Sur l’Épiphanie
C’est à nouveau la fête du Dieu et Sauveur Jésus Christ et c’est à nouveau le redressement de notre race. Il naissait pour la première fois selon la chair, et il partageait ma façon de naître, celui qui est sans semence et sans péché, celui qui connaît toutes choses avant qu’elles n’existent, et les mères étaient délivrées de la première sentence qu’Eve avait lancée contre elles, en recevant la (parole) : C’est dans les douleurs que tu enfanteras des fils (Gn 3, 16), comme un blâme en réponse au goût amer et à la désobéissance. En effet l’ange annonçait ceci aux bergers, en disant : Je vous annonce une grande joie, qui sera pour le monde entier : il vous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la cité de David (Lc 2,10-11). Mais avec la douleur était détruite également la malédiction de notre premier père Adam. En effet la Mère de Dieu, la Vierge, en même temps que ces (mots) : Réjouis-toi, pleine de grâce ; le Seigneur est avec toi (Lc 1, 28) entendait aussi : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni (Lc 1, 42) ; or la bénédiction supprime la malédiction.
De plus, Jésus progressait en âge, en sagesse et en grâce (Lc 2, 52), lui qui est la Sagesse même et donne à tous la sagesse et la grâce, afin qu’en lui comme dans les secondes prémices de notre race, nous montions, nous, de nouveau vers la grâce et la sagesse, dont nous étions déchus, après avoir été trompés par le serpent.
Vers quoi, en effet, devait-il progresser, Celui qui est éloigné de tout progrès, terme dernier mais infranchissable de ce qui existe, Celui vers qui converge quiconque progresse dans la perfection ? Mais ce que l’évangéliste a appelé un progrès, c’est la manifestation qui se fait peu à peu et la révélation de sa divinité qui est révélée et connue en rapport avec l’âge et selon sa mesure. Pour cette raison il a joint également l’âge avec la sagesse et la grâce, s’écriant pour ainsi dire que si, celui qui est sans vieillesse et sans âge et sans temps n’avait pas été soumis à l’âge et au temps après s’être fait homme pour nous, on ne dirait pas qu’il progresse en sagesse et en grâce. Mais parce qu’en vérité c’est en âge qu’il progressait, pour cette raison (il progressait) aussi en sagesse et en grâce, en s’appropriant en tout notre imperfection et en nous frayant un chemin vers sa perfection. Qu’il en soit ainsi, et que ce soit la divinité de l’Économie de l’Emmanuel, qui, dans son apparition graduelle, soit appelé un progrès, voici comment on le sait.
Lorsque sa mère, en effet, — je parle de la mère de Dieu, la Vierge Marie —, et Joseph, revenaient de Jérusalem après la fête de Pâques et qu’ils le cherchaient en chemin (cf. Lc 2, 41), après qu’il se fut volontairement éloigné de ses compagnons de route, et lorsqu’ils furent retournés à Jérusalem et qu’ils l’eurent trouvé, il leur disait : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être dans la maison de mon Père (Lc 2, 49), il ne faisait pas savoir autre chose par là, si ce n’est que Lui en vérité et le Père sont une seule divinité et Seigneurie, et que celui qu’ils cherchaient comme un garçonnet qui se serait trompé de chemin, est celui-là même qui exerce son empire sur toutes les (affaires) du Père, ainsi que sur la ville de Jérusalem, laquelle en vérité était surnommée par les prophètes la ville de Dieu (Ps 87, 3).
Après que l’évangéliste Luc a fait ce récit, il a ajouté ensuite ces (mots) : Jésus également progressait en sagesse et en âge et en grâce (Lc 2, 52), afin que nous, nous apprenions qu’il a appelé progrès la révélation graduelle de la divinité de Jésus. Car celui qui a en propre tout ce qui est propre au Père, quel accroissement recevra-t-il ? Et cependant il semblait progresser auprès de Dieu et auprès des hommes (Lc 2, 52) quand une idée digne de Dieu progressait alors peu à peu à son sujet parmi les hommes, ce qu’il manifestait de par la volonté du Père, quand il faisait paraître publiquement, au même moment que le temps de l’âge, l’apparition de sa divinité.
C’est de cette manière également qu’il vient au Jourdain et au baptême, non pas qu’il eut besoin lui-même de purification, mais parce que, pour moi, à l’avance, il purifie et sanctifie les eaux et que lui-même se range en même temps avec ceux qui sont baptisés pour la pénitence, lui qui doit baptiser dans le feu et dans l’Esprit (Mt 3, 11 ; Lc 3, 16), purifier du péché et octroyer la grâce de l’adoption. Qu’il n’en ait pas eu besoin pour lui-même, quand il était baptisé pour nous, Jean l’a bien fait savoir, quand il s’est écrié en s’adressant à lui : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi (Mt 3, 14). Si donc le Baptiste avait besoin de (recevoir) une purification de la part de celui qui était baptisé c’est donc que Lui était sans besoin et qu’il avait en lui-même ce qui lui donnait sa plénitude.
Voyons aussi ce que Jésus lui-même répond à ces (paroles) : Laisse faire maintenant (Mt 3, 15). Il arrête le Baptiste, qui a commencé à proclamer la sublimité et l’inaccessibilité de sa divinité et il dit : Laisse faire maintenant. « Maintenant, dit-il, c’est le temps de l’Économie, et non pas de la manifestation », comme s’il disait : « Ce que tu dis assurément est vrai, mais il ne s’agit pas de ce temps présent ». Car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice (Mt 3, 15). Maintenant je remplis la pleine mesure d’une humiliation volontaire, je cache ma sublimité de nature et j’accomplis toute justice. Or qu’est-ce que cela : accomplir toute justice ? Il devait laisser reposer la pratique de la Loi, non pas en la détruisant (Mt 5, 17), ni en légiférant à l’opposé, mais en la faisant pâlir et en l’éclipsant par l’éclat des commandements de l’évangile. En effet, alors que la Loi dit : Tu ne tueras pas, il ordonnait : Tu ne te mettras pas non plus en colère (Mt 5, 21-22), afin qu’en vérité, une fois supprimée la colère qui fait naître le meurtre, la loi qui défendait le meurtre fût alors superflue. De même également la (parole) : Tu ne commettras point d’adultère, est d’avance supprimée par la défense suivante : Tu ne regarderas pas (une femme) avec concupiscence (Mt 5, 27-28).
Donc parce qu’il devait laisser dormir la Loi grâce à la législation évangélique qui est plus parfaite, afin que personne ne dise qu’il l’a laissée dormir comme s’il ne pouvait pas l’accomplir, il en a accompli tous les préceptes : il prend sur lui la circoncision qui y est ordonnée (Lc 2, 21 ; Gn 17, 10 ; Lv 12, 3), il offre en sacrifice une paire de tourterelles et deux petits de colombes (Lc 2, 24), et il accomplit tout ce qui est dans la Loi (Lc 2, 39). C’est pourquoi, voyant également les Pharisiens et les Sadducéens se rendre allègrement au baptême de Jean (Mt 3, 7), il se mêla lui-même avec eux, sans mépriser non plus ce genre d’humiliation, mais voulant accomplir toute justice. Or celui qui accomplit toute justice n’avait pas besoin du baptême qui est célébré pour le repentir des fautes.
De plus, il avait également pour but de commencer par le baptême parfait et authentique de l’adoption, dont il devait en vérité nous gratifier ; d’une part celui qui enlève le péché du monde (Jn 1, 29) descend vers les eaux et est baptisé ; d’autre part, il brise la puissance du Calomniateur, lui qui a la primauté sur les eaux mêmes et sur les armées du mal à lui soumises, et sur les princes révoltés, ce qu’en vérité David criait à l’avance en disant : C’est toi qui as brisé les têtes des dragons sur les eaux, c’est toi qui as écrasé les têtes du dragon (Ps 73, 13-14). En effet c’est dans les lieux humides que les démons aiment habiter, ainsi que le Calomniateur, le prince de ceux-là ; ils se reposent de même également chez les hommes qui mènent une vie humide et dissolue.
C’est pourquoi aussi celui qui parlait à Job dit au sujet du Calomniateur : Sous tous les divers arbres il dort : près du roseau, du papyrus et du jonc (Jb 40, 21), (plantes) précisément qui poussent dans le cours des eaux : c’est de ce sujet que David le psalmiste parlait dans sa prière, lorsqu’il prédisait à l’avance l’apparition du grand Dieu le Christ : Seigneur, abaisse les cieux et descends ; touche les montagnes et qu’elles fument ! Fais briller l’éclair et tu les disperseras ; envoie tes flèches et tu les mettras en désordre ; étends ta main d’en haut et délivre-moi, et sauve-moi des grandes eaux, de la main des fils étrangers (Ps 143, 5-7).
Or Celui qui tient prêtes la miséricorde et la charité a entendu : il a abaissé les cieux et il est descendu, à savoir quand il a abaissé sa gloire céleste et sublime, afin que par son humiliation volontaire il soit accessible à ceux qui sont sur la terre. Et il a touché les montagnes, les principautés, les puissances, les dominations du monde de ces ténèbres (Ep 6, 12) ; et elles se sont dissipées comme fumée. Il a fait briller l’éclair, l’éclat de la prédication de l’évangile, et il les a dispersés. Il a envoyé ses flèches : les prophéties des prophètes, auxquels ensuite se sont également joints les enseignements des apôtres et il a mis en désordre (ses adversaires). Or tous ces faits ne s’accorderaient pas, si d’abord n’avait pas été étendue la main elle-même, ce bras élevé, la force du Père invisible (cf. Ex 14, 15-29), le Fils unique, le Verbe qui s’est incarné pour nous et qui, après avoir été en plein Jourdain et y avoir sanctifié les flots, a submergé le torrent du péché et nous a sauvés et délivrés des grandes eaux, de la main des fils étrangers (cf. Ps 143, 5-7).
En effet, c’est pour récapituler ses bienfaits que le prophète David l’a placé lui-même à la fin, lui de qui aussi ces bienfaits avaient germé. C’est parce qu’il en est ainsi et que c’est la raison pour laquelle Jésus est descendu au Jourdain, que, au moment où il remontait des eaux, il ouvre les cieux (cf. Mt 3, 16), fermés par le premier Adam, et qu’il fait savoir que la vertu du baptême est de faire monter au ciel. Car c’est pour nous que cet (être) céleste opérait toutes choses, quand, pour notre sanctification et pour notre salut, il se faisait nos prémices.
L’Esprit aussi descend ainsi sur lui à cause de nous. Or cet Esprit n’est pas un de ces esprits qui font fonction de ministres (He 1, 14), mais c’est (l’Esprit) de Dieu, l’(Esprit) consubstantiel et qui règne en vérité en même temps avec lui et avec le Père. C’est pourquoi, en effet, l’évangéliste lui-même a dit d’une manière démonstrative : L’Esprit de Dieu (Mt 3, 16), cet Esprit qui avait abandonné la race humaine, au sujet de qui le Seigneur Dieu a dit : Mon Esprit ne restera pas éternellement parmi ces hommes, parce qu’ils sont chair (cf. Gn 6, 3). Mais cet être charitable, qui, par la largesse de sa grâce, comme s’il voulait modifier ses propres décrets, a aboli aussi pour nous cette sentence, après s’être fait chair sans changement également lui-même, a attiré l’Esprit sur la chair, au moment où il a uni sa divinité à la créature qui avait été condamnée et où il a ainsi envoyé la grâce à toute notre race.
Et il vit, dit (l’évangéliste), l’Esprit de Dieu qui descendit comme une colombe (Mt 3, 16) afin de montrer clairement que le Dieu de l’Ancien Testament et du Nouveau est unique et de rappeler le souvenir du déluge qui eut lieu aux jours de Noé. Car, de même qu’alors une colombe avait annoncé l’apaisement de la colère de Dieu, de même encore maintenant la forme d’une colombe fait connaître le déluge du péché et la réconciliation du monde.
A cela, que nous dites-vous, vous qui soutenez la sottise fantasmagorique d’Eutychès et des Manichéens athées ? Si le Verbe de Dieu, en effet, ne s’est pas uni hypostatiquement la chair qui est de notre race et qui nous est consubstantielle, en quoi la descente de l’Esprit devait-elle nous être profitable, après être venue sur d’autres prémices et non pas sur celles de notre race ? Et comment la grâce elle-même est-elle passée chez nous, cette grâce par laquelle notre Sauveur opérait toute chose, si la pâte était étrangère et non la même que le reste de l’œuvre (cf. Rm 11, 16), qu’il voulait précisément pétrir chez lui ? Comment, d’autre part, la mention de la comparaison de la vue de la colombe ne vous a-t-elle pas instruits de la vérité de l’« inhumanation » ? En effet les évangélistes ont dit, au sujet de la révélation de l’Esprit saint au bord du Jourdain : Il apparut tel une colombe (Mc 1, 10-11 ; Mt 3, 16 ; Jn 1, 32-33). Et Luc a ajouté également cette (parole) : Sous l’apparence (Lc 3, 16). Et, au sujet de l’Incarnation de Notre Seigneur et de notre Sauveur Jésus Christ, le Dieu et Verbe, puis qu’en vérité elle n’était pas seulement en apparence, mais en vérité, aucun d’entre eux n’a dit : « Il a paru comme homme », mais en toute vérité il s’est fait homme sans changement.
C’est pourquoi il est question également de la Mère, quoique Vierge, et du temps de la conception qui est déterminé, bien qu’elle eût été sans semence ; et aussi de l’enfantement, des langes, de l’allaitement, de la circoncision, des progrès en taille, du manger, du boire, et des autres particularités de l’anéantissement volontaire ; celles toutefois qui sont exemptes de péché, qu’il a prises de par sa volonté, car il a été de la femme ; il a été sous la Loi (Ga 4, 4).
Mais je passe à la voix du Père qui est venue des cieux et qui a dit : Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances, et qui a arraché à partir de sa racine l’impiété nestorienne, laquelle, après l’union ineffable et indivisible, divise l’Emmanuel lui-même par la dualité des natures. C’est clairement en effet, et comme en le montrant du doigt, qu’il a dit : Celui-ci est mon Fils, celui qui est vu par ceux qui se tiennent autour de lui, et non pas, comme dit Nestorius, celui qui est caché dans celui qui est vu.
En effet, si cela était, il dirait : « En celui-ci est mon Fils », et non pas : Celui-ci est mon Fils. Mais lorsqu’il a dit d’une manière démonstrative : Celui-ci est mon Fils, il a montré que celui qui est vu, parce qu’il était incarné, le même est aussi le Verbe invisible selon la nature et le Fils véritable du Père. Car la (parole) : « Il est » montre la vérité et l’égalité selon l’essence afin d’éliminer de là aussi l’abomination d’Arius qui dit : « Il y avait un temps quand le Fils n’existait pas ». En effet il est perpétuellement, ainsi qu’en a témoigné la voix quand elle a crié au nom du Père : Celui-ci est mon Fils. Car, d’une part, c’est au sujet des créatures qui viennent à l’existence dans le temps que se comprend « Il était » et « Il sera » ; mais Dieu, d’autre part, est perpétuellement, n’étant limité ni dans le temps qui est passé, ni dans celui qui est futur ; mais tout le temps lui est présent et il est sans fin et il est de même perpétuellement et n’est changé par rien.
Ces mots : Bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances (Mt 3, 17), appliqués à l’Économie qui nous regarde, montrent encore la grandeur de la charité. En effet, alors que nous étions sous l’empire du péché, nous nous sommes opposés à Dieu comme ennemis, nous sommes devenus étrangers à son affection, nous étions par nature enfants de colère, sans espérance et sans Dieu dans le monde, dignes de haine et nous haïssant les uns les autres (Ep 2, 3.12 ; Tt 3, 3) et pour cette raison justement haïs par Dieu : c’est alors en abolissant cette haine-là et ce combat sans amour qu’il a dit : Bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances (Mt 3, 17), en fondant en premier lieu sur l’Emmanuel l’affection qu’il a pour nous. En effet il est bien connu que celui-ci n’avait pas besoin d’une telle parole, puisqu’il est le Fils véritable qui est aimé par le Père et qui aime le Père, ou plutôt, puisqu’il est de la même unique essence et volonté.
Quant à ces (mots) : En qui j’ai mis mes complaisances (Mt 3, 17), « je l’ai appelé bien-aimé, dit-il, en jetant la semence de l’affection pour la race des hommes qu’il m’aurait fallu haïr. Et si j’ai raison d’en venir là, ce n’est pas pour un motif quelconque, mais parce qu’il m’a semblé excellent de sauver par tes mains ceux qui ont péri et qui n’ont plus aucun espoir d’être sauvés ». C’est en effet le bon vouloir principalement qui est la pensée première et volontaire, non pas, semble-t-il, pour une raison quelconque, mais à cause de sa bonté. Pour Dieu, autant que pour quiconque, il n’y a rien d’aussi bon et qui puisse le réjouir davantage, que d’aider et de sauver.
Mais je vois par ailleurs que l’heure s’en prend à mon discours et que vous êtes las, non pas par satiété, mais parce que l’assemblée a trop de mal à entendre ; et je me vois dans la nécessité de passer sous silence Jean, cette voix qui est venue et qui a couru en avant devant le Verbe ; ce (fils) de la stérile devant celui de la Vierge ; celui qui était caché dans le désert et qui, sortant comme de lieux secrets et inaccessibles, est apparu devant celui qui est venu des cieux et est né du Père d’une manière ineffable avant les siècles, et est né d’autre part d’une manière inexplicable d’une Mère Vierge selon la chair, qui s’est levé pour nous et nous a enseigné cette fête des lumières. Nous appelons en effet « lumières » cette solennité présente, parce qu’en vérité les trois lumières des trois hypostases, en produisant une seule illumination qui vient d’une seule essence, (à savoir) le Père et le Fils et l’Esprit Saint, nous ont été révélées près des flots du Jourdain en ce jour présent, à nous qui, étant baptisés en elles, sommes illuminés.
Quel était donc celui qui célébrait ce mystère de la piété (1 Tm 3, 16) ? Jean, qui était grand parmi les enfants des femmes (Mt 11, 11), ce dernier des prophètes, qui les dépasse tous, en ceci qu’il a vu celui qui avait été prophétisé par eux, qu’il l’a montré à tous et qu’il a mis fin aux prophéties qui le (concernent) ; (qui vivait) sans nourriture, qui ne mangeait pas de pain ni ne buvait de vin, et qui par son genre de vie ressemblait aux anges.
Mais que vais-je éprouver ? Pressé par le temps, vais-je achever là l’homélie ? Par ailleurs je suis subjugué par la perfection du Baptiste, et je suis attiré à en parler. Cependant je me tairai, de peur que, en disant peu de choses parce que l’heure presse, je ne traite mal celui dont on doit faire l’éloge, ou plutôt, c’est à vous que je ferais tort en traitant misérablement ce qui promet un grand profit.
Soyez donc dans la crainte, parce que, d’une part, Jean exposait un tel genre de vie en prophétisant ce dont nous faisons l’expérience, et que, d’autre part, nous qui avons été l’objet des grâces insignes, nous nous adonnons aux plaisirs, et que, quand nous célébrons la fête des lumières, nous opérons des œuvres de ténèbres (cf. Rm 13, 12). Celui-là toucha la tête du Christ, lorsqu’il fut baptisé, après être descendu à tant d’humilité et avoir conversé humainement avec les hommes (Ba 3, 38), parce qu’en vérité la raison de l’Économie le demandait. Mais toi, c’est chaque jour que tu le touches tout entier de tes mains ; vous savez le reste, vous qui êtes initiés, même si, moi, je ne peux pas parler à cause des oreilles non initiées. Et quand est-ce que tu le touches ? Après la victoire de la croix, après la destruction de la mort, après la résurrection d’entre les morts, après la montée aux cieux, l’innocence lorsqu’il vient tout entier d’une manière si digne de Dieu, qu’il fait briller sa lumière dans (nos) esprits, et que ce n’est pas de manière humaine qu’il demeure en vertu de l’Économie.
Prépare-lui donc ton hôtellerie avec magnificence, lave tes mains dans l’innocence (Ps 25, 6), ainsi que le dit le Psalmiste, en t’éloignant de toute œuvre impure et inique. Envie l’abstinence de Jean et son renoncement aux aliments. Lucien également, dont nous célébrons la mémoire, a été orné, après avoir rivalisé avec lui, des couronnes du martyre, et maintenant, c’est par l’intermédiaire de beaucoup de ces mendiants qu’il nourrit abondamment le Christ, à la condition que vous, en honorant sa mémoire, vous mettiez dans leurs mains quelques oboles de cuivre. C’est pour cela en effet que les indigents accourent aux solennités des martyrs : pour offrir les souffrances des athlètes en guise de prières et vous incliner à la miséricorde.
C’est par eux que le Christ s’écrie, en clamant bien haut : Moi qui ai faim, ne me nourrirez-vous pas ? Et, alors que je suis nu, ne me couvrirez-vous pas (Mt 25, 42) ? Avez-vous oublié toutes ces souffrances qui furent les miennes, qu’en vérité j’ai endurées pour vous : la naissance dans la chair, la descente au Jourdain, la croix, le tombeau vivificateur, la résurrection, les biens promis, les espérances immortelles. Rougissez donc à la pensée des combats des martyrs et des supplications de ces pauvres par lesquelles ils vous adjurent, et consolez leur indigence, dans la mesure du possible. Le Christ vous (le dit) ; ne les négligez pas, mes frères. C’est par eux que nous rendrons au (Christ) ce que nous lui devons et que nous obtiendrons les biens futurs par sa grâce et par sa charité. À celui-là sied la gloire et l’honneur et l’adoration avec le Père et l’Esprit Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen !