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HOMÉLIE 105

SUR LE SAINT JEUNE (DU CARÊME), QUI EST LA CINQUIÈME (SUR CE SUJET). ELLE FUT PRONONCÉE DANS LA GRANDE ÉGLISE.

L’arche sainte, où il y avait les tables de la Loi écrites par Dieu, la verge admirable d’Aaron qui, quelque temps après avoir été coupée, a produit en une nuit à la fois des feuilles, de l’écorce et des fruits (cf. Nb 17, 8), et le vase d’or qui conservait la pluie céleste, nourrissante et qui ne manquait pas, je veux dire la manne, fut prise une fois par les Philistins, lorsqu’ils eurent vaincu de vive force, dans une bataille rangée, les Israélites qui avaient irrité Dieu (cf. 1 R 4, 11). Mais, après que les (Philistins) à leur tour eurent été châtiés et frappés d’ulcères incurables, ayant mis (l’arche) sur un char, ils la rendirent avec vénération et (avec) des offrandes (cf. 1 R 6, 11), quand ils eurent su par l’arche qui était son Dieu.

Mais, lorsque (l’arche) fut revenue de chez les ennemis d’une manière aussi merveilleuse et (aussi) divine, sans que personne eût peiné ou eût combattu, ceux qui étaient dits Israélites avaient leur intelligence tellement enfoncée dans l’oubli de Dieu qu’ils ne s’éveillaient pas à la vue et à la réalisation de miracles de (cette) grandeur et de ce genre et qu’ils ne louaient pas le Seigneur et l’auteur de (ces) merveilles, alors qu’il leur fallait se réjouir et exulter spirituellement à l’exemple du prophète David, qui dansait et exulta devant l’arche (cf. 2 R 6, 14), quand elle était amenée dans le temple de cette même manière en un autre temps.

Que dit donc le Livre sacré au sujet de ceux qui alors dans la première circonstance ont vu l’(arche) d’une manière malheureuse, auxquels les autres aussi ressemblaient ? Et parmi les hommes de Bethsamès les fils de Jéchonias ne se réjouirent pas, parce qu’ils avaient vu l’arche du Seigneur, et il frappa parmi eux soixante-dix hommes et cinquante mille hommes (1 R 6, 19).

En entendant moi-même cela, je crains et je tremble. Et le cycle de ces quarante jours saints du jeûne, qui n’est pas revenu de chez les Philistins, mais des cieux mêmes — car c’est de là qu’il nous est commandé — c’est en baissant le cou et en me penchant en bas que je m’incline (devant lui) et que je le salue, et non seulement cela, mais encore je l’accueille avec joie, et j’exulte, et je me réjouis. Je vous exhorte aussi à faire et à penser de même ; car il faut que la pensée soit en bonne santé avant l’action, en sorte que ce qui se fait vienne de la pensée.

Le jeûne, en effet, ne nous apporte pas des tables de pierre, mais le Christ lui-même, Dieu, législateur et roi, qui a jeûné celui-là pour nous. Car où le médecin avait-il besoin de remèdes pour son propre profit ? Il est certain, en effet, que c’est aux malades que conviennent les emplâtres qui guérissent et que ce n’est pas à ceux qui sont en bonne santé que (conviennent) les remèdes. Comment celui qui ne connaît pas le péché sera-t-il jamais mis au nombre des malades ? En effet, si la prémisse (pose) que c’est pour toi et pour ton salut qu’il s’est incarné et s’est fait homme — car nous professons cela également dans le symbole de la foi — de toute manière c’est pour toi qu’il a aussi jeûné ; car ce qui (vient) après s’accorde avec les prémisses. Celui donc qui ne s’est pas incarné pour lui-même n’a pas non plus accepté pour lui-même le jeûne par nécessité. Et l’apôtre Paul en est témoin, (lui) qui a clairement montré tout cela en peu de paroles : Connaissez, en effet, dit-il, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, alors qu’il était riche, afin que, vous, vous fussiez enrichis par sa pauvreté (2 Co 8, 9).

Pour Dieu, qui n’a absolument besoin de rien — car, à proprement parler, celui-là est riche, celui qui n’a besoin de rien et qui se suffit à lui- même en tout — c’est de la pauvreté et de s’incarner et de converser avec les hommes (et) d’être baptisé, pareillement et de jeûner et d’accepter la tentation du Calomniateur. Mais c’est par sa grâce à notre égard qu’il a consenti à se faire pour nous pauvre jusqu’à toute cette pauvreté, alors qu’il était riche. Car cette (parole) : Connaissez, en effet, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, alors qu’il était riche (2 Co 8, 9), a une grande signification et c’est pour montrer beaucoup qu’elle est dite par l’Apôtre.

« Connaissez, dit-il, la grandeur de la grâce. » On a besoin des yeux d’un esprit vif pour comprendre (cela). Celui qui est riche par nature s’est fait pauvre pour nous, quand il s’est soumis lui-même au degré de la pauvreté totale et quand il est vraiment devenu homme en même temps qu’il est Dieu ; car, s’il n’était pas un de plusieurs, il n’aurait pas pu se faire pauvre pour les autres. Et comment s’est-il fait pauvre, à proprement parler, celui qui n’est pas riche par nature ? Et de quelle richesse nous a-t- il donné, celui qui n’est pas le maître de tout par essence ? Ainsi, si quelqu’un, en le divisant par ce qu’il le dit deux natures après l’union ineffable, attribue à la nature humaine le jeûne ou bien une autre de ces (actions) qui relèvent de l’économie et (qui sont) humbles, il lui échappe que, autant qu’il est en lui, il dépouille ce riche de son appauvrissement volontaire et il détruit le grand mystère de la piété.

En effet, Dieu qui s’est fait homme, alors qu’il est indivisiblement un de deux, à savoir de la divinité et de l’humanité, n’a pas jeûné par besoin, mais par manière d’enseignement. Lorsque celui qui finalement eut vraiment faim s’est prêté de sa propre volonté aux assauts sensuels de la faim, c’est comme celui qui tient les rênes des lois de la nature (qu’il a fait cela), et non pas en suivant comme nous ses rênes qui font violence.

De même encore, quand il est venu pour lier l’homme fort par la grandeur de la puissance divine et (pour) piller ses armes (cf. Lc 11, 22), il est certain que c’est pour nous, qui étions sous la puissance de Satan, que dans une lutte il a pris sur lui la tentation et qu’il a supporté les assauts de son combat, en répondant de façon humaine et humble à ses paroles insidieuses, en nous laissant des instructions et des enseignements pour les combats et pour les exercices préparatoires de la perfection, en brisant et en paralysant la puissance de celui qui s’était prévalu d’une manière tyrannique. Et c’est là ce qu’a dit Paul : Car, parce qu’il a souffert lui-même, quand il a été tenté, il‎ peut secourir ceux qui sont tentés (He 2, 18). « De la manière, dit-il, qu’il a supporté la tentation, de cette (manière) il nous a disposé un puissant secours, qui suffit à repousser celui qui présente la même tentation. » Par conséquent ce n’est pas de la faiblesse que relève la tentation de Jésus. Comment, en effet, cette (tentation) qui a donné un secours chez ceux qui ont des tentations semblables (relèverait-elle de la faiblesse) ? C’est pourquoi les anges aussi, s’étant approchés, le servaient (cf. Mt 4, 11) comme Dieu, eux dont un seulement, lorsqu’il en recevrait l’ordre, montrerait nécessairement le Calomniateur en fuite. Mais c’est par tout (cela) que se montre ce qui convient à Dieu, le point de vue de l’enseignement et le point de vue de la volonté libre de celui qui s’est fait pauvre pour notre salut.

Quel est donc celui qui méprisera comme superflu le jeûne, que ce Dieu et Sauveur et docteur qui est le maître de la perfection nous a montré ainsi être plus nécessaire que tout ? Ensuite, lorsque seulement les ordonnances du roi sont apposées par les chefs sur la place publique, il est de toute nécessité que nous les accomplissions ; et, quand Dieu a fait (telle action) pour nous et a ainsi commandé ce qu’il a fait, celui qui n’obéit pas promptement n’est-il pas téméraire et ne se méprise-t-il pas lui-même ?

Pour moi, de même que je l’ai entendu dans les Évangiles s’écrier : Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle ; et, lui, il demeure en moi, et moi en lui (Jn 6, 55.57), je me figure très clairement l’entendre dire par ce qu’il a fait : « Celui qui jeûne mon jeûne a la vie éternelle ; et, lui, il demeure en moi, et moi en lui. De la même façon, et celui qui prend ma croix, et celui qui se fait pauvre de ma pauvreté, et celui qui prêche ma parole, et celui qui s’attache vraiment à ce qui est à moi. » Car il a enseigné pour que nous fassions nous-mêmes, et non pas pour que, sans rien faire, nous courions transgresser ses commandements.

Cependant, si au contraire le jeûne n’est pas une action nécessaire et ne purifie pas l’âme, est-ce peu au point de vue de l’honneur que nous jeûnions avec le Christ ? Et celui qui est associé au roi dans les mêmes préoccupations obtient les (mêmes) honneurs ; limitation de Dieu n’a-t-elle pas des récompenses divines ? Puisque nous sommes raisonnables, ne faut-il pas que nous aimions ces (distinctions) divines plutôt que tout ce que balaie cette tempête passagère du monde d’ici-bas ?

Par conséquent, parce que le jeûne est une action nécessaire et magnifique, qui mène à Dieu et fait monter jusqu’à son imitation, allons ! jeûnons-le en sorte qu’il soit le jeûne de Jésus. Il se peut, en effet, que nous jeûnions un jeûne qui (nous) soit particulier, et qui ne (soit) pas celui de Jésus. Et de même que ces dix vierges, après avoir allumé les lampes de la virginité et les avoir ornées soigneusement et (après) avoir eu soin de même d’aller à la rencontre de l’époux, n’obtinrent pas toutes l’entrée au festin des noces (cf. Mt 25, 7 et sv.) — car parmi elles il y avait celles qui avaient allumé les lampes pour elles-mêmes, et non pas pour Jésus, parce qu’elles s’étaient détournées de la pitié pour ceux qui (sont) dans le besoin — de même il se peut aussi que nous jeûnions, et que nous ne jeûnions pas pour Jésus.

Je continuerai donc, afin d’enseigner nous-mêmes un esprit de ce genre. Si un roi a fait proclamer dans l’une de (ses) villes qu’il veut prendre en vue du mariage la fille d’un des habitants de la ville qu’il trouvera tel jour où il faut se marier, celle qui plus que les autres est belle, honnête et élevée chastement, n’est-il pas certain pour tout le monde que chacun de ceux qui élèvent des filles mettrait une grande application à réunir tous les ornements de l’âme et du corps, pour que sa fille fût en tout plus belle que les autres, afin de s’allier par la parenté à un roi du fait de (ce) mariage ? Ainsi donc que quiconque jeûne orne son jeûne comme (sa) fille de tous les ornements, en craignant que le roi, le Christ, ne juge pas son jeûne digne de son alliance et que (lui-même) il ne soit frustré d’une telle parenté.

En effet, si tu restes sans (prendre) de nourriture et que l’un de ces pauvres qui (sont) sur la place publique, s’approchant de toi, te demande une obole ou quelque autre chose de ce que tu possèdes en abondance et de ce qu’il t’est bien facile de donner, et (si), toi, tu le renvoies loin de toi impitoyablement, sans lui avoir rien fait, bien souvent même après l’avoir injurié au surplus, tu jeûnes pour toi-même, et non pas pour Jésus.

Tu feras de même, si tu es pour ceux qui (te) doivent de l’argent ou de l’or ou des intérêts cumulés un calculateur sévère, en comptant parfois même ce qui n’est pas une dette. Que si au contraire tu parais juste, agréable et charitable, si (tu fais abandon) d’une partie de ce qui est dû, soit que tu (la) remettes ostensiblement, soit que tu (la) caches conformément à l’Évangile et que tu ne t’(en) occupes pas et passes rapidement là-dessus par oubli, en sorte que tu ne fasses pas voir (cette) action et que ta gauche ne sache pas ce que fait ta droite, et (si) tu fais preuve d’une miséricorde connue de Dieu seul pour la femme et pour les enfants que ce pauvre nourrit en travaillant, tu as orné ton jeûne d’un ornement royal ; et le roi enviera ta beauté (Ps 44, 12), dira au (jeûne) David, le prophète des psaumes, et il courra s’unir à lui en le saluant de loin.

Si, lorsque tu jeûnes, tu es occupé par des procès, (si) tu fais comparaître celui-ci devant le tribunal du juge alors qu’on le traîne et tire, (si) tu enfermes un autre en prison, (si) tu fais qu’un autre soit déchiré par les coups, un tel jeûne sent mauvais et est repoussant, en détournant de lui vers l’arrière le nez et les yeux du roi, et (celui-ci) reste sans se marier avec toi.

Et quand tu prolongeras le (jeune) dans de très grandes privations d’aliments, tu lui feras aussi dépasser la mesure et tu ignoreras — ce qui est insensé — qu’il est pour toi une vierge, joyeuse et belle à cause de l’éloignement des aliments, mais désagréable, odieuse et qui ne mène pas à l’allégresse dans sa personne. Et celui qui irrite, aigrit, injurie, blesse inutilement, entretient le courroux dans son esprit, celui qui en arrive à des paroles ridicules, insensées et déshonnêtes, et celui qui charme son œil ou son oreille par la vue des femmes publiques et des spectacles et par des chansons obscènes, il lui échappe que la boue remplit son jeûne.

Tu as, ô homme, la langue qui est sèche du fait de la soif et de la privation des aliments et où il n’y a aucune humidité, afin que tu sois inerte en face de l’injure et de la dispute, sans trouver l’instrument qui prête ses services à ces (actions) tout préparé et peut-être sortant rapidement d’un bond, et non pas afin que, en aiguisant et en rendant sauvage la fureur par la bile qui (vient) de la privation des aliments, tu dresses aussi (ta langue) languissante et paresseuse, elle que ne meut pas la nature, mais l’ardeur de la colère.

Le jeûne enseigne la tristesse, et il entraîne vers le bas et fait baisser chastement la paupière, afin qu’il retienne et arrête le regard léger et déréglé, sans faire entrer (et) habiter le trouble et l’agitation dans l’esprit, en se répandant facilement sur toute chose et en étant pris dans les filets de la concupiscence.

Toi, lorsque tu jeûnes, tu vas volontairement aux danses, ainsi qu’aux sauteries et aux chansons pleines de toute impureté et de (toute) luxure. Car si tu fais cela, lorsque tu jeûnes, ceux qui ne jeûnent pas diront : « Qu’a fait de plus celui qui jeûne ? En quoi est-il plus chaste que nous ? En quoi est-il plus charitable ? En quoi est-il (plus) agréable ou (plus) doux ? Un tel n’a-t-il pas même paru à ceux qui le rencontrent plus exécrable et (plus) dur ? N’est-il pas désagréable à voir, difficile à rencontrer, insupportable et inabordable pour qu’on le salue ? Celui-là a éloigné du jeûne qui l’a rendu tel ; peu s’en faut encore que je ne sois épouvanté, de peur qu’il ne morde même quelqu’un de ceux qui s’approchent de lui. Mieux vaut pour quelqu’un manger du bœuf et boire du vin qu’être ainsi sauvage dans ses manières comme des bêtes féroces. Un tel, lorsqu’il jeûne, n’est-il pas avec les mimes qui racontent des histoires pour faire rire ? N’est-il pas en permanence à toute heure dans une salle de danse ? S’abstient-il de rien voir qui ne peut pas être vu parmi ce qui se fait sous la tente ? Quant à moi, dit (l’un d’eux), lorsque je prends mon bain à la troisième heure et qu’à la quatrième (heure) je déjeune bien, je rencontre mes amis, après qu’ils ont vu, dis-je, les spectacles, et je m’occupe de mes affaires ; suis-je dans mon genre de vie quelqu’un d’inférieur, moi qui crée une manière de vivre et vais en m’éloignant de (toute) comparaison avec ceux qui jeûnent mal ? « (Il dit cela) en se donnant pour juste et peut-être en étant malade de la dernière avarice, qui est la mère de tous les maux et (leur) racine amère, et encore en se figurant être bien portant, alors qu’il n’a encore fait que montrer par ce qu’il a dit que ceux qui jeûnent, mais ne font pas ce qui convient au jeûne, subiront aussi le jugement et la condamnation du blasphème qui à cause d’eux est proféré contre lui. En effet, si le jeûne est quelque chose de bon et le commandement de l’Esprit saint, il aura également de bons fruits et il apportera à Dieu la louange, et non pas le blasphème.

Et quels sont les fruits ? Paul les énumère, en écrivant aux Galates en ces termes : Le fruit de l’Esprit est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance (Ga 5, 22). Si le jeûne est privé de ces fruits, même si nous faisons son éloge et que nous nous y conduisions comme il ne convient pas, notre Sauveur nous dira aussi : Ou bien faites l’arbre bon et son fruit bon, ou bien faites l’arbre mauvais et son fruit mauvais ; car c’est à son fruit que l’arbre se connaît (Mt 12, 33).

Il faut savoir que l’hypocrisie qui porte sur les apparences est étrangère à l’arbre du jeûne, ainsi que le fait de jeûner pour se montrer et de faire attention à la vaine gloire. Beaucoup, en effet, en sont venus à ce malheur et s’avancent dans le chemin qui (va) dans le sens contraire aux lois de Notre-Seigneur (cf. Mt 6, 16-18), lesquelles veulent que nous ne fassions pas voir même le jeûne qui existe vraiment. C’est pourquoi, quoiqu’ils ne jeûnent pas, ils veulent passer pour être des ascètes et des continents ; et, quoiqu’ils se roulent dans les passions plus honteuses que tout, ils veulent passer pour être sans femmes et être des solitaires. Et dans cette vue ils se font un vêtement noir, et (ils ont coutume) de baisser la tête, de hérisser leurs cheveux, d’avoir l’air sombre et de sortir de petites phrases mêlées de jactance et misérables. Au sujet de ceux-là on rira à cause du gage trompeur d’ici-bas, mais on pleurera à cause du tourment qui là est décrété pour eux.

Quant à nous, faibles et pécheurs, que Notre-Seigneur nous délivre de cette méchanceté et de (cette) sévérité pharisaïque qu’il faut fuir et qui est justement haïssable, et d’autant plus que l’amour des hommes a eu soin de s’appuyer sur elle ; c’est à son sujet que, dans les Évangiles, il dit à ses disciples : Gardez-vous du levain des Pharisiens, qui est la forme de l’hypocrisie (Lc 12, 1).

Toi également, ô femme, lorsque tu jeûnes — car je te dirai aussi quelque chose en particulier en plus de ces recommandations et de (ces) commandements généraux — garde-toi de la passion de la colère ; bien facilement, en effet, les femmes y sont portées, et de façon très violente. Ne sois pas sévère avec tes servantes ; n’allonge pas le service en ce qui les concerne et n’y ajoute rien ; demande ce qui est habituel, de peur qu’elles n’insultent le jeûne. Même pour les serviteurs parais charitable, douce, humble, paisible, contente et patiente. Et si la fureur te réveille et te pousse bien souvent à étendre la main et à frapper, considère le jeûne qui, comme une reine redoutable, se tient au-dessus de ta tête et (qui) te saisit et empêche de frapper. Et si tu es ainsi disposée dans ton esprit et que tu retiennes le gonflement de la colère, qui fait sauter et bondir, c’est encore une couronne qui est sur ta tête ; car la reine se tient de même au-dessus de ta tête en te couronnant. Et ainsi tu n’auras besoin de rien de difficile. Mais le modèle de ta perfection, ce sera le chef de la maison. Et, en étant très réservée et en aimant tout ensemble, tu dirigeras toute ta vie dans la tranquillité et dans le calme.

Hommes et femmes, ornons donc (notre) jeûne de bonnes actions et faisons le jeûne de Jésus, Dieu, afin de célébrer la fête (de Pâques), non pas avec le vieux levain des péchés anciens, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité (1Co 5,8) et du renouvellement parfait et divin, ainsi que dit Paul, par la grâce et par la charité de celui qui nous y a appelés. A lui (soit) la gloire dans les siècles ! Ainsi soit-il !

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