même naissance divine et dans le (même) enfantement spirituel ; embrassez les mêmes occupations qu’eux et prenez part aux travaux de la perfection. Après vous être montrés leurs frères, faites ce qui appartient à des frères, et non pas ce qui appartient à des étrangers. »
Considérez quel est le danger (que nous courons), de quelle grande préparation nous avons besoin, afin d’être pour ceux qui vont obtenir la lumière ineffable un exemple d’une vie bonne. Car ce sont véritablement, soit de grands profits, soit de grandes pertes, que la conduite de ceux qui ont déjà cru peut causer à ceux qui se sont approchés nouvellement. En effet, c’est à cause de la négligence et de la paresse de ceux qui ont été inscrits précédemment parmi les fidèles qu’ils estiment le bain n’être qu’une figure et une apparence et d’ailleurs une tromperie ; et c’est à cause de l’empressement et de l’activité (qu’ils l’estiment être) le gage de bonnes œuvres.
Voici que de nouveau je vous ai décrit un peu, par mes faibles paroles, la puissance de la maison de la lumière, la sortie qui (a lieu) maintenant, l’entrée qui (se fera) peu après, les lois avec lesquelles il faut entrer, la préparation, la crainte, l’espérance, la fin à laquelle se rapporte ce qui s’accomplit ici. Et en effet j’ai entendu le commandement divin (adressé) à Ézéchiel, quand même je voudrais me taire ; et c’est en tremblant que j’ai obéi et que je vous ai dit ces quelques (paroles). Quel est le commandement ? Et tu décriras la maison, et sa disposition, et ses sorties, et ses entrées, et son état, et tous ses commandements, et tous ses usages ; tu leur feras connaître et tu décriras devant eux toutes ses lois, et ils observeront toutes mes prescriptions et tous mes commandements, et ils les exécuteront (Ez 43, 11)
C’est donc à moi de décrire et de montrer le sentier de ce qu’il faut faire ; et en vérité je l’ai fait aussi, lorsque j’ai dit rapidement de grandes choses en peu de paroles. C’est à moi de nouveau, à vous aussi, d’accomplir les commandements et les lois ; car l’action est commune. Et celui qui enseigne n’est pas déjà dispensé d’agir ; à plus forte raison est-il tenu de faire ce qu’il enseigne ; une parole sans action, en effet, ne peut pas parvenir jusqu’à l’âme et se faire percevoir par les oreilles.
Donc Ézéchiel, décrivant la maison qui lui avait été montrée, dit que, parmi les portes, les unes étaient au nord, les autres au sud, les autres en un point différent, et il dit qu’il faut que celui qui entre par telle porte ne fasse pas demi-tour et ne sorte pas par la même porte, en s’exprimant ainsi : Et il ne fera pas demi-tour par le chemin de la porte par laquelle il est entré, mais il sortira en face d’elle tout droit (Ez 46, 9), nous instruisant clairement par cette figure qu’il ne faut pas que celui qui a eu accès aux spectacles divins, et en tant qu’il a été dans le temple et qu’il était à l’intérieur des mystères, coure de nouveau en arrière, mais qu’il désire ce qui est en avant, qu’il sorte d’une extrémité à l’autre extrémité autant que possible et qu’il dise avec Paul : Oubliant ce qui est derrière moi et me portant vers ce qui est devant moi, je cours comme but vers la couronne de la vocation supérieure de Dieu (Ph 3,13-14).
Quant à moi, lorsque je vois cette maison divine tout entière placée du côté de l’orient, ou plutôt dans la lumière même, et éclairée par le soleil de justice, je ne vous fais pas de raisonnements sur l’entrée et la sortie ; mais je vous conseille, et (cela) quoique nous soyons de corps à l’extérieur de la (maison) pour un peu de temps, d’être d’esprit à l’intérieur, de nous tenir en permanence près d’elle et de ne nous en éloigner jamais. Comment, en effet, l’âme vivrait-elle de la vie véritable, lorsqu’elle est séparée de la lumière, fût-ce même pendant un temps court qui ne se définirait pas à cause de sa brièveté ?
Mais maintenant, en m’inclinant vos têtes vers cette source pleine de biens, priez d’une manière instante et active pour la situation du monde tout entier, pour le parfait équilibre des affaires, pour ceux qui combattent en faveur de la foi orthodoxe, pour la paix de l’homme, de l’(homme) extérieur, de l’(homme) intérieur, pour ce qui se voit, pour ce qui se comprend. Et celui qui donne aussi à ceux qui sont éclairés vous donnera de toute manière, avec la délivrance de vos péchés, et l’accomplissement et l’heureuse issue de tout ce que vous demanderez. Une prière instante et active, en effet, peut quelque chose de grand dans la maison du saint des saints. Puisse-t-il nous arriver qu’après tout cela nous obtenions aussi le royaume des cieux par la grâce et par la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, avec qui la gloire sied au Père avec son Esprit saint, vivifiant et qui lui est consubstantiel, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !