SUR LE MARTYRE DE DROSIS. À LA FIN DE L’HOMÉLIE EST UN APPEL D’APRÈS LEQUEL IL FAUT QUE CHACUN OFFRE CE QU’IL PEUT POUR ACHEVER LA COUVERTURE DU SAINT AUTEL
À ceux qui posait la question : « Quelle est la puissance de la parole divine qui dit : Repentez-vous, le royaume des cieux s’est approché ? » il est bon de leur montrer la très vaillante vierge Drosis et de s’abstenir de parler, car ce que tu peux voir devant tes yeux, il est superflu de le montrer par la langue. En effet, lorsque tu vois une jeune fille, très jeune —et que dis-je jeune ? — sortie à l’instant de l’âge de l’enfance, née sur la pourpre royale — car elle était la fille de Trajan qui régnait alors sur les Romains — élevée dans le palais royal, déjà maîtresse des σκῆπτρα ou sceptres paternels en qualité d’héritière, ornée de toutes les fleurs de ce monde, comblée de tous (les biens), inondée même de toute espèce de délices qui séduisent et troublent les sens avides — (lorsque tu vois une telle jeune fille) courir au-delà de tout cela comme si c’était poussière et songe, voler au-dessus des choses d’ici-bas, aller tout d’un coup jusqu’à la vocation du Christ et s’attacher entièrement aux espérances célestes et à la demeure bienheureuse ; comment ne dirais-tu pas, non pas que le royaume des cieux s’est approché, mais plutôt que le voici proche et présent ?
Car de même que, au sujet de ceux qui sont les esclaves des plaisirs honteux, il est dit qu’ils sont sous l’empire du péché, selon ce qui a été écrit par Paul aux Romains : Que le péché ne règne donc pas dans votre corps mortel, de sorte que vous lui obéissiez dans ses convoitises (Rm 6, 12), de la même manière ceux qui dans leur intelligence sont saisis par les pensées divines et célestes, (qui), selon la parole du même Paul, ont offert à Dieu, comme des armes de justice, leurs membres et non moins encore les opérations de l’âme et (qui) sont assimilés, pour l’accomplissement des ordres royaux, aux armées célestes au sujet desquelles le prophète David chante : Bénissez le Seigneur, vous toutes ses armées, vous ses ministres, qui faites sa volonté (Ps 102, 21), lors même qu’ils vivent encore cette vie terrestre, font que le royaume des cieux leur soit proche, ils sont sous son empire, en montrant une conduite qui convient aux esprits célestes et intellectuels, déjà ils y sont partis et passés, ils le portent au dedans d’eux-mêmes et ils l’entourent ; c’est ce que notre Sauveur dit à ses disciples : Car voici, le règne de Dieu est au dedans de vous (Lc 17, 21).
En effet, que le règne de Dieu et (le royaume) des cieux consiste en ceci, que nous voulons et fassions les choses célestes et tout ce que Dieu veut, et que nous mêlions nos pensées avec la volonté divine, c’est ce qu’a aussi attesté le modèle de la prière, grande et digne de Dieu que notre Sauveur nous a laissée. Car après avoir dit : Que ton règne arrive, nous disons : Que ta volonté soit faite également sur la terre comme au ciel (Mt 6, 10), faisant connaître que le règne de Dieu consiste en ceci que, à l’exemple d’une ville bien régie par les lois, l’âme soit éprise et dominée par les choses qui plaisent à Dieu et comme si elle était tout entière sujette à lui seul et soumise à sa seigneurie, ne songeant à rien qui soit étranger, en sorte que la volonté divine soit accomplie également sur la terre par nous comme elle l’est au ciel par les armées qui y sont, et en sorte que, encore à cet égard, il n’y ait qu’un seul règne qui vienne depuis le haut jusqu’à ce qui est en bas et qui depuis ce qui est en bas jusqu’à ce qui est en haut présente de la continuité et de l’union dans la docilité et l’accord de ceux qui en font partie. Car c’est en ceci, et en rien autre, que consiste la (parole) : Que ton règne arrive, que ta volonté soit faite également sur la terre comme au ciel.
Mais nous devons bien comprendre que le règne de Dieu et le royaume des cieux sont aussi différents l’un de l’autre que celui qui reçoit parce qu’il s’associe et celui qui est reçu par le fait de l’association. Car c’est à cause de Dieu qui règne sur nous, habite en nous et est reçu par le fait de l’association qu’un seul et même objet est appelé et nommé « le règne de Dieu » tandis que c’est à cause de ceux qui en font partie et sont associés par la grâce divine et par l’illumination, ou à cause des armées qui sont dans le ciel, ou à cause de nous qui avons des pensées célestes, que (ce seul et même objet) est désigné « le royaume des cieux ». Et Matthieu l’atteste en disant que notre Sauveur dit aux disciples : Prêchez en disant : Le royaume des cieux s’est approché (Mt 10, 7) ; et Luc (l’atteste, en écrivant que le même (Sauveur) commanda aux mêmes (disciples) à ce même (sujet) : Dites-leur : Le règne de Dieu s’est approché de vous (Lc 10, 9).
Lorsque Drosis a fait partie de ce royaume et qu’elle a goûté sans se rassasier toute la lumière de la volonté divine, qu’elle a été éclairée en elle-même et qu’elle a foulé aux pieds le royaume qui se traîne sur la poussière, elle prononce une parole Qu4on voit (et) qui dit par ce qu’on voit : « Repentez-vous, car vous voyez que le royaume des cieux a pris en moi et que déjà il est venu parmi vous. »
En effet, celle qui était maîtresse de la terre, de toute (la terre) pour ainsi dire, et qui régnait sur elle, quelle autre chose pouvait la convaincre de tout mépriser d’un seul coup, sinon cette demeure et ce repos des cieux ? Et tout homme, voyant cela et en étant étonné et stupéfait dans son esprit, réfléchissait nécessairement et se disait à lui-même : « Il est donc vrai ce royaume des cieux reconnu par les chrétiens. Et si même dans la vie d’ici ils n’avaient pas de gages de l’espoir de l’au-delà, s’ils n’étaient pas éclairés par une certaine lumière céleste et divine, s’ils n’étaient pas transportés dans leur esprit, s’ils ne quittaient pas la terre, pour être conduits vers ce qui est en haut et pour habiter en quelque sorte dans les demeures supérieures, ce ne seraient pas les reines qui se laisseraient aussi convaincre de prendre en échange de la pourpre royale et de la puissance royale une simple espérance sans fondement. »
Quoi donc ? Il nous faut croire le Christ qui, par l’intermédiaire de ce que l’on voit, montre la vérité de ses paroles qui sont même au-dessus de la foi. Car le fait qu’une jeune fille quitte la maison paternelle, attirée et séduite ou par la beauté d’un jeune homme, ou par de grandes richesses, par le bonheur, par les autres illusions du monde et par l’attrait de ce qui est propre à charmer et à séduire, ce par quoi le sexe féminin surtout est facile à prendre, on peut le trouver également dans les récits anciens et aussi dans le temps qui nous a précédés, et même à notre (époque) il y a nécessairement de nombreux mauvais exemples de ce genre. Mais que le fait que la vaillante Drosis en arrive à des travaux volontaires, à une religion inusitée, et à la foi des chrétiens qui lui demande de mépriser des dieux nombreux qui sont renommés, mais qui n’existent pas, qui enseigne la chasteté et la force dans le reste de la perfection et qui, à cause de cela, est poursuivie, persécutée, tourmentée — car laquelle de ces choses pénibles et insupportables n’endure pas (la foi des chrétiens) de la part des lois, de la part des rois, de la part de ceux qui ont la charge des commandements et des administrations, de la part de ceux qui organisent les réunions de soldats et de la part même des usages des ancêtres (répandus) partout et du ( ? ) des démons qui, pour ainsi dire, tenait l’univers? — (que Drosis ait fait cela), c’était l’œuvre de ce feu dont le Christ disait dans les Évangiles : Je suis venu jeter un feu sur la terre, et combien je voudrais qu’il fût déjà allumé (Lc 12, 49) !
Ce feu, tombé dans l’âme de la martyre, brûla et consuma donc toutes les pensées terrestres et mondaines comme de la paille ; et après qu’il eut enveloppé et saisi tout son esprit en l’entourant, à l’exemple du buisson que Moïse voyait être en feu et ne pas brûler (Ex 3, 2), après qu’il eut fait monter en haut une flamme brillante et qu’il fut monté en haut, il fit monter la jeune fille comme un oiseau dans les airs et l’éleva jusqu’au ciel. Désormais tout occupée et attachée aux beautés d’en haut, elle était insensible à ce qui l’attirait vers la terre.
En observant soigneusement ces faits, on admire certes combien le Christ a fortifié et renforcé notre nature. Eve, en effet, fut la première formée (cf Gn 2, 22), ou plutôt, pour parler comme le Livre, construite par Dieu ; car le nom de « construction » montre que la créature était quelque chose de ferme et de solide, et que celui qui la créa ne la fit ni délicate, ni faible, ni énervée, mais forte de la même manière que l’homme ; elle avait, pour ainsi dire, les prémices et la nouveauté de la nature ; elle se plaisait dans la demeure du Paradis divine et heureuse et exempte d’angoisse et elle se nourrissait librement de tous les arbres : mais elle avait la défense de goûter du fruit d’un seul arbre, pour examiner si la liberté de son esprit acceptait l’obéissance. (Dans cet état) le Calomniateur la trompa et lui persuada de manger malgré la loi et lorsqu’elle fut tombée par suite de la pente glissante de la volupté, il l’entraîna vers la terre ; et, après qu’elle se fut tournée vers la chair, il la fit esclave du péché. Pour cette cause, avec Adam qui s’était associé à elle dans la transgression de la loi, elle entendait (dire) : Tu es poussière et tu retourneras en poussière (Gn 3, 19).
Mais Drosis, vraiment admirable, a été de la même nature que nous, laquelle a vieilli dans les péchés, a été foulée aux pieds par les démons ennemis, comme dit David — J’ai vieilli parmi tous mes ennemis (Ps 6, 8) — était affaiblie et fut languissante à l’égard des travaux de la perfection ; elle vivait somptueusement et mollement, ainsi que dans le Paradis, dans les délices et les fastes de ce monde mensongers, passagers et semblables à un songe, lorsqu’elle demeurait dans le palais royal de son père et qu’elle ne voyait aucune plante plantée-là qui l’élevât vers Dieu ou qui renfermât un plaisir conforme à la loi. (Dans cet état) le démon tortueux ne la trompa pas et ne l’entortilla pas, lui qui, pour ainsi dire, vole adroitement tous les hommes, même ceux qui dans leur cœur se vantent d’être invincibles.
Car que n’y avait-il pas qui fût capable d’entrer en lutte avec un esprit bien affermi ? D’un côté la splendeur et l’abondance de l’or ne (le) combattaient-ils pas, tandis que d’un autre côté combattaient et attiraient à eux l’éclat et le prix des pierres précieuses et aux couleurs variées, capables de corrompre et de séduire même des yeux qui regardent chastement et non (seulement) selon leur propre loi ? D’un autre côté ne s’élevaient- ils pas en guerre contre (l’esprit) le luxe royal des vêtements, la grandeur et la beauté des édifices, (beauté) qui du sol arrivait jusqu’au toit et qui rivalisait avec l’aspect fleuri des champs ? Nabuchodonosor, roi des Babyloniens, enorgueilli dans son esprit par de telles choses, dit aussi une fois : N’est-ce pas Babylone la grande, que j’ai bâtie comme résidence royale par la puissance de ma force (et) pour la gloire de ma majesté (Dn 4, 27) ? Et aussitôt à l’instant môme, pour l’orgueil et pour l’arrogance de ses paroles, il fut condamné à la stupidité et à la folie de ses pensées : tellement cela est capable de faire déchoir du bien même une pensée affermie ! Parlerai-je de la table sur laquelle abondaient des mets princiers recueillis de partout, de la terre (et) du la mer, qui, par leur rareté et leur pénurie et la difficulté de les trouver, augmentent l’appétit et caressent souvent même un ventre austère et tempérant, à plus forte raison (un ventre) gourmand ? Énumérerai-je le grand nombre des satellites, l’élite et la gloire qui vient de toute nation et de (toute) race tout le service de l’appartement des femmes et tout ce qui à l’extérieur remplit l’imagination d’étonnement et de frayeur, les habitudes des servantes du même âge, la parure, les ornements, choses que les femmes aiment et recherchent à ce point qu’il leur serait plus facile d’oublier quelquefois de respirer l’air ou de boire et de manger, plutôt que de les (oublier)? C’est ce qu’atteste aussi le prophète Jérémie, en écrivant ainsi : L’épouse oubliera-t-elle ses ornements et la vierge sa ceinture ? Mais mon peuple m’a oublié pendant des jours sans nombre (Jr 2, 32).
Mais Drosis n’oublia pas, ou plutôt par là même qu’elle avait connu Dieu, elle ne se souvint plus et oublia même à son propre sujet qu’elle était femme, ayant fermé les yeux à toutes les choses sensibles, ayant fixé sur le ciel les yeux de son esprit, étant partie tout entière vers les choses d’en haut, ne s’appliquant qu’aux choses d’en haut, cherchant les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu (cf Col 3, 1). Pour cette cause, elle ne l’entendait pas, comme Ève, (dire) : Tu es terre et lu retourneras à la terre (Gn 3, 19), mais « Tu es ciel et tu monteras au ciel ». Pour cette cause encore elle monta, s’élevant comme une colombe sur des ailes spirituelles. Lorsqu’elle se trouva en dehors des demeures royales, elle fit peu de cas d’elle-même et se cacha secrètement avec les vierges qui menaient la vie humble et ascétique du monachisme et professaient le christianisme alors plein de dangers. Étant leur compagne dans la vie sévère du monachisme, dans la conduite pure, dans l’espoir en Dieu, et, à la fin, dans la course du martyre, course qu’elle accomplit pour son âme, elle a dit avec Paul : J’ai achevé ma course, j’ai gardé ma foi, j’ai obtenu la couronne de justice (2 Tm 4, 7-8), tandis qu’elle a confié ici son corps vénérable, cet instrument de l’esprit des athlètes fort et courageux et point paresseux, ou plutôt prompt et vif et prêt. Mais, par son esprit, elle s’est jointe pour vivre en société avec ces âmes, lesquelles, d’une manière semblable à la sienne, combattirent vaillamment et valeureusement, et par les travaux de la perfection laissèrent leur corps se dessécher comme une peau de tambour, ou le firent mourir dans les tourments (endurés) pour la religion ; c’est avec ces (âmes), une fois qu’elles sont joyeusement délivrées du lien de la chair — car elles préméditaient (et) attendaient cette délivrance — que des chefs spirituels et des armées angéliques montent en même temps (au ciel) et chantent en même temps et, comme avec celles qui imposent d’une certaine manière des couronnes, ils chantent cet hymne de victoire, désigné déjà en peu de mots par le prophète David, qui dit ainsi : Les chefs avancèrent en tête, après ceux qui chantent, au milieu des jeunes filles battant tambourins (Ps 67, 26).
Pourquoi donc nous-mêmes, en entendant cela, ne désirons-nous pas, même en retard, à quelque moment que ce soit, les avantages du ciel, vers lesquels se dirige la course des âmes raisonnables et leur marche naturelle vers le haut ? Et, au contraire comme si une âme de porc ou d’un animal quelconque était échue, regarderons-nous vers le ventre et vers ce qui est au-dessous de lui ? Et d’une manière déraisonnable oublierons-nous notre ressemblance avec Dieu ? Ne nous appliquerons-nous pas à la patience ni à une conduite pure, et n’aurons-nous pas un peu d’estime aussi pour la virginité, pour la préparation aux demeures célestes, à cette vie de cohabitation avec les anges, et à la grandeur des délices qui sont préparées à ceux qui vivent dans la piété ; ce qu’il ne nous est pas facile, en vérité, non plus de comprendre par l’intelligence : Ce n’est pas monté, en effet, dit le Livre divin, dans le cœur de l’homme (1 Co 2, 9).
Ce n’est pas ainsi que nous célébrerons la commémoraison de la martyre. Car la véritable commémoraison des martyrs consiste dans l’imitation de leur perfection. C’est pour cette raison aussi que nous faisons cette (commémoraison) et que, commémorant les (martyrs), nous célébrons leurs fêtes, c’est afin que par la commémoraison et par l’imitation de la patience, de la vaillance, de l’espoir à cause duquel les souffrances du temps présent ne comptent pas en comparaison de la gloire qui doit être révélée en nous (Rm 8, 18), nous devenions parfaits, nous secouions loin de nous le sommeil des préoccupations mondaines, nous apprenions quelle fin visent les choses des chrétiens, et que nous ne soyons pas inopinément emportés nus, indigents, laids, n’ayant aucune provision pour le salut.
Tu loues, dis-moi, ô femme, la virginité de Drosis ; aie réellement de l’émulation pour ce que tu loues, afin que tu obtiennes le Christ en qualité d’époux ; car tu as entendu pour toi Paul qui dit : Je vous ai fiancés à an mari unique, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure (2 Co 11, 2) ; et : Celle qui n’est pas mariée songe aux choses de Notre-Seigneur, afin d’être sainte et de corps et d’esprit (1 Co 7, 34). Mais tu dis que cela est grand, et que ce n’est pas facile à faire correctement ; en particulier ce n’est pas trop grand pour les âmes qui sont frappées de l’amour de Dieu. Du moins charge-toi du joug du mariage, « mais conserve-le honorablement en le gardant chastement ; et, si ton mari est parti de ce monde, ne t’arrête pas à un second (mari). Que si tu (regardes) à un second (mari) —car il est permis pour la nécessité de la chair — ne te laisse pas aller vers un troisième, surtout si tu as dépassé dans les années l’âge de la jeunesse, et si la vieillesse ou la mort approche de toi. Car si le second mari est permis, pour le troisième je ne peux rien dire sinon qu’il n’est pas permis, parce que même la permission est renfermée et comprise dans certaines limites et n’admet pas une cohabitation sans frein.
Tu loues, un tel, la martyre qui méprisa la gloire royale et les biens. Montre réellement ta louange ; donne de tes biens aux pauvres, ou — ce qui est différent et d’un mérite moindre — ne convoite pas les choses d’autrui ; mais également tiens-toi loin de ce qui a été dérobé ou pris injustement ; ne va pas avec de telles choses, de peur que tu ne paraisses devant le juge alors qu’elles sont en ta possession, car elles te seront attribuées et t’entoureront, même si tu ne veux pas et tu désireras alors les cacher ou les éloigner de toi, et tu ne le pourras pas. Car les images de nos actions s’attacheront à nous, sans se séparer de nous, comme les ombres s’attachent aux corps.
Tu loues, ô excellent, la patience de la servante du Christ dans les luttes sacrées ; que ce que tu loues t’apprenne et t’enseigne donc, quand l’occasion l’exige, à supporter les ignominies pour la religion, à confesser devant les hommes la saine foi, à ne pas changer avec les circonstances, à louer d’une part ceux qui ont lutté jusqu’au sang (cf He 12, 4) et à suivre d’autre part la religion qui n’était célébrée que par la langue et qui était louée avec emphase, et cela quand c’était permis. C’est par ces belles formes de la perfection et par ces ἀνάθεμα ou vœux de notre homme intérieur que la vaillante Drosis veut qu’on lui tresse des couronnes de louanges. Pourquoi donc parlé-je des choses intérieures, attendu que personne de ceux qui possèdent, n’a bien voulu lui faire don des biens extérieurs et superflus ? Car tous les hommes et toutes les femmes accourent fréquemment à ce temple saint ; ils font leurs prières et présentent leurs demandes, et, se réjouissant de l’aide et de l’intercession de la martyre, ils obtiennent des guérisons et de la santé et des faveurs diverses de toute espèce, que chacun demande d’obtenir. Mais personne ne fait attention à la table vénérable du saint ministère sacerdotal, ni aux colonnes d’argent placées auprès d’elle qui soutiennent la coupole située au-dessus de leurs têtes, qui une laide et informe, qui a été simplement figurée par des κανόνες ou barres de fer comme dans une représentation symbolique, mais qui n’a pas été recouverte d’argent. En vérité, ce n’est pas seulement au point de vue de la beauté, mais aussi au point de vue du σέβας ou de la gloire adorable, à ce qu’il me semble, que (cette coupole) a été jugée et imaginée par ceux qui ont construit les saintes églises. Elle représente la forme du ciel, s’élevant grâce aux arcs ainsi que grâce à la couronne pour former la calotte circulaire d’en haut, se trouvant suspendue en l’air et se terminant en son centre semblable au nombril, afin de montrer que nous qui accomplissons les fonctions sacerdotales sous (cette coupole) nous nous tenons à l’intérieur du ciel à l’exemple des armées incorporelles et que nous célébrons mystérieusement les saints offices. Et personne cependant n’a condescendu à apporter pour une telle œuvre pieuse l’offrande d’une livre d’argent ; et pourtant si chacun de ceux qui même possèdent peu avait donné une (livre) seulement, le donateur ne se serait pas aperçu de ce qu’il donnait, tandis que ce qui serait recueilli ensemble de la part de chacun arriverait en réalité à parfaire, et amplement, la (somme) suffisante. J’omets, en effet, de dire que même un seul (fidèle) pourrait offrir le tout, un de ceux qui sont couchés sur des lits élevés et qui prennent leurs repas dans des plats d’argent portés par de nombreux serviteurs.
Que dirai-je encore des femmes qui toutes, se rendant au bain, sont conduites avec des objets d’argent (du poids) de beaucoup de livres, et sont portées au milieu des places sur des θρόνος ou sièges également resplendissants d’argent, à tel point que même les mors des mules n’en sont pas dépourvus ? Et puis si une fille de roi venait dans notre ville et si elle était fiancée à quelqu’un en vue d’un mariage, chacune de vous nécessairement, s’empressant de se mettre soi-même plus en vue auprès de celle qui va se marier, apporterait comme cadeau à la chambre nuptiale ce qui serait le plus précieux de tous les bijoux d’or ou des objets de grand prix. Mais pour la martyre qui renonça au royaume terrestre et devint la fille du Roi et Père céleste et devint l’épouse du Christ, tu es paresseuse, tu es négligente et tu hésites à donner quelqu’un de tes objets. Mais étends (la main) et donne joyeusement et ne te retiens pas. Tu obtiendras de riches récompenses —car son époux n’est ni ingrat ni indigent à tes enfants —il donnera la santé, bien plus précieuse que de nombreux talents, la finesse de l’esprit pour les études, et les autres choses par lesquelles les parents se réjouissent de leurs enfants. À ton mari, il donnera également, avec une bonne santé, l’abondance des gains honnêtes, à (ta) maison (et) à (tes) biens la bénédiction et la grâce d’en haut, et, après tout cela, après le départ d’ici-bas, le royaume des cieux. Puissions-nous tous l’obtenir, par la grâce et par la miséricorde et par la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, à qui sied la louange, la gloire et la puissance avec le Père et l’Esprit très saint maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !