SUR LA NATIVITÉ OU l’ÉPIPHANIE, QUI EST LA CINQUIÈME (SUR CE SUJET)
Voulant célébrer l’objet de la présente fête, qui est la descente du ciel vers nous de Dieu le Verbe, sa venue resplendissante et sa manifestation sur la terre —en vertu de laquelle, parce qu’il s’est incarné (en prenant) une chair véritable et de la même essence que la nôtre, il s’est manifesté, il est apparu et il a vécu avec les hommes en tant qu’homme, de sorte que les disciples qui l’ont servi et ont vécu avec lui, sont appelés les témoins oculaires et les ministres mêmes du Verbe lequel ne pouvait pas apparaître ni tomber sous le sens de la vue — comment aurai-je la force suffisante pour le louer? Quelle gloire convenable trouverai-je, et quelle langue fera connaître (tout) cela ? Je ne trouve qu’une parole écrite dans les Évangiles qui se hâte et s’efforce de s’élever vers le haut et de rivaliser avec le fait lui-même, et qui cependant avoue ouvertement avoir été surpassée par le prodige lui-même ; en effet, une multitude de la milice céleste et une troupe d’anges apparurent aux bergers, et on entendit qu’elles disaient au sujet de la merveille de l’étonnante naissance selon la chair du Verbe incréé : Gloire à Dieu dans les hauteurs (Lc 2, 14).
Examinant la puissance de cette parole, condensée dans la brièveté de l’expression, autant que j’ai la force de l’imaginer, moi qui suis petit et qui vois peu, et comme dans une goutte et dans les ombres je me représenterai et j’essaierai de dire comment je vois l’esprit des anges qui prononcèrent (cette parole) et ce qu’ils me semblent dire par elle d’une manière développée. En voyant cette gloire digne de Dieu, dont l’enfant né de la Vierge est l’objet, et en voulant nous-mêmes la célébrer et la louer, nous voyons que les gloires de la terre sont pauvres et défectueuses et que toute parole humaine et qui se présente sur la terre reste bien en arrière de ce qui convient, ou, plutôt qu’elle tombe bien loin. Par suite nous pensons que cette gloire qui est chantée dans les hauteurs par les esprits immatériels et intellectuels d’en haut est à peine très conforme et très convenable à ce mystère qui maintenant s’accomplit et se passe sur la terre, non pas celle qu’offrent les ordres des anges, ni encore s des archanges, ni des trônes, ni des dominations, ni des principautés, ni des puissances, ni des armées (célestes) (Col 1, 16), mais celle des chérubins eux-mêmes qui sont au-dessus de tout ordre, et de ceux qui en approchent.
Pour cette raison, en effet (les anges) ne dirent pas « Gloire dans la hauteur » au singulier, ou « dans le ciel », mais (ils ont dit) au pluriel « Gloire à Dieu dans les hauteurs qui sont plus hautes que tout », montrant par le superlatif que cette gloire qui est énoncée est plus haute que toutes (les autres). C’est la gloire qu’Ézéchiel aussi écouta en lui-même, lorsqu’elle était chantée par les chérubins, et cela lorsqu’il était initié comme dans une vision. Il dit, en effet, les avoir entendus dire : Bénie soit la gloire du Seigneur de son lieu (Ez 3, 12). Par « lieu du Seigneur » il faut entendre, à cause de ce qui a été mis précédemment, les êtes immatériels qui sont plus rapprochés de lui que les autres armées (célestes), et jouissent bien davantage de la société et de la contemplation divines et de la lumière intellectuelle et ineffable qui (vient) de là. Car c’est à cause de cela même que les chérubins sont encore appelés son trône et son siège, comme, si du fait d’une illumination plus grande et plus parfaite, autant qu’il est possible, (Dieu) était assis et se reposait sur eux et demeurait toujours auprès d’eux.
Cette (expression) : Bénie soit la gloire du Seigneur de son lieu, est donc absolument la même que celle-ci : Gloire à Dieu dans les hauteurs. « Toute nature créée, dit-il, en effet, est (trop) inférieure pour glorifier ou bénir Dieu. Mais ils le béniront, s’ils ont quelque chose de plus convenable, de préférence à tous les autres, ceux qui ont obtenu une place qui est dans la hauteur et qui est plus élevée, à tel point qu’ils seront appelés « le lieu du Seigneur ». Et par le fait qu’ils sont associés à la gloire divine et en sont illuminés, ils pourront donner en retour et rendre en échange de cela gloire, bénédiction et louange à celui qui leur a donné la lumière intellectuelle, tout comme des eaux qui, recevant la lumière du soleil, éclairent également en réfléchissant la lumière ; car, de cette manière, il arrive que Dieu lui-même est glorifié en quelque sorte par sa propre gloire. » C’est quelque chose d’analogue que le sage Paul écrit aussi aux Romains, au sujet de ceux qui avaient reçu la participation et le don du Saint-Esprit et priaient, lorsqu’il dit : L’Esprit lui-même demande et prie par des soupirs inexprimables (Rm 8, 26).
Et les anges qui apparurent aux bergers, ayant en vue la gloire inexprimable de l’Emmanuel, jugeant mesquin et blâmant, pour ainsi dire, toute louange et (toute) gloire et (toute) parole qui (se rencontrent) parmi les hommes, tournèrent leurs regards vers les armées qui sont dans la hauteur, et là encore ayant tourné leurs regards au-dessus de tous les autres, ils montèrent en courant vers ce qui est, pourrait-on dire, le sommet et la tête des ordres qui servent et qui sont bienheureux, ils jugèrent que la glorification la plus grande de toutes était quelque chose de petit et, comme s’ils eussent été dans le besoin après que tout eut été épuisé et fini pour eux, ils crièrent ce qu’ils avaient trouvé : Gloire à Dieu dans les hauteurs.
C’est par des (voies) opposées qu’il vient celui qui est haut et charitable par nature ; il descend au-dessous de son essence dans la mesure où il savait que nous en avions besoin, nous qui avions besoin d’être sauvés ; et ayant chargé le prophète Isaïe de prédire le mystère de l’incarnation qui est au-dessus de toute intelligence et de toute parole, il lui dit : Prends-toi un grand tomos neuf et écris dedans avec une écriture humaine « Qu’on se hâte de faire le partage du butin, car c’est proche (Is 8, 1) ». C’est bien convenablement qu’il a donné le nom de « tomos neuf » à l’Évangile qui fut clairement écrit et prêché d’avance par les Prophètes, qui est toujours jeune et ne vieillit jamais, comme la lettre de la Loi écrite sur les tables laquelle est tombée en désuétude. « Le tomos, dit-il, est grand » ; en effet, comment ne serait-il pas grand cet (Évangile) qui annonce une telle réalité ? grand et digne d’admiration ; car, en vérité, selon la parole de Paul : Sans contredit, le mystère de la piété est grand (1 Tm 3, 16). Et il est encore autrement grand, celui qui apporte des enseignements parfaits, non pas comme (à des enfants, mais) comme à ceux qui sont grands par l’âge intellectuel, celui par qui nous avons entendu clairement : il a été dit aux anciens : « Tu ne tueras point » ; mais moi je dis : Ne te mets pas en colère contre ton prochain en vain. Il a été dit encore : « Tu ne commettras pas d’adultère » mais moi je dis : Ne regarde même pas celle que tu convoites. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 21-22. 27-28. 48).
Mais ce tomos qui est si grand, il ordonnait cependant au prophète de l’écrire avec une écriture humaine : il disait, pour ainsi parler : N’aie pas peur, ô un tel, pas même en considérant la divinité et l’incorruptibilité du mystère et en t’appliquant à atteindre ce qui est adéquat à la réalité ; en tant que tu dois parler de Dieu, tu cherches des paroles et des expressions divines sans les trouver, (et) c’est nécessairement à contrecœur que tu vas écrire : je t’ordonne d’écrire avec des lettres et avec des paroles humaines, dirigeant même cela d’une manière très convenable et (très) charitable. En effet, si le Verbe de Dieu est descendu pour se faire homme sans cesser d’être Dieu, comment dédaignerait-il qu’on écrivit et qu’ou annonçât ce qui le concerne avec des lettres humaines ? Car celui que l’incarnation n’a ni changé, ni modifié, ni amoindri, comment devait-il être amoindri par l’écriture ou par la prononciation de la parole humaine, qui nous apporte la prédication salutaire de l’Évangile ? » C’est ce qu’attestent les anges eux-mêmes qui, comme je l’ai dit plus haut, voyaient un enfant couché dans une crèche et lui adressaient la gloire qui est dans les hauteurs.
Et pourquoi ne dit-il pas « livre », mais tomos ? Parce que ni le chœur des Prophètes, ni la foule des Évangélistes ou des Apôtres, n’est capable de comprendre et de dire toute la réalité de cette sublimité digne de Dieu ou les paroles de l’incarnation, sinon en petite partie et dans la mesure où quelqu’un toucherait seulement du bout des doigts et ne prendrait qu’un tout petit fragment. C’est pour cette cause que Jean, le fils du tonnerre, qui plus que tout autre fit de la théologie et fut éclairé dans son intelligence, et qui, d’une manière très sublime, a écrit ce qui se rapporte à l’incarnation, en terminant la rédaction de (son) Évangile, disait aussi : Il y a encore beaucoup d’autres choses (parmi) tout ce qu’a fait Jésus ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même put contenir les livres qu’on écrirait (Jn 21, 25). Il a dit cela, non seulement lorsqu’il montrait la quantité de ce qu’a fait Jésus, attendu qu’il était le Verbe qui (existait avant les siècles et la puissance qui régissait tout ce qui est venu à l’existence — c’est pour cela qu’il disait : Mon Père agit jusqu’à présent, et moi aussi j’agis (Jn 5, 17) — mais encore lorsqu’il en fait connaître la grandeur que l’ouïe de ceux qui vivent dans le monde n’était pas capable de percevoir.
Car tout cela n’a été révélé et écrit qu’autant que c’était compréhensible pour nous. Et on dirait — et bien justement — que même tous les Livres inspirés de Dieu, en comparaison de toute la science divine, ne tiennent que la place d’un tomos quelconque et d’une petite partie du livre entier. Il semble en vérité que notre Sauveur même prédisait cela par le prophète des Psaumes, et qu’il faisait connaître d’avance sa venue dans la chair ainsi que la répudiation du service ancien et figuratif à l’aide d’holocaustes, et son remplacement par l’exercice du sacerdoce spirituel et véritable de (son) corps saint ; et il disait à son Père : Tu n’as voulu ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps ; tu n’as agréé ni holocaustes, ni (sacrifices) pour le péché. Alors j’ai dit : Voici, je viens ; c’est à mon sujet qu’il est écrit en tête du livre (He 10, 5-7 ; Ps 39, 7-8). Ces (mots) : Tu m’as formé un corps, signifient ceci : « Les sacrifices et les holocaustes, dit-il, qui étaient accomplis selon la Loi, tu les as abolis ô Père, à cause de leur caractère figuratif et de leur imperfection et, à leur place, tu as inauguré la venue de mon incarnation qui est plus mystérieuse que tout et l’exercice du sacerdoce de mon corps qui est parfait et ne manqua de rien, parce qu’il possède la rémission des péchés et une purification complète, ce que la Loi ne pouvait pas opérer. Ces choses, dès le commencement, sont écrites et prédites à mon sujet en tête du livre, c’est-à-dire dans un κεφάλαιον chapitre et dans une section, » appelant « une tête du livre » tous les Livres qui prédisaient à son sujet, parce que tous également, et non seulement un seul, prédisaient sa venue dans la chair.
C’est pourquoi donc Luc aussi a écrit que, lorsqu’il apparut après la résurrection d’entre les morts à des hommes qui marchaient sur la route, ayant commencé par Moïse et par tous les Prophètes, il leur expliquait dans tous les Livres ce qui le concernait (Lc 24, 27). Cependant par « tous les Livres » il désigna une petite section du livre et un chapitre, en comparaison de tout le livre de la science divine, lequel en vérité n’est connu que du Christ seul, en qui se trouvent tous les trésors cachés de la sagesse et de la science (Col 2, 3), comme Paul l’a écrit aux Colossiens. Car de ces trésors il n’en est descendu jusqu’à nous qu’une parcelle qui peut être comparée à un chapitre et à un tomos, et cette (parcelle) n’est pas saisie par tout le monde, mais plus par les uns, moins par les autres, selon qu’il appartient à chacun par suite- de sa préparation et de sa purification à l’égard de la contemplation. Jean l’Évangéliste aussi a vu dans l’Apocalypse que ce livre de la science parfaite était écrit au dedans et au dehors, et qu’il était scellé de sept sceaux qui signifient la perfection du secret ; il dit à son sujet : Et personne dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne pouvait l’ouvrir, excepté celui qui a remporté sur la mort la victoire à notre place, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David (Ap 5, 1. 3. 5). Et celui-là est le Christ, au sujet duquel le patriarche Jacob disait en prophétisant : Juda est un jeune lion ; lorsque tu as ployé tes genoux, tu as dormi comme un lion (Gn 49, 9). C’est à cause de (sa) royauté qu’il lui donne le nom de lion ; et lui-même, en vérité, après avoir complètement ployé ses genoux, s’être couché, s’être endormi du sommeil (qu’il a dormi) pour nous et être mort, il a montré que par sa résurrection il a régné et prévalu sur la mort qui avait régné sur l’univers. De son côté Paul écrivait aux Hébreux en ces termes : Car il est notoire que Notre-Seigneur s’est levé de Juda (He 7, 14).
C’est celui-là qui nous a ouvert le livre de la science qui était complètement fermé, dont un seul tomos est descendu vers les hommes. En effet, nous n’admettons que celui-là, ainsi que ceux qui, comme Isaïe, étaient chargés, en plus d’écrire et de dire, de montrer aussi aux autres ce qu’il y avait dans ce (tomos). C’est pour cela qu’il entendait encore : Prends-toi un grand tomos neuf. Quelques exemplaires ont : Prends-toi un tomos du grand (ouvrage) neuf.’ Par là il est clairement montré qu’il parle du grand (ouvrage) neuf, du mystère qui devait être écrit dans ce tomos, à cause duquel il a également appelé le tomos neuf et grand ». Car il est notoire que tout tomos dans lequel on doit écrire est généralement neuf et non écrit ; (il suit) de là que, si quelqu’un des Prophètes reçoit aussi l’ordre d’écrire sur un livre, c’est d’une part un livre par rapport à nous qui ne savons rien et qui n’avons pas du tout part aux choses divines, et c’est d’autre part un tomos par rapport au livre supérieur.
Mais voyons pourquoi Isaïe reçoit l’ordre d’écrire dans le tomos avec une écriture humaine. Qu’on se hâte, dit-il, de faire le partage du butin, car c’est proche (Is 8, 1). C’est la cause de l’incarnation divine qu’il met en évidence dans les commencements mêmes. Car parce que par le péché d’Adam la mort est entrée en s’insinuant et a prévalu sur le genre humain tout entier, et que le Calomniateur, emportant (son) butin comme à la suite d’une victoire (remportée) en guerre, nous possédait désormais, alors que nous faisions les œuvres du péché et que nous portions ainsi un malheureux tribut au tyran, celui 15 qui a dit au sujet des enfants d’Israël qui fabriquaient des briques en Égypte et qui étaient les esclaves de Pharaon : J’ai bien vu l’humiliation de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu le cri que lui font pousser ceux qui le persécutent par le travail, car je connais sa douleur et je suis descendu pour le délivrer (Ex 3, 7-8), lui-même s’est penché aussi vers toute notre race, persécutée par les démons qui la persécutaient par un dur travail, et par la prophétie il montre qu’il se hâte lui-même promptement et rapidement pour enlever le Malin et le dépouiller du butin que nous étions nous-mêmes. C’est pourquoi il disait aussi dans les Évangiles qu’il est venu pour lier le fort et lui prendre ses armes (Mt 12, 29), nous faisant encore connaître qu’il se hâtait, dit-il, non seulement pour enlever le butin, mais aussi pour en faire la captivité, c’est-à-dire le partage ; car, après nous avoir pris au Calomniateur et aux démons, il nous a partagés entre les Apôtres en les répartissant sur toute la terre habitée ; il leur a partagé la terre comme en tirant au sort, il a établi les anges sur les Églises et en a attribué à chaque fidèle pour le garder comme il a été dit : Voyez à ne pas mépriser un seul de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les deux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux (Mt 18, 10).
Il pressait Isaïe d’écrire ces choses avec beaucoup de rapidité, en disant : Car c’est proche, c’est-à-dire « Voici, le fait est imminent ; voici, il est aux portes. » Et si quelqu’un dit : « Pourquoi a-t-il donc trompé le prophète en disant : Car c’est proche ? C’est non pas immédiatement, mais après un espace de cinq cents ans et davantage, que (le Verbe) s’est fait homme et qu’il a accompli la prophétie » ; que celui-là réfléchisse bien dans quel temps Isaïe recevait ainsi cet ordre ; ce n’était pas dans celui où il était lui-même, mais c’était dans l’espace de temps qui devait suivre, où allait se réaliser ce qui était dit dans la prophétie. Car telle est la prophétie, que l’esprit soit ravi et qu’il demeure avec les choses futures comme avec celles qui sont présentes et actuelles. Il apparaît donc qu’Isaïe, étant en présence de ces événements qui devaient avoir lieu comme de ceux qui étaient déjà présents, entendait justement et véritablement cette (parole) : Car c’est proche.
Mais : Constitue-moi aussi, dit-il, en qualité de témoins des hommes dignes de foi, le prêtre Urie et Zacharie, fils de Barachias (Is 8, 2). Comme une pensée simple et qui est sous la main, il veut qu’Isaïe, en écrivant cela, prenne avec lui Urie qui exerçait le sacerdoce en ce temps-là et Zacharie qui tenait la place d’un prophète, afin d’honorer d’une manière grande et vénérée les choses prédites et de les faire croire et de les confirmer. Et dans un sens qui est plus rempli de mystère, plus vrai et particulièrement plus digne de l’esprit, il voulait désigner l’Évangile qui était écrit dans le tomos neuf, auquel rendaient témoignage la Loi et les Prophètes. Car Urie, en accomplissant l’exercice du sacerdoce légal, tenait la place de la Loi, et Zacharie, qui était prophète, quelle autre chose symbolisait-il sinon les Prophètes ? Et la signification des noms eux-mêmes est aussi une démonstration des faits ; car si Urie équivaut en hébreu à « lumière de Dieu » et Zacharie à mémoire de Dieu », il apparaît clairement que c’est par ces mentions de la Loi et des Prophètes qu’a brillé la lumière divine de la vérité qui est dans l’Évangile ; d’autre part, Zacharie, étant fils de Barachias qui est le synonyme de « bénédiction qui vient de Dieu », indique que la prédication de l’Évangile est pleine de bénédiction pour les croyants.
Ce symbole et (cet) arrangement du témoignage dont nous parlons, Notre-Seigneur aussi les a accomplis lui-même dans les Évangiles. Ayant conduit Pierre, Jacques et Jean sur la montagne, il fut transfiguré et il resplendit plus que le soleil, voulant leur montrer un peu de sa gloire divine, comme une petite étincelle. Il apparut parlant avec Moïse et avec Élie, montrant par-là que son incarnation et l’Évangile qui » l’annonce, ont pour témoins la Loi et les Prophètes car Moïse apparaissait personnifiant la Loi, et Élie (personnifiant) les Prophètes. Luc dit aussi à leur sujet que, lorsqu’ils apparurent sur la montagne avec Jésus, ils parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem (Lc 9, 31) ; et qu’était son départ, sinon la consommation de l’économie, qui était la croix et la résurrection d’entre les morts qui la suivit ? Ainsi donc Isaïe, lorsqu’il était sur le point d’écrire le tomos du nouveau et grand mystère, entendait aussi : Constitue-moi, en qualité de témoins, des hommes dignes de foi, le prêtre Urie et Zacharie, qui signifient et attestent la Loi et le chœur des Prophètes.
Mais voyons ce que dit Isaïe après ces (mots). Et je m’approchai de la prophétesse, et elle conçut et enfanta un fils (Is 8, 3). Il appelle « prophétesse » la Mère de Dieu, la Vierge, qui prophétisa en vertu d’un dessein divin en saluant Élisabeth : Car, voici que désormais toutes les générations me diront bienheureuse (Lc 1, 48), et ce qui suit.
Il m’arrive de m’étonner beaucoup comment le prophète, ayant entendu : Prends-toi un grand tomos neuf, n’ait pas dit : « Et je pris le tomos », mais : Je m’approchai de la prophétesse, nous faisant monter jusqu’à une grande pensée, et (nous apprenant) que le nouveau tomos est la prophétesse, la Mère de Dieu, la Vierge. Et comment ? C’est moi qui le dis Dieu forma Adam de la terre ; puis, après avoir coupé une de ses côtes, la lui avoir ôtée et l’avoir remplacée par de la chair (Cf Gn 2, 21), comme il est écrit, il créa Eve ; la femme donc est une section de l’homme, c’est-à-dire un tomos. Par conséquent, puisque Ève, le premier tomos, a vieilli à cause du péché, une fois qu’elle fut condamnée à enfanter les enfants dans les angoisses, c’est au point de vue de la guérison que la Mère de Dieu, le nouveau tomos, a été envisagée, après qu’elle eut été purifiée par le Saint-Esprit et qu’il ne se trouvait en elle rien de ce qui est vieux et qui est la peine du péché. Elle servit à l’enfantement divin d’une manière admirable, nouvelle et digne de Dieu, elle est un tomos à la fois nouveau et admirable, et doublement nouveau. D’une part, Dieu le Verbe a pris d’elle une chair qui possède une âme intellectuelle, et il s’est uni cette (chair) hypostatiquement, attendu que la (chair) a subsisté à l’instant même où elle a été unie ; car elle ne subsistait pas avant l’union, en sorte que c’est celui qui s’est incarné sans changement et sans division qui passe ainsi pour avoir été conçu et avoir été enfanté, et que ce n’est pas un autre homme en dehors de lui. Et d’autre part, (il a reçu cette chair) non pas d’une semence virile, mais du Saint-Esprit qui, en dehors de toute concupiscence, opérait cette conception d’une manière créatrice et divine, tandis que cette (conception) était écrite dans le tomos avec une écriture humaine, selon la révélation prophétique, c’est-à-dire tandis que cette conception divine est dépeinte, représentée et figurée d’une manière humaine, et qu’elle attend qu’elle ait grandi peu à peu et qu’elle se soit développée, de sorte que les jours où elle devait enfanter furent accomplis (Lc 2, 6), comme dit le Livre sacré, pour celle qui conçut d’une manière digne de Dieu et qui enfanta d’une manière plus digne de Dieu, parce qu’elle est à ce point et mère et vierge.
C’est par tous ces états qui nous sont propres, et sans en omettre (un seul), en effet, qu’est venu le médecin et le sauveur, ayant participé de la même manière que nous, comme il est écrit, au sang et à la chair (cf He 2, 14), et ayant évité seulement la ressemblance dans le péché, afin que, dans toutes les (conditions) où nous sommes, il nous ménageât le salut et la guérison.
Dans certains livres donc il y a : Et je m’approchai de la prophétesse ; et dans d’autres : Et il s’approcha de la prophétesse (Is 8, 3). Ce (mot) : Je m’approchai, indique que c’est Isaïe qui s’approche de la contemplation et de la révélation du prodige, tandis que l’autre (mot) : Il s’approcha, montre que c’est celui qui lui a dit : Prends-toi un grand tomos neuf. Et celui-ci était le Paraclet, le Saint-Esprit, qui parle par les Prophètes, qui s’est approché de la Vierge, selon cette parole qui dit dans les Evangiles : Le Saint-Esprit viendra sur toi (Lc 1, 35) ; c’est pourquoi (Isaïe) aussi ajoute ensuite : Et elle conçut et enfanta un fils, pour montrer que c’est du Saint Esprit même que (venait) la conception.
C’est très véritablement et proprement et bien à propos qu’il est écrit : Elle enfanta un fils, car c’est à cela que visait tout le but de l’économie. En effet Ève, l’ancien tomos, après avoir enfanté Caïn, dit : J’ai acquis un homme (Gn 4, 1), et non « un fils ». De là (il suit) que nous naissions désormais en qualité d’hommes et non de fils, parce que le péché était maître et puissant, et qu’il nous éloignait de (toute) parenté avec Dieu. Mais le nouveau tomos, c’est à dire la Mère de Dieu, enfanta un fils. C’était nécessaire pour nous, en effet, et nous avions besoin du Fils qui est Dieu par nature, qui nous fait cadeau de la grâce de l’adoption dont nous étions dépouillés.
Comment ne rougissent-ils pas, en entendant cela, les petits des corbeaux de Nestorius, car ses dogmes sont des corbeaux qui sont impurs, et qui, en ce qui les concerne, obscurcissent la lumière de la science de Dieu ? En effet, celui qui, par nature, est Dieu de Dieu, et le même qui, selon la chair, est né en qualité de Fils, ils affirment que celui-là acquit par grâce la plénitude de l’adoption du fait du baptême dans le Jourdain. Comment donc me ferait-il dès lors cadeau de ce dont il (ne) s’est enrichi lui-même (que) par grâce ? Par conséquent il sera rangé d’abord avec ceux qui sont bien traités et non avec ceux qui sont bienfaisants notre Sauveur sera sauvé avec nous ; et quelle confirmation recevront les paroles divines qui disent : Aujourd’hui il vous est né un Sauveur qui sauvera son peuple de ses péchés (Mt 1, 21 ; Lc 2, 11) ? Car celui qui est né en qualité de Fils et de Sauveur, n’a pas besoin d’une autre addition pour être parfait ; et, de plus, le (fait) de sauver n’est pas pour lui une qualité qui est acquise ou ajoutée, mais qui est en lui par essence.
Pourquoi (ne rougissent-ils pas) ceux qui professent l’imagination d’Eutychès qui est à elle-même sa loi et qui regardent comme loi ce qui leur paraît ? D’une part la négation de la vérité leur est commune, et d’autre part ils (se) divisent en une quantité de sectes de croyance fausse, comme chacun peut le montrer. Et, bien qu’ils soient des gens qui sont dans l’erreur, même dans cette erreur ils se vantent encore de n’avoir pas de chef et de n’obéir à aucun des maîtres de la théologie et des interprètes des mystères de l’Église. Ils sont beaucoup moins raisonnables que les sauterelles qui n’ont pas de roi (Pr 30, 27), selon le proverbe ; si en vérité celles-ci partent en bon ordre à un seul commandement, eux, au contraire, ils expliquent leur imagination les uns d’une façon et les autres d’une autre façon, comme cela leur vient à l’esprit et comme des ὀνειροκρίτης ou interprètes de songes qui nagent.
Est-ce qu’ils ne rougiront pas du nouveau tomos, je dis de la Mère de Dieu, la Vierge, qui a été séparée de notre race et choisie pour ainsi dire en qualité de temple saint, pour le ministère et l’accomplissement de l’économie qui a lieu pour nous, (cette Vierge) de qui germa l’Emmanuel ?
Ne montent-ils pas en courant vers Adam et Eve, les premiers parents, à cause de qui nous sommes restés dans le besoin de la guérison, qui a eu lieu par l’incarnation et l’inhumanation ? Et reconnaissent-ils manifestement que ce qui devait être guéri, cela a été pris ? Car si (le Christ) ne voulait pas véritablement passer par les limites de notre nature, et cela lorsqu’il est venu même dans ces (limites) en restant au-dessus de la nature, de sorte que, selon la parole de Paul, comme par un seul homme le péché est entre dans le monde ; et : par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été pécheurs, de même aussi par l’obéissance d’un seul beaucoup seront rendus justes (Rm 5, 12. 19) ; et : Puisque la mort est venue par un homme, c’est par un homme aussi qu’est venue la résurrection des morts (1 Co 15, 21), pourquoi fallait-il tout ce cycle de l’incarnation?
(Pourquoi fallait-il) qu’il montrât avec fourberie cette imagination difficile et prolongée ? (Pourquoi fallait-il) qu’il passât par la conception et la naissance et les autres (états), lesquels en vérité devaient être montrés comme dans des hallucinations, par le moyen de choses qui sont incroyables, ou plutôt par le moyen de choses qui ne peuvent pas être ; car l’usage de la nature présente une démonstration de la vérité et non de l’imagination ?
Connaissant donc ces choses, sachez clairement que vous regimbez contre les aiguillons (Ac 9, 5), comme il est écrit, et soyez une portion excellente ou plutôt (soyez la portion) même de Dieu. En effet, il est bien qu’on dise aussi de vous : La portion du Seigneur est le peuple de Jacob, (et la part de son héritage est Israël (Dt 32, 9) ; car vos dieux- ne sont pas comme notre Dieu (Dt 32, 31). Je vous tisse encore ceci du même livre ; car les ennemis de la vérité sont sans intelligence et la vigne de leur doctrine vient de la vigne de Sodome, sur laquelle les nuages du Seigneur ne répandirent pas de pluie, mais du feu et du soufre, lorsqu’ils descendirent sur elle (cf Dt 32, 32 ; Ez 38, 22 ; Gn 19, 24) ; et les reproches qui sont empruntés au Livre inspiré de Dieu, ils les rendent sans fils et mères de fruits non parfaits et qui ne viennent pas en leur temps.
Par combien de bouches, ô mes frères, pourrions-nous donc glorifier comme il convient le Christ qui nous a donné la confession orthodoxe de la foi et nous a délivrés de toutes les ténèbres hérétiques? Quelle offrande porterons-nous au nouveau tomos du grand mystère ? Quoi ? Ceci que, nous-mêmes aussi, nous soyons de nouveaux tomos, séparés de tout amour et de toute société mauvaise, et, autant qu’il est possible, complètement unis à Dieu, ayant ses saintes lois écrites en tout temps dans nos cœurs et scellées par les bonnes œuvres, avec toute (notre) force et (notre) application, parce que nous désirons aller jusqu’à la hauteur d’où le Christ est descendu. Car c’est là que nous entraîne et que nous fait monter également cette parole : Gloire à Dieu dans les hauteurs et paix sur la terre, bonne volonté parmi les hommes (Lc 2, 14). À lui soit la louange dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !