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HOMÉLIE 1

Sur lui-même, après que, dès le début, il fut promu et vint au pontificat et au siège apostolique de l’Église des Antiochiens. Et qu’il faut confesser le Christ de deux natures un seul Seigneur, un seul Fils, et non pas deux natures après l’union ineffable. Et contre l’opinion athée d’Eutychès. Et elle fut prononcée dans le martyrium du saint martyr Romanos.

Lorsque le patriarche Jacob, remarquable par (sa) vertu, était parti jadis pour le pays de la Mésopotamie et qu’ayant marché pendant une partie du chemin, il se disposait au sommeil : c’était le soir en effet et surtout la fatigue de la marche du chemin l’y invitait, — il lui apparut clairement et nettement une échelle qui s’étendait jusqu’au ciel : d’une part, elle était appuyée sur la terre, d’autre part, elle parvenait jusqu’en haut et s’élevait au-dessus du ciel. Et … s’appuyait sur elle, ainsi que dit l’Écriture.

Lorsque le patriarche Jacob, remarquable par (sa) vertu, était parti jadis pour le pays de la Mésopotamie et qu’ayant marché pendant une partie du chemin, il se disposait au sommeil : c’était le soir en effet et surtout la fatigue de la marche du chemin l’y invitait, — il lui apparut clairement et nettement une échelle qui s’étendait jusqu’au ciel : d’une part, elle était appuyée sur la terre, d’autre part, elle parvenait jusqu’en haut et s’élevait au-dessus du ciel. Et … s’appuyait sur elle, ainsi que le dit l’Écriture.

Or le bienheureux Jacob, après avoir été jugé digne de cette vision et avoir profité de cette grande grâce, comprit par cette révélation le mystère plein de merveilles qui avait été figuré dès l’origine.

II prit une pierre, la plaça en guise de stèle en vue d’un honneur, — car elle était sainte (2 Tm 2, 21) —, et pour la gloire de Dieu qui lui avait expliqué la vision ; il ne s’en tint pas là seulement, mais il répandit de l’huile sur la pierre, puis parla ainsi : Ceci est la maison de Dieu et ceci est la porte du ciel (Gn 28, 17).

Avec de telles paroles, c’est tout juste s’il s’écrie : Quand brillera sur les habitants de la terre le soleil de justice (cf. Is 26, 9 ; Ml 4, 2), le Verbe de Dieu le Père, la pierre angulaire choisie et précieuse, selon le mot d’Isaïe (cf. Ps 28,16), celui qui a été oint de l’huile angulaire d’allégresse de préférence à ceux de son entourage (Is 44,8), et qui s’est humilié lui-même (Ph 2, 7) et s’est incarné (Jn 1, 14) pour nous, alors il sera pour nous une échelle ; et il nous fera monter au ciel, nous qui gisons sur la terre par le péché de transgression d’Adam ; il sera pour nous la porte du ciel : (il révélera) le Père et lui-même et l’Esprit Saint et une seule Seigneurie dans la Trinité sainte qui s’appuyait sur l’échelle, par laquelle ce qui est sur terre a été réuni à ce qui est au ciel (cf. Col 1, 20).

C’est pourquoi lui-même dans les Évangiles disait à Nathanaël : En vérité, en vérité, je te le dis ; vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre vers le Fils de l’Homme (Jn 1, 51). Et encore : Moi, je suis la porte ; si c’est par moi que quelqu’un entre, il sera sauvé et il entrera sortira et trouvera un pâturage (Jn 10, 9).

Donc moi aussi, qui (suis) petit et misérable, après avoir été amené à ce siège par je ne sais quelles paroles de la sagesse qui surpasse toute intelligence, et quand je vois cette église remplie d’hommes bouillonnant de par l’Esprit et resplendissant des rayons de lumière de l’orthodoxie, ce sont les paroles du patriarche Jacob que je rappellerai bien opportunément et je dirai : Ceci est le lieu de Dieu et ceci est la porte du ciel (Gn 28, 17).

Ceci est le troupeau spirituel que Pierre, le plus grand des apôtres, a fait paître en le nourrissant des dogmes saints de la religion. Ceci est la pierre sur laquelle le Christ Dieu de tout l’univers a établi la base de l’Église qui est en tout lieu (cf. Mt 16, 18).

Ceci est le peuple sur lequel a été écrit le saint nom du Christ, et qu’avant tous les autres on a appelé les chrétiens (cf. Ac 11, 26) : nom nouveau qui sera béni sur la terre, et qu’Isaïe le prophète a indiqué à l’avance (cf. Is 62, 2). Mais cette ville, amie du Christ, qui porte toute sorte de grâces spirituelles, a été troublée par la tempête de l’impiété, qui fut d’abord soulevée par Diodore, et par Théodore, les chefs de l’hérésie impure produite par les esprits de la perversité ; qui fut excitée encore davantage par leur disciple du même type, Nestorius, quand il fut aveuglé comme eux par l’éclat de la folie du diable.

Après lui, le synode qui se réunit à Chalcédoine l’excita encore plus haut, à la façon de la mer lorsqu’elle est agitée par une grande tempête, qu’elle devient plus sauvage et qu’elle soulève très haut ses flots.

Ce synode, en effet, (…), s’il a porté remède à l’hérésie mauvaise d’Eutychès d’une certaine façon, a introduit par ailleurs dans l’Église la folie de Nestorius qui perd les âmes ; et en entreprenant de guérir le mal par le mal, selon l’expression de l’adage, il est devenu cause d’une grande maladie, pour le corps du Christ qui est l’Église, et non pas du salut.

En effet le Fils unique, le Verbe de Dieu, celui qui s’est incarné et s’est fait homme pour nous, sans changement ni transformation, (le synode) l’a divisé en deux natures après l’union ineffable et incompréhensible, se prononçant à tort comme si c’était un homme qui aurait souffert la mort et la croix, et non le Seigneur de gloire qu’ils ont crucifié (1 Co 2, 8), après avoir souffert pour nous dans la chair véritablement, quoique Dieu incompréhensible et impassible dans sa nature. Car si le Verbe immortel de Dieu le Père ne s’était pas fait un seul par l’hypostase avec le mortel, je veux dire le corps appartenant à la même essence que nous où il y a une âme intelligente, il n’y avait aucun moyen que la mort le touchât tout entier.

Mais s’étant fait chair et homme, et ayant continué également à être Dieu sans changement, lui, ce même Verbe de Dieu, a goûté la mort pour nous, après qu’il se fit chair pour nous ; et il a continué à être immortel, parce qu’il est immortel selon sa nature. Aussi celui qui d’abord confessera avec un cœur droit, une pensée ferme et une foi immuable, que le Verbe de Dieu s’est fait chair dans une chair appartenant à la même essence que nous, de la façon dont j’ai parlé plus haut, confessera encore que le même est vraiment Dieu et homme ; il attribuera au même individu les souffrances et les merveilles qui conviennent à la divinité et à l’humanité, la croix, le tombeau, la résurrection, et l’immortalité. Et la mort ne changera pas du tout les conditions de l’immortalité, puisque l’immortel par sa nature a fait que ce qui était habituellement mortel, c’est-à-dire la chair dans laquelle il a souffert et est mort pour nous, devint le même (être) que lui.

Fuyons maintenant, ô peuple ami du Christ, la folie des nouveaux Juifs, c’est-à-dire de ceux qui se sont réunis au synode de Chalcédoine, qui ont divisé en deux natures cet indivisible ; recherchant d’après le tome de Léon le blasphémateur, quelle nature a été clouée sur le bois de la croix, afin qu’attribuant la passibilité à la nature de l’humanité seule, ils ne l’attribuent pas au Seigneur de gloire (1 Co 2, 8) notre Sauveur, le Verbe du Père, et de cette façon ils divisent désormais l’indivisible en deux natures : car ce mot deux dissout l’unité ; et, tout le thème de l’Économie de notre salut, il le détruit complètement. Oui, des idées d’impiété telles que celle-ci, fuyons loin d’elles.

Confessons un seul Seigneur de gloire (1 Co 2, 8), c’est-à-dire l’Emmanuel, une seule personne, une seule hypostase, une seule nature incarnée de Dieu le Verbe, selon la formule transmise à nous par nos saints Pères inspirés ; et ne supportons en aucune façon de prier avec ceux qui osent séparer (de la Divinité) la chair de notre Sauveur, avec deux natures après l’union ineffable et incompréhensible, pensant ainsi honorer la divinité.

Comme l’a dit le rebelle Eutychès et d’autres hérétiques qui ont divagué avec lui dans la même folie, en disant qu’il ne convient pas que nous abaissions la divinité à une génération selon la chair, ils n’ont pas reconnu, les insensés, que sa naissance, étant d’une Vierge, ne vient pas d’un sperme mâle, mais de l’Esprit Saint.

Et trouvant prétexte dans des péchés, insinuant que ce serait chose honteuse si Dieu supportait la génération pleine d’impureté de notre pauvre nature, ils dirent que c’est en fantasmagorie qu’il apparut ; ils n’ont pas su, ces malheureux, que là où est Dieu avec l’impeccabilité, il y a toute pureté et toute sainteté, car la tache de l’impureté n’est pas autre chose que la souillure venant du péché.

En outre, s’égarant en de telles pensées qui sont vaines, ils osèrent dire que Dieu le Verbe ne s’est pas fait chair en vérité ; mais ils dirent qu’il prit l’apparence d’un homme, qu’il quitta sa demeure pour entrer dans ce monde, en une sorte de vision qu’on voit dans l’imagination du sommeil ; de sorte qu’enfin ils firent de l’Économie de notre salut une espèce de songe sans fondement.

C’est là vraiment un grand et grave péché ; et ceux qui entretiennent de pareils blasphèmes ne diffèrent en rien des Juifs qui ont crucifié le Seigneur. Car, s’il en est comme ils disent, alors vraiment notre prédication est vaine, vaine est notre foi (1 Co 15, 14), et nous sommes comme les affamés qui mangent en songe, et qui une fois levés voient que leur songe est une vanité ; ou comme celui qui a soif et qui boit en songe, et qui se lève toujours altéré, alors que son âme espérait la vanité (Is 29, 8).

Le prophète Isaïe a magnifiquement annoncé à l’avance l’erreur de ceux qui se sont trompés ainsi avec de telles paroles. Car si le Verbe du Père n’a pas eu en commun avec nous la même essence, en prenant le germe d’Abraham (cf. Ga 3, 29) et devenant homme véritablement, comment nous, serons-nous appelés fils de Dieu (cf. Ga 3, 26) ? Car si l’Emmanuel n’avait pas pris notre chair, nous n’aurions pas reçu l’esprit de filiation (Rm 8, 15 ; Ga 4, 5) ; s’il ne s’était pas anéanti de sa propre volonté, en se faisant pauvre pour nous, de riche qu’il était, selon le témoignage de l’Apôtre (Ga 4, 5 ; 2 Co 8, 9), nous n’aurions pas reçu, nous tous, de sa plénitude, la vie et la grâce (Jn 1, 16), comme l’a dit le saint Évangéliste, Jean le Théologien.

Mais évitant nous-mêmes de telles expressions remplies d’athéisme des deux parties, je veux dire de ces Nestoriens qui sont les diphysites, et des Eutychiens, confessons que l’Emmanuel est un seul, qu’il est Dieu le Verbe du Père, qui s’est fait homme par son amour des hommes ; qu’il n’est pas du tout possible d’imaginer les deux natures après l’union indissoluble, mais « une nature unique de Dieu le Verbe incarné », c’est-à-dire qui s’est fait homme en étant Dieu également. Parce que, d’une part, il a pris chair de la Vierge Marie appartenant à la même essence que nous, nous confessons cela sans hésitation aucune. Et, d’autre part, puisque la chair qu’il a prise n’a fait qu’un avec le Verbe du Père, pour cela nous disons qu’il est un seul, le Fils de Dieu, et qu’il n’y a qu’une nature de Dieu le Verbe incarné.

Et cette expression II s’est fait chair (Jn 1, 14), montre manifestement ce fait que ce n’est pas simplement par conjonction que la divinité s’est réunie à la chair, mais que c’est selon l’hypostase qu’elle a fait un avec elle ; si bien que ceux qui osent séparer en deux natures le Verbe de Dieu de la chair après l’union, ne croient plus en une Trinité, mais c’est une Tétrade qu’ils confessent.

Mais nous, mes frères, restons debout, établis sur la foi inflexible des saints apôtres, nous étant mis en sûreté par elle de tous les côtés ; sans être entraînés par les paroles trompeuses des hérétiques, mais croyant et sachant en vérité que le Christ, le Fils du Dieu vivant a souffert pour nous dans la chair (1 P 4, 1) ; les paroles du grand apôtre Pierre, retenons-les comme un héritage de nos pères, car, vraiment, elles ferment la voie de toute impiété. Un en effet est Dieu le Christ, enfanté par la Mère de Dieu, la Vierge Marie ; il est le Verbe vivant et la sagesse du Père, il est un et nullement divisé en deux natures.

C’est pour cela même que le bienheureux Pierre a estimé qu’il était nécessaire de prêcher à tous le dogme orthodoxe de la religion en disant que le Christ a souffert pour nous dans la chair, désignant ainsi une seule personne et une seule hypostase de Dieu le Verbe incarné.

Car, s’il est divisé en deux natures, alors il est superflu, bien plus, c’est une grande folie de dire : « Celui qui pouvait souffrir a souffert pour nous dans la chair » ; mais comme il est Dieu impassible par sa nature, devenu homme sans changement pouvant souffrir pour nous, pour cela, il (Pierre) nous a proclamé : Le Christ a souffert pour nous dans la chair. Comme si nous avions été dignes donc de ce grand amour pour les hommes de la part de Notre Seigneur Jésus-Christ notre Sauveur, purifions-nous chaque jour de la souillure de nos péchés et mortifions les membres qui sont sur la terre, la fornication, l’impureté, la passion, la convoitise mauvaise qui est le service des idoles (Col 3, 5 ; Cf Ga 5, 20), selon l’enseignement de l’apôtre ; de cette façon en effet nous nous préparerons à parler le langage saint de Dieu. Mais ne répandons pas le parfum de choix sur une boue de mauvaise odeur.

Car quel est l’avantage de celui qui parle avec les dogmes sublimes de la religion, et qui ne purifie pas d’abord sa langue du mensonge et de la détraction, ou de l’hypocrisie et de la ruse ? Comme l’a dit un sage, La bénédiction n’est pas belle dans la bouche du pécheur (Ec 15, 9).

Le bienheureux Jacques disait aussi : De même que le corps sans l’esprit est mort, de même aussi la foi sans les œuvres est morte elle-même (Jc 2, 26). C’est une chose semblable qui est énoncée ainsi : « De même qu’un homme mort, même s’il a encore sa tête sur lui, ne peut exercer aucun acte, ni parler, ni marcher, de même, si une vie de droiture n’est pas jointe à la foi, celle-ci est morte et sans effet (Réf non trouvée) ».

Car si les paroles de Notre Seigneur enflamment comme le feu, ainsi que Dieu l’a dit par Jérémie : Mes paroles sont comme un feu ardent (Jr 23, 29), alors celui qui doit parler avec les dogmes et les sentences de l’Écriture a besoin aussi d’une langue ardente comme le feu. C’est pour cela même que l’Esprit Saint descendit sur les apôtres sous l’apparence de langues qui se dispersaient comme du feu (cf. Ac 2, 3).

C’est encore une langue semblable dont s’est servi le saint martyr saint Romanos, au nom duquel nous sommes en fête aujourd’hui, dans cette défense devenue célèbre qu’il a prononcée devant le juge. Celui-ci lui ayant dit : « Il est juste d’obéir au Souverain », le héros lui répondit : «Il est juste d’obéir à Dieu, souverain de l’univers, plutôt qu’au Souverain (cf. Ac 4, 19), et il continua à répéter de telles paroles, jusqu’à ce qu’on lui enlevât la tête.

Après avoir allumé leur feu avec une grande quantité de bois, les bourreaux pensaient brûler le corps saint, mais le Seigneur de l’univers glorifia son martyr, car, à l’instant, il fit tomber une grande pluie, éteignit le feu et garda le corps de son serviteur sans combustion.

Et nous aussi, mes frères, rendons gloire à Celui qui s’est fait chair pour nous, en mortifiant les pensées de la chair qui sont ennemies de l’esprit (Ga 5, 17) ; rendons gloire au Verbe du Père en réfrénant l’élan indomptable des passions insensées par la continence.

Rendons gloire au Miséricordieux en devenant nous aussi miséricordieux envers ceux qui ont la même nature que nous. Rendons gloire à l’ami des hommes, en n’étant pas liés dans notre cœur à l’égard de celui qui est devenu notre ennemi. Rendons gloire à Celui qui a souffert pour nous, en nous disposant nous aussi à souffrir pour son nom.

Rendons gloire à Celui qui habite dans les cieux et qui est venu sur la terre pour nous, qui est de nouveau remonté aux cieux, qui remplit tous les lieux et les gouverne tous, en abandonnant les soucis de la terre, en nous occupant des choses du ciel, recherchant les choses du ciel, où demeure le Christ assis à la droite du Père (cf. Col 3, 1). Là est notre vraie patrie, d’où nous sommes tombés, qui nous a été rendue par grâce par l’amour de l’humanité de Notre Seigneur, qui s’est fait homme pour nous, jusqu’à nous rétablir dans notre première dignité. Certes toutes les œuvres de cette vie ne diffèrent en rien des songes ou des ombres qui trompent ceux qui sont dans le plaisir comme ceux qui sont au théâtre.

Passons donc au-delà de tout cela et poursuivons les choses du ciel avec empressement, comme ceux qui courent dans le stade, avant que tout cela passe au-delà de nous, car la figure de ce monde passera (1 Co 7, 3), selon la parole de Paul.

Ne croyons pas avoir fait grand-chose si nous méprisons les choses qui passent ; mais hâtons-nous d’entrer dans le royaume éternel des cieux ! Qu’il arrive que nous l’obtenions tous !

Par la grâce et l’amour de l’humanité de Notre Seigneur et notre Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ, à qui soit la gloire avec son Père plein de bonté, avec le Saint Esprit vivifiant et consubstantiel, maintenant et en tout temps pour tous les siècles des siècles ! Amen !

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