SUR LE VERSET QUI (SE TROUVE) DANS L’ÉVANGILE DE MATTHIEU, LEQUEL DIT : ALORS, APRÈS S’EN ÊTRE ALLÉS, LES PHARISIENS TINRENT CONSEIL À SON SUJET, COMMENT ILS LE PRENDRAIENT EN DÉFAUT DANS (SA) PAROLE. ET ILS ENVOIENT VERS LUI LEURS DISCIPLES AVEC LES HÉRODIENS (MT 22,15-16). ET SUR LE RESTE. ET QUE, CEUX QUI ONT ANNONCÉ UN AUTRE ÉVANGILE QUE CE QUE NOUS AVONS RECU, IL FAUT LES ANATHÉMATISER (CF GA 1,9), D’APRÈS LA LÉGISLATION DE L’APÔTRE, QUAND MÊME ILS SERAIENT EN BIEN GRAND NOMBRE.
Voulez-vous que nous allions au cratère de la Sagesse, (plein) de ce que nous avons lu à l’instant, pour (y) puiser un enseignement spirituel, et cela autant que nous pourrons mesurer avec une petite coupe qui suffira à enivrer notre petitesse (cf. 1 Co 15,9 ; Ep 3,8), selon ce qui est dit par le sage Paul ? Et ce qui a été fait ou dit au temps de l’inhumanation de notre Sauveur passait alors dans la réalité, mais a été écrit pour notre instruction et notre enseignement, en nous donnant des modèles et des leçons de vie parfaite et en (nous) instruisant et en nous enseignant ce qu’il nous faut faire ou dire.
D’abord, s’il (vous) plait, apprenons donc quelle était la réunion des Pharisiens et des Hérodiens et quelle était l’épreuve qu’ils présentaient à Jésus. La réunion des Juifs, qui transgressait la loi et (qui agissait) sans réflexion, après s’être engraissée et épaissie dans (son) esprit (Dt 32, 15), comme il est écrit, était à l’égard des commandements de Dieu celle qui se bouchait les oreilles. Mais, à cause des paroles et des noms dont ils avaient été honorés afin qu’ils honorent de préférence la vertu avant la méchanceté, lorsqu’ils furent dans la démence, (les Juifs) résistaient par la lutte et par la contestation à ce qui est parfait et s’enorgueillissaient grandement de leurs désignations et de leurs appellations, en entendant Dieu dire à leurs pères : Vous serez pour moi un peuple nombreux parmi tous les peuples (Ex 19, 5), c’est-à- dire qui l’emporte et (qui est) différent par le grand nombre et la multitude et qui est mis en compte pour (sa) possession, parce que (les Juifs) sont les créatures de celui qui a fait tous les hommes, et qu’ils sont les biens que Dieu s’est appropriés par une déclaration et sont ceux qui font ce qui convient à sa seigneurie, sans être soumis à quelqu’un qui soit un maître sur eux, soit la passion du péché, soit un faux dieu, et (en entendant) non seulement cela, mais encore ceci : Mais vous, vous serez pour moi un sacerdoce royal et un peuple saint (Ex 19, 6), qui est séparé pour un roi, et a été consacré et sanctifié pour Dieu.
Et il échappait à ces insensés et malheureux que des noms signifient des réalités. En effet, ceux-là sont mis en compte pour le peuple nombreux de Dieu et à proprement parler sont appelés le peuple nombreux et la possession de Dieu, ceux qui, selon la parole de Paul, livrent et tiennent prêts leurs membres comme esclaves à la justice ainsi qu’à la sainteté (cf. Rm 6, 19). Et de la même manière ceux-là sont le peuple saint et le sacerdoce royal, ceux qui, selon la parole du même Apôtre, sont une hostie vivante et sainte (cf. Rm 12, 1) avec une suave odeur intellectuelle.
C’est pourquoi le Dieu de l’univers ne se servait pas ainsi simplement de ces noms honorifiques, mais (c’était) après qu’il avait dit d’abord : Si vous écoutez ma voix, (si) vous faites tout ce que je vous dirai et (si) vous gardez mon alliance, vous serez pour moi un peuple nombreux, qui est ma possession et un sacerdoce royal et un peuple saint (Ex 19, 5-6).
Donc, tant que chez les Israélites ce n’étaient pas là des noms totalement vides de réalités, et même quand ils péchaient et disaient à Samuel : Établis sur nous un roi pour nous juger comme (en ont) tous les peuples (1 R 8, 5), Dieu était attristé et s’occupait d’eux comme de ceux qui lui étaient chers, et il répondait à Samuel, en disant : Ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, mais c’est moi qu’ils ont rejeté pour que je ne règne pas sur eux (1 R 8, 7). Et ainsi qu’une vigne, selon la prophétie d’Isaïe, il a entouré le peuple d’une haie (cf. Is 5, 2), (à savoir) de son propre secours ; et ceux qui avaient l’avantage sur eux et les assujettissaient, (les Juifs) les battaient et les vainquaient, lorsqu’ils combattaient contre eux.
Mais, lorsque dès lors, selon ce qui est écrit, leurs péchés étaient arrivés à leur comble (1Th 2, 16) et que, poursuivant leur marche jusqu’à la lie de la colère qui (vient) d’en haut, ils glissèrent et tombèrent, c’est alors en vérité, c’est alors que ces paroles qui (étaient venues) par l’intermédiaire d’un prophète se réalisaient, ainsi que la menace de Dieu qui disait : Maintenant donc je vous montrerai ce que je ferai à ma vigne; j’enlèverai sa haie, et elle sera pour être pillée ; et je renverserai sa clôture, et elle sera pour être foulée aux pieds (Is 5, 5).
C’est pourquoi aussi, après le retour de Babylone, lorsqu’ils eurent oublié un tel secours, après les guerres et les captivités des Macédoniens et de leurs fils, ils furent finalement sous la dépendance des Romains qui sont les plus forts de tous les peuples, et ils (en) étaient tributaires, et encore à regret, eux qui couraient le danger de perdre même le culte figuratif qu’ils rendaient à Dieu. Et certes, à l’époque de Tibère Claude César et encore à celle de Gaius César, il est écrit dans les histoires que parmi les Juifs grand nombre tombèrent et furent tués, lorsque le gouverneur Pilate avait voulu élever une statue de César dans le temple de Dieu.
Au temps où une telle situation durait et se maintenait à Jérusalem, il y en avait donc quelques-uns qui persuadaient le peuple des Juifs, arrogant et aveuglé sur le choix qui convenait, de ne plus payer à César le tribut que dans leur langue maternelle les Romains nommaient census, c’est-à-dire consignation. Et ils étaient leurs guides et leurs chefs, eux qui s’appelaient Pharisiens, parce qu’ils déclaraient connaître la Loi d’une façon tout à fait spéciale, et qui avaient une désignation en conformité avec la réalité — ce dont ils se vantaient. — En effet, « pharès », dans la langue des Hébreux, indique le fait de « couper » et de « séparer », et en sorte que, en créant des mots, on dira la « coupure » et la « séparation ».
Ces (hommes) en trompaient et en égaraient aussi beaucoup parmi le peuple, lorsque, par des paroles divines citées mal à propos, ils les poussaient à la révolte et les rendaient arrogants pour ne pas courber l’échine devant un homme étranger à leur propre nation et (pour) ne pas accepter le joug de la servitude.
Et tantôt ils disaient ces (paroles) de Moïse : Vous, la part du Seigneur, c’est son peuple Jacob ; le lot de son héritage, c’est Israël (Dt 32, 9) ; et : Tu établiras sur toi un chef que le Seigneur ton Dieu aura choisi ; c’est d’entre tes frères que tu établiras sur toi un chef ; tu ne pourras pas établir sur toi un homme étranger, qui n’est ton frère (Dt 17, 15). Tantôt c’étaient ces (paroles) d’Isaïe au sens large qu’ils murmuraient dans leurs gosiers, en changeant le sens des prophéties : Le Seigneur est votre conseiller, le Seigneur est votre chef, le Seigneur est votre Juge (Is 33, 22), sans savoir qu’autre chose est le fait qu’ils se donnent un chef volontairement et d’après leur propre législation et autre chose est le fait que, d’après la loi de la guerre, lorsqu’ils sont punis à cause de leurs péchés, il leur faut courber l’échine devant ceux qui l’emportent en force sur eux.
C’est de cette bande de Pharisiens que faisait partie également Judas le Galiléen, dont Luc a fait mention dans les Actes en disant : Judas le Galiléen se leva à l’époque du recensement, et il éloigna et poussa à la révolte après lui beaucoup de monde ; celui-ci périt, et tous ceux qui lui obéissaient furent dispersés (Ac 5, 37).
Hérode donc, qui était alors chef de tétrarchie, c’est-à-dire de l’un des quatre (gouvernements) du pouvoir des Juifs — en effet, c’est en quatre gouvernements qu’était partagé le pouvoir des Juifs, des Galiléens et de ceux qui étaient leurs voisins dans le pays, tandis que chaque pays avait son chef particulier, comme Luc l’a dit aussi par manière d’histoire quelque part dans les débuts du récit évangélique (cf. Lc 3, 1) — conseillait à son tour aux habitants de Jérusalem, en ayant pitié d’eux et en s’occupant d’eux comme de ceux qui (étaient) de la même race et de la même famille que lui en quelque façon, d’être soumis aux Romains et de payer le tribut de la consignation qui leur avait été imposé. Et il y avait une autre fraction du peuple qui obéissait à ce conseil d’Hérode, acceptait qu’à cause de cela on lui attribuât le nom d’Hérodiens, s’opposait aux Pharisiens et n’acceptait pas leur esprit de révolte et de rébellion.
Mais ceux qui étaient ainsi rivaux et opposés les uns aux autres furent alors d’accord et tinrent conseil ensemble contre Jésus ; car le Calomniateur savait armer ensemble ceux qui étaient les adversaires les uns des autres et les réunir et les amener à l’accord en vue d’accomplir ce qui lui plaisait. C’est pourquoi c’est avec une grande signification que Matthieu a dit : Alors, après s’en être allés, les Pharisiens tinrent conseil (Mt 22, 15) « Ceux qui sont adversaires et ennemis, dit-il, participaient alors au conseil. »
Quelles étaient donc les (questions) du conseil, comme si elles étaient importantes et étonnantes ? (C’était) afin d’embarrasser le Christ, la puissance et la sagesse de Dieu le Père (1 Co 1, 24), par une interrogation insidieuse et de prendre Dieu et Verbe en défaut dans une réponse au sujet d’une affaire sur laquelle il n’avait été fait auparavant ni examen ni discussion. Ils tinrent conseil, dit-il, en effet, afin de le prendre en défaut dans (sa) parole. Et les Pharisiens envoient leurs disciples avec les Hérodiens, en disant : Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en (toute) vérité, et qu’il ne te vient aucun (avantage) de personne ; car tu ne regardes pas au visage des hommes. Dis-nous donc ce qu’il t’en semble : Est-il permis de donner l’impôt à César, ou non (Mt 22, 15-17) ?
Et d’abord il faut savoir que peut-être il y avait, mêlés avec les Hérodiens, également des hommes armés, à savoir des serviteurs du gouverneur Ponce-Pilate ; car Luc dit : Ceux qui interrogeaient insidieusement mettaient Jésus à l’épreuve, afin de le livrer au pouvoir et à l’autorité du gouverneur (Lc 20, 20). Hérode, en effet, était chef de la Galilée, de l’une des quatre parties, et c’est là qu’il avait ce qui (relevait) de son autorité.
Ils s’attendirent à l’un des deux (cas) qui devait pour eux résulter de la réponse et ils (pensaient) montrer clairement que Jésus commettait une faute ou contre la Loi de Moïse ou contre le pouvoir des Romains. En effet, s’il répondait qu’il nous fallait donner le tribut, nécessairement les Pharisiens le calomnieraient auprès de ceux qui leur obéissaient, en disant : « C’est en dehors de la Loi de Moïse qu’il nous éloigne du service de Dieu et qu’il nous entraîne à un pouvoir étranger et qui n’est pas de notre race. » C’est pourquoi, en effet, Luc dit : Ils ne purent pas le prendre en défaut dans (sa) parole devant le peuple (Lc 20, 26) ; car c’est δημοσίως, c’est-à-dire au milieu de la réunion du peuple, qu’ils interrogeaient, afin de dresser le peuple contre lui. Et s’il ne permettait pas de donner le tribut, aussitôt les Hérodiens mettraient la main sur lui comme sur celui qui n’était pas soumis aux autorités romaines.
Et vois quelle est la passion de l’hypocrisie, comment elle a caché toute l’inimitié et (toute) la pensée homicide des Juifs sous le voile ignoble de la flatterie, et (comment) ceux qui haïssent honorent involontairement, afin de faire descendre dans la fosse. En effet, ceux qui disaient : Nous, nous sommes disciples de Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est (Jn 9, 28-29), l’appellent « Maître » (Mt 22, 16). Ceux qui le surnommaient « trompeur » et « séducteur » (cf. Jn 7, 12 ; Mt 27, 63) disent : Nous savons que tu es véridique (Mt 22, 16). Ceux qui s’efforçaient de tenir tête avec jalousie et avec ignorance, en disant : Cet homme ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le sabbat (Jn 9, 16), et : Il a un démon (Jn 8, 52), témoignent qu’il enseigne la voie de Dieu en (toute) vérité (Mt 22,16). Ceux qui le calomniaient comme celui qui trompe le peuple (Lc 23,14) disaient : Il ne te vient aucun (avantage), et tu ne te préoccupes de personne ; car tu ne regardes pas au visage des hommes (Mt 22, 16) ; et pourtant celui qui trompe ne cherche rien d’autre si ce n’est de plaire aux hommes et de regarder à leur visage. Ceux qui le lapidèrent (Jn 10, 31) et le persécutèrent font semblant d’(être) obéissants, en posant cette question : Dis-nous ce qu’il t’en semble (Mt 22, 17), sans savoir par suite d’une grande démence que ce changement qu’ils (offraient) tout à coup paraîtrait invraisemblable même à ceux qui sont bien sots, combien plus à Dieu le Verbe, qui connaît les mouvements invisibles et profonds. C’est pourquoi ces Pharisiens aussi, en ayant honte de cela de n’importe quelle façon que ce soit et en même temps en ne descendant pas de leur arrogance, envoyèrent leurs disciples avec les Hérodiens ; et ceux-ci disaient tout pour l’enfler de l’orgueil d’un esprit frivole.
Qu’(a) donc (fait) la Sagesse et le Verbe de Dieu ? (Jésus) leur a permis que toute leur passion se vide et paraisse en public, sans les avoir repris lorsqu’ils bavardaient inutilement. Et alors, comme un médecin habile, il fait ensuite à la (passion) une grave incision, lorsqu’il l’a incisée par (sa) première parole et qu’il a dit : Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ? (Mt 22, 18) Et, après avoir montré par un reproche que la peau de l’hypocrisie trompeuse était morte, c’est doucement et, pour ainsi dire, insensiblement et tranquillement qu’il a tranché, comme une toile d’araignée, leur question inéluctable. En effet, il a dit : Montrez-moi un denier de l’impôt. Et eux, ils lui présentèrent un denier. Et il leur dit : De qui (est) cette plage et (cette) inscription ? Ils lui disent : De César. Alors il leur dit : Donnez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 19-21).
Si le denier est de César, dit-il — car c’est ce que vous avez dit — « il faut le donner à César lui-même. » — « Quoi donc ! Tu nous permets de servir un homme, et non pas Dieu ? Et comment cela n’est-il pas en dehors de la Loi ? » — « Il n’en sera rien. En effet, le fait de donner un tribut à César n’empêche pas le service de Dieu, quoique vous le vouliez ainsi. C’est pourquoi il vous faut donner à Dieu également ce qui est à Dieu, de telle sorte que, si ce qui est à César était retenu par le service de Dieu, il faudrait que Dieu soit préféré à celui-là. Et aussi le fait d’être tributaire de César, c’est à vos péchés qu’il vous faut l’attribuer, et non pas à Dieu. Comme Paul également s’attachait à cette distinction, en envoyant (une lettre) aux Romains, il écrivait : Payez donc à tout le monde ce qui lui est dû ; à qui l’impôt, l’impôt ; à qui le tribut, le tribut (Rm 13, 7). »
Mais il semble que cette (parole) : Montrez-moi un denier de l’impôt (Mt 22, 19), et cette (parole) : De qui est (cette) image et cette inscription ? (Mt 22, 20) montrent encore à travers une fente un sens élevé. En effet, comme Jésus considérait l’âme de ceux qui l’interrogeaient, (âme) qui a été créée à l’image de Dieu, et qu’il voyait qu’elle n’avait rien d’une image royale, mais qu’il voyait que tout entière elle était devenue chair et qu’elle portait une inscription du César intellectuel, le Calomniateur et le Malin qui tient le monde, c’est avec reproche qu’il a bien dit : « Montrez-moi un denier de l’impôt. De qui est cette image et (cette) inscription ? Si (le denier) est de Dieu, vous êtes la part de Dieu (Dt 32, 9), selon ce qui est écrit, et c’est à Dieu qu’il vous donnera. Et, s’il est de César, puisque vous appartenez à César, servez César et ne recherchez pas Dieu dont vous ne portez pas la marque de l’image. »
Que chacun de nous examine donc le denier de son âme, et tous ayons soin de l’image royale et divine selon les avertissements de l’Apôtre, non pas en prenant exemple sur la figure de ce siècle, mais en nous transformant par le renouvellement de notre esprit, afin que nous éprouvions ce qui est profitable, (à savoir) quelle est la volonté de Dieu bonne, agréable et parfaite (cf. Rm 12, 2). Et donnons au corps la nourriture et les vêtements nécessaires, et rendons tout le reste à notre homme intérieur. Et dirigeons avec soin chaque pensée qui nous conseille et nous enseigne ce qu’il nous faut faire, et disons- lui : « Montre-moi le denier de l’impôt. De qui est (cette) image et cette inscription ? » Et si elle se rapporte au modèle et à l’image de Dieu, acceptons-la ; que si elle (se rapporte au modèle et à l’image) de César, rejetons loin de nous ce qui ne (nous) est pas propre. C’est une grande chose, et qui est très profitable, que nous-mêmes nous corrigions ce qui est à nous, avant que se lève sur nous le jour du jugement et que nous entendions avec beaucoup d’amertume le juge (dire) cette (parole) : « Montre-moi le denier de l’impôt. De qui est (cette) image et cette inscription ? » Car alors, quand nous serons rejetés et que nous entendrons, selon la prophétie de Jérémie : Appelez-les « argent rejeté (Jr 6, 30) », nous serons livrés au feu éternel.
En entendant cela, vous toutes qui (êtes) d’entre les femmes qui aiment la parure et qui ornez extérieurement avec des bijoux en or et des vêtements recherchés la statue qui se corrompt, interrogez-vous vous-mêmes avec un sentiment de modestie : « De qui est (cette) image et cette inscription ? » Et quel que soit le retard, tournez-vous vers le soin de la beauté de l’âme ; car la (beauté) extérieure, peu après que le lien sera brisé, en se corrompant, se résoudra en la plus fine poussière.
Mais cela nous est utile et profitable et, autant qu’il est possible, particulièrement nécessaire même sous le rapport de la foi. En effet, si quelqu’un, étant dans l’ignorance, pose la question : « Est-il permis d’anathématiser tout concile des évêques ? » dis-lui : « Montre-moi le denier de l’impôt. » Et si tu trouves que cet un, notre Seigneur et notre Dieu Jésus-Christ, est divisé d’une manière impie, sur un denier rejeté et étranger à la vraie marque, par la dualité des natures qui (vient) après l’union ineffable, pose aussitôt la question : « De qui est cette image et (cette) inscription ? » Et si en vérité (le denier) n’est pas de dieu — comme il ne l’est pas — que ce qui n’est pas de Dieu soit séparé de Dieu par l’anathème.
« Oui, dit-il ; mais je respecte la dignité du sacerdoce. Et en effet j’entends l’un des saints prophètes dire : Les lèvres du prêtre garderont la science et on demandera la Loi à sa bouche, parce qu’il est l’ange du Seigneur tout-puissant (Ml 2, 7). » — Quoi donc ! N’entends-tu pas Paul dire par le Christ qui parlait en lui : Mais quand même nous, ou (quand même) un ange (descendu) des cieux vous annoncerait un autre Évangile que ce que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! (Ga 1, 8) Est-ce que lʹἀξίομα, ou la dignité des anges a été jugée digne de respect par lui, quand même (l’un d’eux) descendrait des cieux, lorsqu’il change et altère la foi ?
D’ailleurs considère et examine encore les paroles que tu as rappelées, ô toi : Les lèvres du prêtre garderont la science et on demandera la Loi à sa bouche, parce qu’il est l’ange du Seigneur tout-puissant (Ml 2, 7). Ainsi par conséquent c’est alors qu’il nous faut regarder les prêtres mêmes comme les anges du Seigneur tout-puissant, (à savoir) lorsqu’ils garderont la science des choses divines, lorsqu’ils ne transgresseront pas la Loi, mais l’enseigneront avec intégrité également aux autres qui la demandent. Que s’ils sont aussi pour d’autres une cause d’erreur, où faut-il mettre ceux qui sont tels ? Il est bien certain que c’est avec les pasteurs criminels et étrangers.
« Mais il y en avait parmi eux quelques-uns qui pensaient selon l’orthodoxie, diras-tu. » — Par conséquent il leur fallait fuir et dire avec le prophète David : Je ne me suis pas assis avec l’assemblée de la vanité, et je n’entrerai pas avec ceux qui transgressent la Loi ; J’ai haï l’assemblée des méchants, et je ne m’assiérai pas avec les impies ; je laverai mes mains dans la pureté (Ps 25, 4-6). Qu’ils songent encore au commandement de Moïse, qui dit : Tu ne seras pas avec le grand nombre pour le mal ; tu ne te joindras pas à la foule pour détourner avec le grand nombre (Ex 23, 2). Qu’ils rougissent également de cette (parole) : Si tu voyais un voleur, tu courais avec lui ; et c’est avec les adultères que tu mettais ta part (Ps 49, 18). Et, comme dit Grégoire le Théologien, que l’âme ne devienne pas noire en même temps que l’écrit impie de la main.
Mais à cela encore tu diras : « Ils ont été vaincus alors par les circonstances, et par la suite ils se sont repentis. » — Mais ce n’est pas moi désormais, mais c’est le sage Basile qui te répond, en s’adressant à quelques-uns par écrit en ces termes : « Que si certains disent qu’ils se sont repentis, qu’ils montrent leur repentir par un écrit, ainsi que l’anathème de la foi de Constantinople et la séparation d’avec les hérétiques, et qu’ils ne trompent pas les simples. » Ainsi par conséquent il ne suffisait pas seulement qu’ils se fussent moqués de l’impiété par un écrit moyennant le repentir et par l’anathème, mais (il fallait) encore qu’ils fussent séparés de la communion avec ceux qui avaient de telles opinions. Comment n’est-il pas absurde, en effet, que le blasphème soit confirmé par un écrit et qu’on nous feigne un repentir sans un écrit ?
Mais plût au ciel qu’il y en eût quelques-uns qui se fussent repentis selon la loi ! Car ceux qui sont dans ce cas ne sont pas touchés par l’anathème général contre le concile de Chalcédoine, parce que par le repentir ils se sont mis en dehors de l’assemblée de ceux-là. De même donc qu’il n’est ni Juif ni Arien, celui qui s’est converti et est passé de là à la religion, de même aussi celui qui est sorti d’ici n’est pas compté avec eux comme condamné. C’est ainsi, en effet, que, si quelqu’un anathématisait par exemple ceux qui ont versé le sang du Juste Étienne, il n’aurait pas compté Paul en même temps comme celui qui a pris part à la même action, lui que son repentir légal a excepté de ce (crime). Et encore si quelqu’un maudissait ceux qui ont renié le Christ, il n’aurait pas compté aussi Pierre avec eux, lui qui a renié, mais s’est repenti.
Que personne donc, prenant de faux prétextes dans les péchés, n’imagine des sophismes contre les lois de la sainte Église, en prenant des prétextes de charité, mais qu’il s’attache aux lois et qu’il ne laisse pas à sa place la méchanceté, pour regarder à travers les règles froides de ce genre et acquérir ainsi la liberté. Que s’il est besoin d’une condescendance légitime à l’égard de ceux qui sont séparés, faisons attention encore aux lois des Livres saints et des docteurs de la sainte Église, pour ne pas gâter ce qui est à nous et ne pas prendre en plus ce qui est à autrui, comme le dit aussi quelque part Grégoire le Théologien. En effet, on se baisse non pas pour tomber, soi aussi, mais pour relever celui qui est à terre, en sorte que, selon la parole de Paul, la grâce qui a abondé fasse abonder davantage l’action de grâces à la gloire de Dieu (2 Co 4, 15), à qui sied la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !